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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 17:10
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C’est vrai que cette toile d’accords de défense entre la France et 8 pays d'Afrique, d’accords de coopération militaire technique avec une trentaine de pays, ainsi que ce réseau de 8 bases avec leurs 9 000 hommes et matériels prépositionnés, les facilités qu’elles offrent en matière de refuge, de soutien logistique, ou d’accueil de renforts ; c’est vrai que c’est un dispositif unique ! De toutes les anciennes puissances coloniales, la France aura été la seule à ne pas « 
décrocher » du continent et à garder un savoir-faire militaire « africain » qui lui est parfois envié, parfois reproché.
 
L’annonce, par le président Sarkozy, depuis l’Afrique du Sud, d’une renégociation de ces accords et de ces implantations, est-ce une petite révolution ? Oui, si on s’étonne de ce que, près de 50 ans après les indépendances, ces textes « obsolètes », comme les qualifie le président français, « caducs » comme disent ceux qui voient bien qu’ils ne sont pas appliqués, ou alors à la tête du client ! Oui, si c’est une vraie remise à plat, accompagnée d’une redéfinition des accords, dans la transparence, devant les Parlements, français mais aussi les Assemblées des pays africains concernés. Mais ce le serait moins, « révolutionnaire », s’il n’y a pas cet examen global, voire un sérieux désengagement, un passage à l’heure de l’Union africaine et de l’Union européenne, nouveaux vecteurs de maintien de la paix.
 
En fait, les militaires et certains politiques français avaient anticipé cette « révision ». La prise de conscience remonte notamment au « traumatisme » du génocide rwandais. A la faveur d’un simple accord de coopération technique, des soldats français s’étaient retrouvés mêlés, à tort ou à raison, à un massacre collectif aux dimensions dantesques. Plus jamais ca !
Depuis, les effectifs des bases permanentes ont été divisés par deux. La doctrine du « soutien sans participation » s’est généralisée, la consigne étant d’éviter d’engager des troupes directement dans des combats ; et d’échapper à un tête-à-tête exclusif sur le terrain en recherchant systématiquement un mandat régional ou international.
 
A court terme, Licorne en Côte d’Ivoire, Epervier au Tchad, ou encore Boali en Centrafrique - qui ont le statut d’opérations non permanentes sont appelés à disparaître. Seules subsisteront quatre points d’appui, avec moins de 5 000 hommes : à l’ouest, Dakar-Sénégal, sans doute spécialisé dans le maritime ; en Afrique centrale, Libreville-Gabon, avec une vocation plus « aérienne » ; pour l’Afrique australe, la Réunion ; et, dans la Corne, Djibouti, maintenu (mais allégé, au profit de la nouvelle base française d’Abou Dhabi, dans le Golfe). A la tête de chacun, un général, chargé d’organiser la coopération à l’échelle régionale ; et du matériel prépositionné, en soutien aux bataillons de paix de l’Union africaine dans la perspective de ce qui s’appelle désormais « l’Euro-Recamp ».
 
Mais deux grandes questions : l’Union africaine, justement, a-t-elle les moyens de prendre en main sa propre sécurité ? Ses « brigades en attente », dans chaque région, seront-elles entraînées, équipées, mobiles, soutenues politiquement bref, crédibles et quand ? D’autre part, puisque Paris cherche très opportunément à échapper au bilatéralisme qui l’a parfois mené à des extrémités coupables, l’Europe sera-t-elle intéressée, suffisamment impliquée et motivée ? On ne peut pas le jurer, à voir la difficulté qu’il y a eu à monter l’actuelle opération Eufor-Tchad-RCA.
 
par Philippe  Leymarie RFI
 
[02/03/2008
 
Quel avenir pour les accords militaires franco-africains ? 


Agoravox


L’annonce du Président Sarkozy devant le parlement sud-africain le 28 février dernier de renégocier les accords militaires signés par la plupart des pays africains francophones aux lendemains de leur indépendance avec la France, est en adéquation avec l’opinion africaine bien éclairée qui a toujours réclamer la redéfinition voire la suppression de ces accords de coopération en matière de sécurité et de défense. Accords qui ont permis à la France d’être le gendarme des dirigeants africains.
Cette annonce intervient aux lendemains de l’intervention française au Tchad où le soutien de l’armée française aux forces du président Deby, lors d’une attaque des rebelles début février, a permis à ce dernier de se maintenir au pouvoir. Elle intervient également sept mois après le discours choquant tenu à Dakar par lequel Sarkozy avait dit que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire.
Mais pour autant, on doit rester sceptique. Car l’objectif de la politique de coopération militaire (outil de la politique étrangère d’un pays) française en Afrique a eu toujours pour objectif d’entretenir l’influence française sur le continent d’où le consensus en la matière sous toutes les Présidences (de droite comme de gauche) de la Vème République. 
Les différents accords militaires


Les accords militaires signés entre la France et la plupart des pays africains francophones sont sous deux formes : les accords de défense et les accords d’assistance militaire technique.
Les accords d’assistance militaire conclus avec vingt-six pays africains permettent à la France d’intervenir dans trois domaines :
  • l’assistance militaire technique ;
  • la formation des cadres militaires africains en Afrique et en France ;
  • l’aide en matériel.
Quant aux accords de défense, signés avec neuf Etats (Sénégal, Cote d’Ivoire, Djibouti, Gabon...) qui avaient fait l’objet du scénario 4 du Livre blanc de la défense de 1994, ils prévoient :
  • l’aide et l’assistance de la France en cas de troubles intérieures
  • le stationnement de plusieurs milliers de militaires français sur des bases ;
  • des interventions militaires.
Quel bilan pour ces accords ?


Au regard d’un simple bilan de cette coopération (ayant pour cadre juridique ces accords précités), on peut relever sa grande ambiguïté car elle n’a jamais été dans le sens de la démocratisation des pays africains. Pis, elle a servi les intérêts d’un certain nombre de chefs d’Etat protégés et soutenus par la France en dépit de leur politique désastreuse.
Sur le plan de l’aide à la formation des armées africaines, cette coopération a abouti à la constitution des armées monoethniques et tribalisées à la solde de ces chefs d’Etat. Elle a eu aussi pour dérive le développement d’une forme de mercenariat. En effet, les anciens coopérants militaires à la fin de leur mission préfèrent rester sur place pour continuer à remplir approximativement les mêmes taches à titre privé, notamment : formation des armées, formation à l’utilisation des armements, conseil pour les états-majors et le gouvernement.
La remise à plat des accords de défense implique aussi celle des accords d’assistance miliaire qui permettent à la France de continuer à former des militaires africains agissant comme des gardes prétoriennes ou des miliciens au lieu d’être de véritables forces républicaines et patriotiques travaillant pour des intérêts globaux de l’ensemble des populations.
La renégociation de nouveaux accords ne doit pas se faire sans qu’un bilan exhaustif ne soit fait des 50 ans de coopération militaire et de ces accords. 
Quid de la transparence ?


Le président Sarkozy a promis qu’une fois les nouveaux accords renégociés, ils seront publiés « dans la transparence ».
Cette transparence implique le contrôle du pouvoir législatif en ce qui concerne les opérations extérieures résultant des accords précités. La mission d’information sur l’amélioration du contrôle parlementaire des opérations extérieures (Opex) conduite par la commission de la défense de l’Assemblée Nationale avait fait la proposition de contrôler ces opérations mais ce dispositif n’a jamais été mis en place. Les députés n’ont pu se prononcer sur l’opération « Licorne » qui avait mobilisé des milliers de soldats français en Cote d’Ivoire. Pas plus que l’intervention française au Tchad pour soutenir Deby n’a pas fait l’objet de débat à l’Assemblée Nationale. Les députés se contentant de poser de temps en temps des questions écrites ou des questions d’actualités. Mais quelques minutes par semaine ne suffisent pas pour comprendre cette politique et encore moins pour la contrôler.
La mission d’information avait aussi recommandé la publication des accords de défense avec leurs clauses secrètes. Recommandation qui n’a toujours pas eu d’application. Toute renégociation implique la publication de ces précédents accords.
La transparence doit aussi porter sur les archives de l’Etat portant sur les vingtaines d’actions militaires directes de France en Afrique d’où la nécessité de déclasser ces dossiers pour être consultables par tout le monde.
Renégocier les accords militaires avec les pays africains revient aussi à reposer le problème de la conception générale de l’Afrique dans la stratégie de la France comme puissance et acteur des relations internationales au moment où les Etats-Unis cherchent à implanter une base militaire sur le continent.
Les forces armées et de sécurité en Afrique ont été à l’origine de beaucoup de crises et continuent d’être des menaces à la démocratisation de nos pays. La renégociation des accords militaires doit se faire dans une perspective de prévention de ces crises et la démocratisation effective de nos pays.
Cela permettra d’éviter des situations comme le renversement du président élu Mahmane Ousmane au Niger (qui avait voulu reformer l’armée nigérienne par une restructuration de la configuration du commandement), l’assassinat du président hutu élu démocratiquement Melchior Ndadaye au Burundi par des militaires tutsi, les répressions sanglantes post-électorales traditionnelles ...
La rupture tant attendue dans la politique africaine de la France va-t-elle se faire avec la renégociation des accords militaires ? Nous attendons les actes pour y croire.
Avec qui va-t-on renégocier ces accords ? Quelle sera la légitimité de nos dirigeants dans ces négociations ? Quel est le calendrier ? Autant de questions dont dépendra l’avenir des accords militaires de la France avec les pays africains. 
Komi TSAKADI, Lomé.
 

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