Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 13:38

 

Par Damien Jayat | Vulgarisateur scientifique | 02/04/2008 | 12H01

 

Ils ont leurs partisans et leurs détracteurs, mais personne ne sait au juste ce qu'ils sont. Les OGM font débat depuis les campagnes d'arrachage des écologistes, mais saviez-vous que ce ne sont pas forcément des plantes et que vous en utilisez déjà beaucoup et depuis longtemps?

 

Un OGM n’est pas forcément une plante

 

A force d’entendre parler de maïs arraché et de Monsanto qui ruine les agriculteurs à coups de RoundUp, on a tendance à croire qu’un OGM est une plante dans laquelle on a inséré des gènes qui ne lui appartiennent pas. Mais un OGM n’est pas forcément une plante. D’après la définition la plus courante, un OGM désigne tout être vivant dont le patrimoine génétique a été modifié par la main et l’éprouvette de l’homme.

Lorsque Fred Griffith découvre en 1928 que deux souches de pneumocoques peuvent échanger du matériel génétique, il met le doigt sur le mécanisme qui permet de fabriquer des OGM. En 1944, Oswald Avery utilise ce même mécanisme pour montrer que l’ADN est bien le support de l’information génétique. Les premiers OGM furent donc des bactéries, dont on exploita les capacités d’échanges d’ADN pour établir des découvertes scientifiques majeures. Depuis cette époque, des milliards de bactéries modifiées ont été concoctées dans tous les labos du monde. Pour le bien de la science et de la médecine.

Les premiers OGM au sens moderne, c’est-à-dire porteurs d’un intérêt médical ou industriel, datent des années 1970, et ce sont encore des petites bêtes: bactéries, levures et champignons filamenteux (du genre moisissures, ce ne sont pas des cèpes tout de même). Les chercheurs entamèrent de grandes parties de Lego, piquant un gène de celui-ci pour le mettre dans celui-là et cultiver celui-là, qui pousse plus vite que celui-ci, afin d’en tirer un profit maximum. Et qui en tira profit? Les labos, les industriels, mais aussi le peuple: la majorité des médicaments sont aujourd’hui produits dans des bactéries, des levures ou des champignons faits exprès. Des OGM, pour ne pas citer le mot.

 

Les plantes, des OGM qu’on digère (mal)

 

Depuis trente ans, les chercheurs sont parvenus à modifier tous les types d’êtres vivants. Des microorganismes d’abord, puis des plantes à usage alimentaire (tabac, tomate, maïs…) ou industriel (peuplier pour la papeterie) ou encore des animaux de laboratoire (souris, rats et on n’oublie pas Dolly).
Quand on se jette un comprimé d’antibiotique derrière la cravate, ce n’est pas la bactérie productrice du médicament qu’on ingère mais seulement le composé actif. Celui-ci a été si bien purifié, enrobé et empaqueté que le consommateur n’a aucun contact avec l’OGM initial. Lorsqu’on écrit un billet doux à son collègue ou à son contrôleur fiscal, peu nous chaut que le papier que l’on couvre d’encre soit produit à partir de peuplier naturel ou non.

Dans le cas des plantes alimentaires, la situation est différente. Car l’OGM passe directement du producteur au consommateur, qui remplit sa fourchette avec des gènes dont la tête ne lui revient pas. Or d’un point de vue sociologique, philosophique, psychologique, médical, et tout ce que vous aurez envie d’ajouter, le rapport qu’entretient l’être humain avec sa nourriture est fondamental. C’est une question de survie! Alors on ne rigole plus, et les plantes OGM soulèvent des colères grosses comme les Andes.

Conséquence, le projet de loi discuté cette semaine porte avant tout sur les plantes génétiquement modifiées (PGM). Il se propose d’encadrer les conditions techniques, administratives et de transparence pour leur culture en plein air, appelée "dissémination volontaire 1" et donc toujours autorisée ( premier sujet fâcheux, et je dirais même faucheux). Le texte étudie aussi les cas où des champs de PGM contamineraient des cultures classiques, rappelant ainsi qu’une telle contamination est possible (deuxième levée de boucliers).

 

Pour éviter la dissémination vers les autres plantations, on propose d’isoler les champs de PGM. Car le soja, le maïs ou le colza se reproduisent par sexualité, avec un élément mâle (le pollen) qui permet de féconder une cellule femelle (l’oosphère, enfermée dans le pistil). Deux possibilités s’offrent à ces plantes: soit le pollen d’une fleur féconde l’oosphère de la même fleur, auquel cas le risque de fécondation par du pollen venant d’autres fleurs et porté par le vent ou des insectes est faible. C’est le cas du soja par exemple. Le maïs et le colza adoptent un autre mode de reproduction, ou cette fois les pollens sont échangés d’une fleur à l’autre. La dissémination est alors un risque non négligeable. C’est une des raisons pour lesquelles la culture du colza transgénique a été interdite en Europe.

Pour isoler les champs de PGM, on peut donc les placer à une distance suffisante des autres champs. Cela limite le risque de dissémination mais ne l’élimine pas totalement. Or il suffit que le risque existe pour que le feu des colères se ranime. On peut aussi décaler les périodes de culture des plantes modifiées et classiques: si les fleurs n’apparaissent pas en même temps dans les deux champs, le risque de dissémination devient quasi nul.

 

Une loi sur TOUS les OGM

 

Les cultures en plein champ ne concernent pas que les plantes alimentaires. Les chercheurs ont parfois besoin de tester des PGM en plein air, car les expériences en labo ne suffisent pas. Pensons au peuplier, qui pousse difficilement dans les bureaux ou les appartements. Pensons aussi aux projets de décontamination des sols industriels par des plantes et des arbres génétiquement modifiés pour pomper un maximum de métaux lourds. Comment vérifier l’efficacité du procédé si on ne peut pas le tester dans un environnement réel? La loi doit aussi encadrer ces situations.

Et ce n’est pas tout. Le texte doit parler des plantes mais aussi des bactéries ou des souris de labos, dont il faut encadrer l’utilisation sans freiner la recherche scientifique française, déjà bien ralentie par son administration à la vivacité légendaire. Il doit parler encore de l’industrie, consommatrice d’OGM qui, comme ceux des labos, ne rentrent pas dans la chaîne alimentaire. Du moins pas encore…

Les OGM scientifiques et industriels doivent donc être traités à part mais au sein d’un même projet de loi. Le casse-tête des parlementaires en devient si intense qu’ils en oublient de nous parler des bestiaux nourris au maïs et au soja transgéniques et qui arrivent finalement dans notre assiette. Ou des mammifères dans le lait desquels on envisage de produire des médicaments. Ni des bactéries transgéniques que les labos ont sous le coude pour modifier les processus industriels de fabrication des yaourts ou des fromages.

Quant au problème social fondamental, il reste en suspend: pourquoi autoriser ces fichues PGM? La première génération, résistante aux pesticides et insecticides, ne profite qu’aux industriels. Tout le monde est d’accord. La deuxième génération, elle, pourrait voir émerger des plantes résistant au stress, à la chaleur, au sel, ou moins gourmandes en eau. Elles nous sont vendues comme capables de pousser dans les pays où on meurt de faim ou de résister aux changements climatiques qui nous attendent. Est-ce une bonne ou une mauvaise raison? On saute sur la question pour débattre encore, à l’occasion de ce nouveau projet de loi qui ne fermera pas la plaie ouverte dans nos consciences. Peut-être même qu’en remuant le couteau à l’intérieur, il retarde un peu plus sa cicatrisation...

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com - dans Sciences