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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 16:31
 
 
Le Monde 5 mars 2008


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Le ton est monté d'un cran entre la France et le Soudan, mardi 4 mars, après l'incident survenu la veille à la frontière tchado-soudanaise, au cours duquel un soldat français de la force européenne Eufor, déployée dans l'est du Tchad et le nord-est du Centrafrique, a été porté disparu en territoire soudanais. Le ministre français de la défense, Hervé Morin, a confirmé qu'il s'agissait d'un sergent relevant du commandement des opérations spéciales (COS).
Paris a officiellement demandé "aux autorités soudanaises" d'apporter leur aide pour retrouver le militaire disparu lors de l'échange de tirs, lequel s'est produit dans des circonstances controversées dans la région dite des "trois frontières" (aux confins du Tchad, du Soudan et du Centrafrique). M. Morin a précisé que d'après le témoignage d'un second militaire français (un adjudant), légèrement blessé au cours de cet accrochage, le soldat porté disparu s'est "effondré" après avoir été pris sous le feu de soldats dont, a-t-il précisé, "tout nous laisse penser qu'il s'agit de militaires soudanais".
Khartoum a une autre version des faits : selon le ministère soudanais des affaires étrangères, des "militaires blancs" ont franchi à deux reprises la frontière (non balisée) et ont échangé des tirs avec les soldats soudanais, l'incident s'étant produit à 5 kilomètres - 3 kilomètres, de source française - à l'intérieur du territoire soudanais. "La jeep (des deux soldats des forces spéciales françaises) a été entièrement détruite, cinq ou six soldats blancs ont fui à pied vers le Tchad et n'ont pas été poursuivis", a précisé Khartoum.
VÉHICULE CALCINÉ
Selon les autorités du Soudan, l'incident a fait une victime civile mais aucun soldat étranger n'a été fait prisonnier. L'armée soudanaise a, de son côté, fait état de deux morts soudanais, l'un militaire, l'autre civil. Au quartier général de l'Eufor, au Mont-Valérien, dans la banlieue de Paris, on explique qu'une heure après l'incident, des véhicules militaires de l'Eufor, escortés par un hélicoptère, sont revenus sur les lieux de l'accrochage (en territoire soudanais), dans l'espoir de récupérer le soldat disparu. Ils n'ont retrouvé que son véhicule calciné.
Tout en soulignant qu'elles ne voulaient pas "faire monter la tension avec le Tchad", les autorités de Khartoum - qui n'ont jamais fait mystère de leur hostilité à l'égard du déploiement des soldats européens - ont affirmé qu'elles s'assureront qu'un tel "incident sérieux" ne se reproduira pas. Une certaine décrispation était cependant perceptible mardi soir, après que Khartoum a accepté les excuses de la France et de l'Union européenne pour ce "franchissement involontaire et accidentel" de la frontière.
Cet incident, qualifié de "grave" à l'état-major des armées, à Paris, ne devrait pas retarder le déploiement de l'Eufor. Quelque 800 soldats de différentes nationalités sont déjà sur place, sur le total de 3 700 hommes que celle-ci devrait compter. Un bataillon français (environ 650 hommes) est arrivé au Tchad et devrait y être incorporé dans les prochains jours.
Ce premier incident impliquant la force européenne souligne l'ambiguïté de son mandat : les deux soldats français faisaient une patrouille de reconnaissance le long de la frontière, mais le rôle de l'Eufor n'est pas de sécuriser les frontières du Tchad. Sa mission tient de la gageure : dans une région propice aux affrontements inter-tchadiens, voire tchado-soudanais, ses soldats vont devoir assurer la protection des populations déplacées en raison de la crise du Darfour, sans s'impliquer dans les conflits locaux.
Laurent Zecchini
 

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