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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 18:17
 
 
Yorongar confirme la détention; l’enquête gouvernementale manque d’indépendance

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(Paris, le 4 mars 2008) – Le gouvernement tchadien devrait sans délai fournir des explications à propos de la disparition du dirigeant de l’opposition, Ibni Oumar Mahamat Saleh, arrêté par les forces de sécurité de l’État il y a un mois, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Un deuxième parlementaire important de l’opposition arrêté en même temps, Ngarlejy Yorongar, a refait surface il y a quelques jours. Il a confié à Human Rights Watch qu’après 18 jours de détention aux mains du gouvernement, il s’était évadé et se trouve actuellement au Cameroun. Selon Yorongar, Ibni Oumar Mahamat Saleh a été battu lors de son arrestation et il était en mauvaise santé la dernière fois que Yorongar l’a aperçu.  
 
Dans l’intervalle, Human Rights Watch a signalé que la commission d’enquête annoncée par le Président tchadien Idriss Déby Itno et saluée par le Président français Nicolas Sarkozy lors de sa récente visite au Tchad, n’a pas l’indépendance et la crédibilité nécessaires car elle est dirigée par le président de l’Assemblée Nationale tchadienne, un proche allié du Président Déby.  
 
« Le Président Sarkozy est venu et il est reparti, et Ibni est toujours porté disparu », a déclaré Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique de Human Rights Watch. « Une commission dirigée par un membre du parti au pouvoir au Tchad ne peut être indépendante. Le Président Déby a mystifié le Président Sarkozy. »  
 
Une enquête réalisée au Tchad par Human Rights Watch
a révélé qu’Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole d’une coalition de partis politiques de l’opposition, Lol Mahamat Choua, un ex-président tchadien, et Ngarlejy Yorongar, président du parti politique Fédération Action pour la République, avaient été appréhendés le 3 février 2008 par les forces de sécurité de l’État. Leur arrestation s’inscrit dans le contexte de répression qui frappe les opposants politiques dans la capitale, N’Djamena, suite à une tentative de coup d’État menée par des rebelles tchadiens début février.  
 
Le 27 février, au cours d’une visite du Président Sarkozy au Tchad, le Président Déby a déclaré que son pays avait mis en place une « commission d’enquête internationale qui fera la lumière sur l’ensemble des choses qui se sont passées à N’Djamena » lors de l’attaque rebelle. Il a expliqué que la commission serait dirigée par le président de l’Assemblée Nationale, Nassour Ouaidou Guelendouksia, un membre du parti du Président Déby et ex-premier ministre. Le mandat de la commission ne se limite pas à la question des politiciens « disparus ». Aux termes du décret créant la commission, il couvre « l’agression soudanaise du 28 janvier au 8 février ». La commission comptera 11 membres, dont sept Tchadiens, et l’Union européenne, l’Union africaine, la France et l’Organisation internationale de la Francophonie auront un représentant chacun.  
 
Le 27 février, le Président Déby a déclaré que l’attaque rebelle avait « causé la mort de plus de 400 personnes civiles et d’autres portées disparues, parmi lesquels des chefs de partis politiques », donnant à penser qu’il tentait de rejeter la responsabilité de la « disparition » d’Ibni Oumar Mahamat Saleh sur les rebelles. Le Président Déby a également signalé que « certains chefs de partis politiques, comme Lol Mahamat Choua, qui ont été retrouvés avec les groupes rebelles, ont été arrêtés ».  
 
Le 14 février, le gouvernement tchadien avait reconnu qu’il détenait Lol Mahamat Choua. Après avoir été assigné à résidence, ce dernier a ensuite été libéré. Le Président Déby a annoncé que « l’enquête internationale verra à quoi Lol a joué pendant cette période-là ».  
 
L’enquête de Human Rights Watch, qui repose sur le témoignage de multiples témoins oculaires, a révélé que des soldats de l’armée gouvernementale s’étaient rendus chez Yorongar, Ibni Oumar Mahamat Saleh et Lol Mahamat Choua le 3 février afin de les arrêter. Contrairement aux allégations du Ministre tchadien de l’Intérieur Bachir, l’enquête de Human Rights a dévoilé que dans chaque cas, les forces de sécurité gouvernementales avaient chassé les forces rebelles des quartiers concernés pour en reprendre le contrôle total avant les arrestations.  
 
Le récit de Yorongar à propos de son arrestation par les soldats gouvernementaux le 3 février corrobore la description des événements publiée par Human Rights Watch. Yorongar a confié à Human Rights Watch qu’il avait ensuite été emmené dans une prison située à l’intérieur d’une base militaire proche de la présidence, où étaient également détenus Ibni Oumar et Lol Mahamat Choua. Il a ajouté qu’il avait été enchaîné pendant 18 jours jusqu’au 21 février à l’aube, lorsque ses ravisseurs l’ont emmené dans un cimetière des environs, ont détaché ses chaînes et ont fait feu dans sa direction sans l’atteindre. Yorongar s’est alors enfui pour rejoindre le Cameroun.  
 
La libération de Yorongor le 21 février coïncide avec les déclarations des ministres des affaires étrangères tchadien et français selon lesquelles Yorongar avait été « retrouvé vivant ».  
Human Rights Watch a demandé que soit menée une enquête répondant aux normes internationales relatives à l’indépendance de ce type de mission, par exemple une enquête réalisée par le Groupe de travail de l’ONU sur les disparitions forcées ou involontaires. Human Rights Watch a réitéré son appel pour que le gouvernement tchadien fournisse immédiatement des explications à propos du politicien « disparu ».  
 
« C’est le gouvernement qui a arrêté Ibni, c’est donc le gouvernement qui devrait le présenter », a souligné Georgette Gagnon.  
 
Le 11 février, le Ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a rapporté à Human Rights Watch que le Président Déby avait indiqué que les politiciens « disparus » étaient détenus à la Direction des Renseignements Généraux à N’Djamena.  
 
Human Rights Watch reste préoccupée par le fait qu’Ibni Oumar Mahamat Saleh pourrait être victime d’une disparition forcée. La Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, que le Tchad a signée le 6 février 2007, définit une disparition forcée comme étant « l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l’État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement de l’État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi ».  
 

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