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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 16:23
Interview publiée par notre confrère Le Confident et publiée ici avec l'accord de l'interviewé.
 
Président du Bureau de Coordination des signataires du manifeste pour un Dialogue véritablement inclusif en RCA
 

Goungaye-Wanfiyo-Nganatouwa.jpg
1°) LE CONFIDENT (L.C) : Me Goungaye, vous être Avocat et Président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH).
Vous êtes l’un des signataires du Manifeste sur le Dialogue Politique Inclusif. Pouvez-vous expliquez les raisons qui ont conduit les compatriotes centrafricains de la diaspora à soutenir l’idée d’un dialogue comme moyen efficace de résolution des crises en Centrafrique ?
 
Vous connaissez parfaitement la situation de la République Centrafricaine avec sa crise politique, économique, sociale doublée aujourd’hui d’une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent.
 
Devant cette situation, il y a eu la revendication du dialogue sur lequel beaucoup de nos compatriotes sont réservés, voire opposés soit parce qu’ils craignent pour leurs privilèges pour ceux qui sont du côté du pouvoir, soit parce qu’ils disent, pour les autres, qu’il ne faut rien attendre de cette « unième » concertation entre les Centrafricains.
 
La question qui se pose dans ce cas c’est de se demander si notre pays va bien. Si oui, tant mieux pour ceux qui le pensent si non faut-il rester les bras croisés à regarder notre descente aux enfers ?
 
L’idée du Manifeste c’est le constat que notre pays va très mal et ne connaîtra pas la paix et la sécurité, condition de tout développement sans un dialogue tant les antagonismes sont profonds entre ses enfants. Il n’ y a pas d’autre alternative que de dialoguer mais à condition que ce soit un vrai dialogue pour mettre définitivement un terme aux crises et non pas seulement faire un rafistolage dans le seul but d’assurer la pérennité du pouvoir du général BOZIZE.
 
Or le processus du dialogue, tel qu’il est actuellement conduit ne vise que cet objectif et le Manifeste propose autre chose sur lequel nous reviendrons largement dans les jours à venir.
 
 
2°) L.C : Comment s’organisent les signatures du Manifeste sur le Dialogue pour, non seulement la réussite de ce forum, mais surtout l’exécution des recommandations qui y seront issues ?
                       
Les signataires ont mis en place une structure souple pour conduire leurs actions, la Coordination des signataire du Manifeste pour un dialogue politique inclusif en Centrafrique dont j’ai été chargé d’assurer la présidence et où vous retrouverez des Centrafricains de toutes origines sociales et de toutes opinions, le dénominateur commun qui les unit étant le Manifeste.
 
Plusieurs actions ont déjà été menées et continuent de l’être auprès des gouvernements et des institutions impliqués dans le processus notamment les Nations Unies, l’Union Européenne, le gouvernement français, le Centre pour le Dialogue Humanitaire, l’Organisation Internationale de la Francophonie.
 
Je souhaite que nos compatriotes en Centrafrique brisent la peur et donnent massivement leur adhésion à cette démarche s’ils l’approuvent car c’est l’avenir de la paix et de la la sécurité dans notre pays qui est en jeu. Pour donner sa signature il suffit de contacter le bureau d e Coordination.
 
Plus il y aura de signatures, plus les préoccupations du Manifeste seront prises en compte car il s’agit de revendication citoyenne encouragée par des institutions par exemple la Commission de l’Union Européenne.
 
Pour une réussite du dialogue et une application effective de ses décisions, les Centrafricains par leur signature et leur nombre peuvent influer sur le cours des évènements. S’ils restent passifs , on va nous « bricoler » une solution qui ne tiendra pas. Il faut certes la présence de la communauté internationale pour nous accompagner mais celle-ci ne doit pas se substituer aux Centrafricains pour proposer des solutions à leur place.
 
 
 
3°) L.C : Initialement vous étiez opposé à la participation de l’ex-Président Ange Félix Patassé au Dialogue Politique Inclusif (DPI). Maintenez-vous cette position aujourd’hui ?
 
Vous faites une confusion entre le Dialogue National et le Dialogue politique inclusif en cours. J’étais effectivement et férocement opposé à la participation de l’ex-président Ange Félix PATASSE au Dialogue National en 2004. On ne pouvait admettre cela par respect des victimes qui vivaient encore fraîchement dans leur corps et dans leur chair les souffrances qui leur ont été infligées. Ces victimes continuent d’ailleurs à ce jour de vivre ces souffrances. Cependant, ne pas dialoguer signifie accepter la poursuite des conflits et créer encore d’autres victimes innocentes.
 
Il faut souligner que le régime actuel a fondé « sa légitimité » sur la situation des victimes des faits imputables à PATASSE or il a fait la même chose si non pire et il devra aussi un jour s’en expliquer.
 
Aujourd’hui, comme vous le savez, le Procureur de la Cour Pénale Internationale a ouvert son enquête et ceux sur qui pèsent des présomptions d’avoir commis des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou un génocide auront des comptes à rendre à la justice internationale et PATASSE ne sera pas seul à rendre des comptes car le statut de Rome ne prévoit ni prescription ni immunité pour les hauts responsables politiques passés ou présents. 
 
Quand on parle de dialogue inclusif, il faut que cela soit clair pour tous et non pas simplement une formule vide de sens : tous les acteurs connus et reconnus des crises dans notre pays y compris l’ex-président Ange Félix PATASSE et Monsieur Jean Jacques DEMAFOUTH qu’on tient à écarter coûte que coûte de cette concertation.
 
De ce point de vue j’ai effectivement changé d’avis avec l’ouverture de l’enquête par le Procureur de la Cour Pénale Internationale parce que je suis rassuré que quoiqu’il advienne, la justice internationale passera et que les intérêts des victimes seront préservés. La justice est l’une des conditions de la paix.
 
 
4°) L.C : Pouvez-vous situer l’opinion publique sur les raisons de votre absence du pays depuis plus de trois mois ?
 
Comme vous l’avez dit, je suis Avocat de profession et à l’heure de la mondialisation je suis aussi amené à exercer mon métier à l’extérieur de la République Centrafricaine. J’ai travaillé comme consultant pendant plusieurs mois à l’extérieur du pays.
 
Vous devriez vous en douter, comme militant des droits de l’homme et dans le cadre du Manifeste, j’ai mis à profit ce séjour pour faire du « lobbying » auprès des institutions.
 
 
5°) L.C Maintenant que vous êtes à Bangui. Comment comptez-vous contribuer positivement à la tenue du Dialogue Politique Inclusif ?
 
Je travaille conformément au mandat qui m’a été donné par les signataires du Manifeste pour sensibiliser l’opinion nationale sur son contenu de façon à recueillir de nombreuses adhésions. Une conférence de presse sera organisée d’ici la semaine prochaine pour expliquer le bien fondé de ce Manifeste. Je compte rencontrer les autorités du pays ainsi que les représentations étrangères impliquées dans le processus pour explique notre point de vue.
 
 
6°) LC : Avez-vous l’ambition de conquérir le pouvoir comme le pensent le pouvoir et certains opposants politiques ?
 
Je suis parfaitement au courant qu’il existe de tels fantasmes. Je crois savoir qu’il y a deux manières de conquérir le pouvoir. Celle qu’affectionnent nos dirigeants en Afrique en particulier chez nous en Centrafrique et qui est à l’origine de nos malheurs et à laquelle je suis foncièrement opposé, la force ( coups d’états, rébellion armée ou autre).
 
Il y a celle que je préfère et qui doit reposer sur le suffrage populaire exprimée librement et dans la transparence, c’est la voie démocratique.
 
Pour ce faire, il faut se reposer sur des structures qui devraient être démocratiques, c’est-à-dire des partis politiques.
 
Or je n’ai pas la carte d’un parti et je ne suis pas l’animateur d’un parti politique. Que ceux qui pensent ce que vous dites m’expliquent comment cela est possible.
 
Si comme vous le dites, le pouvoir et certains opposants pensent que je veux conquérir le pouvoir, c’est qu’ils me jugent apte si non ils ne le penseraient pas!
 
Plus sérieusement, je suis un citoyen avisé et un militant et c’est normal que je prenne des positions qui quelque fois sont audacieuses dans un pays tenté par le totalitarisme avec un régime qui n’a pas de légitimité redoutant tout ce qui peut apparaître comme voix dissonante.
 
Je comprends et je suis conscient que ma voix dérange et bouscule le système établi qui ne veut pas de changement réel dans ce pays où une infime minorité, toujours la même qui se renouvelle dans le même cercle depuis après l’ère coloniale, continue de mener grand train de vie alors que l’écrasante majorité continue de mourir de misère.
 
 
7°) L.C : Voulez-vous proposer un message à l’endroit du pouvoir, de l’opposition politique et armée, de la société civile et de la population centrafricaine ?
 
A la population d’abord, je dis qu’il ne faut pas se résigner car c’est la résignation qui nous tue dans ce pays. Il n’y a pas d’homme providentiel pour nous sortir de la situation dans laquelle nous nous trouvons. C’est nous mêmes par nos efforts personnels individuels ou collectifs qui devrions maîtriser notre destin. Chacun doit vaincre la peur et faire savoir son opinion. Nous devons comme KARINOU, BOGANDA et d’autres refuser l’oppression.
 
A l’opposition armée, je dis que le peuple centrafricain a trop souffert et qu’il faut arrêter la guerre . Certes, ce n’est pas facile de se battre comme nous le faisons avec la plume et des Codes ou à l’aide de micros mais ce combat est mieux et qu’il faut abandonner les armes et aller au dialogue et d’exiger qu’il se tienne dans de meilleures conditions.
 
A l’opposition démocratique, je pose la question où êtes-vous et que faites-vous ?
 
Enfin au pouvoir, je pose aussi la question mais naïvement : vous avez pris les armes à l’époque au motif que c’était pour amener PATASSE à accepter le dialogue qu’il ne voulait pas parce qu’il jouait la montre et tergiversait.
 
Aujourd’hui, alors que les Centrafricains ne demandent rien d’autre qu’un vrai dialogue, vous cherchez à gagner du temps, vous repoussez les échéances, vous engagez des démarches parallèles pour rencontrer individuellement les protagonistes dans le seul but d’éviter le vrai dialogue global. Est-ce que vous vous rendez au moins compte des souffrances du peuple Centrafricain qui ne comprend pas que vous fassiez la même chose que vous reprochiez à juste titre à votre prédécesseur ?
 
Le moment est venu pour que les Centrafricains se parlent non pas en faisant semblant comme d’habitude mais se parlent vraiment sous le sceau de l’humilité, de la tolérance et de la vérité si nous aimons tous notre pays et si nous voulons créer de bonnes conditions de vie pour les générations futures en rétablissant la paix et la sécurité.
 
Bangui 11.03.2008
 
Interview accordée au quotidien Le Confident.

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