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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 13:23
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A N'Djamena M. Sarkozy demande "la vérité" sur les opposants disparus

 LE MONDE | 28.02.08 | 15h29  •  Mis à jour le 28.02.08 | 15h29

 N'DJAMENA ENVOYÉ SPÉCIAL

 L'exercice tenait du grand écart : transformer une escale présidentielle dans un pays ami, mais dont le régime est accusé d'avoir fait disparaître des opposants politiques, en symbole d'une "nouvelle politique française en Afrique". Nicolas Sarkozy n'est resté que quelques heures à N'Djamena, mercredi 27 février, mais il a obtenu le peu qu'il était venu chercher : quelques gestes du président tchadien, Idriss Déby, destinés à montrer que la France, dont l'armée a sauvé le régime menacé par des rebelles voilà trois semaines, ne se lave pas les mains des atteintes aux droits de l'homme perpétrées après la victoire militaire.

 Le président français, flanqué d'Abdou Diouf, secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), et du commissaire européen au développement Louis Michel, entendait apaiser les réticences suscitées par l'engagement français chez les partenaires européens présents dans l'Eufor, cette force de l'Union européenne (UE) qui commence ces jours-ci à se déployer dans l'Est tchadien. La venue de M. Sarkozy n'a pas permis de faire la lumière sur la disparition de deux opposants enlevés à domicile par la garde présidentielle, selon des témoins, mais le président français a multiplié les pressions dans ce sens sur le régime.

 La nuit était tombée lorsque, au terme d'une heure et demie d'entretien avec M. Sarkozy, M. Déby a annoncé sur le perron de son palais qu'il acceptait "la mise en place d'une commission d'enquête internationale pour faire la lumière sur l'ensemble de ce qui s'est passé". Le président tchadien s'est aussi engagé à recevoir l'épouse d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de l'opposition, dont on est sans nouvelles depuis le 3 février.

De nombreux Tchadiens sont convaincus que M. Saleh, comme le député Ngarlejy Yorongar, autre opposant disparu, ont été tués. M. Déby a répété qu'il ne "savait pas" s'ils étaient en vie. "Moi, je me suis occupé de la guerre", s'est-il justifié, précisant que les combats avaient causé "la mort ou la disparition de 400 civils". " La France veut la vérité", a martelé de son côté M. Sarkozy. A l'égard de son homologue tchadien, il a avoué son "sentiment ambivalent" : "Il est légitime, je respecte son courage. Mais cela n'autorise pas tout." Le président de la Ligue tchadienne des droits de l'homme (LTDH), Massalbaye Tenebaye, a estimé que M. Sarkozy, qui a reçu les trois avocats des disparus, était arrivé "à point nommé pour débloquer les choses".

 

"EXACTIONS SUR LES CITOYENS"

 Les opposants ne partagent pas cet avis. Pressés par la France et l'UE de participer à une "conférence de la réconciliation", ils ont boycotté la réunion. Refusant de participer à la "poursuite du dialogue politique" annoncé du bout des lèvres par M. Déby, tant qu'ils ne sauront pas la vérité sur la disparition de leurs leaders.

Satisfait d'avoir eu "une explication assez franche" avec le gouvernement tchadien, M. Sarkozy n'a pas eu le temps de prendre la mesure de la peur qui règne encore à N'Djamena. "Beaucoup d'éléments véreux des forces de sécurité sèment la terreur et la désolation, témoigne le président de la LTDH. Sous couvert de fouilles chez les gens destinées à retrouver des objets pillés, ils se livrent à des exactions nocturnes sur les citoyens." Des témoignages font état de vols et de viols ciblant les clans censés être favorables aux rebelles. Les autorités semblent tirer parti de l'état d'urgence pour multiplier les expulsions. Autour de la capitale, le creusement accéléré d'une tranchée de 40 km de long, destinée à faire obstacle à une nouvelle attaque rebelle, renforce l'angoisse de la population.

 

Philippe Bernard

Article paru dans l'édition du 29.02.08

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