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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 13:44

 

 

 

 

RFI  mercredi 03 juillet 2013 à 11:04

 

C'est l'une des grandes voix de la Centrafrique sur la scène internationale. Anicet Georges Dologuélé a été Premier ministre sous le régime Patassé, puis président de la BDEAC, la Banque de développement des Etats de l'Afrique centrale. Aujourd'hui, à 56 ans, il renonce à un exil confortable en France pour se présenter à la prochaine élection présidentielle dans son pays. Pourquoi ce défi ?

 

RFI : Human Rights Watch affirme que depuis deux mois, les combattants de la Seleka ont tué plus de 40 civils, dans les préfectures de Ouham et de Gribingui, au nord, et de Mbomou au sud. Comment réagissez-vous ?

 

Anicet Georges Dologuélé : La République centrafricaine est aujourd’hui un peuple qui se noie, qui essaie de tendre la main pour attraper une bouée de sauvetage et qui n’en trouve pas.

 

Le drame se déroule dans le silence. On a l’impression qu’un voile pudique a été jeté sur ce pays. Des pillages, des viols, des tueries de tous genres… Les paysans vivent comme des animaux dans la brousse, les semences et les greniers ont été pillés. Nous allons, dans les prochains mois, vivre un drame humanitaire terrible

 

Dans la préfecture de Ouham, les habitants d'un village ont été regroupés de force. Cinq hommes ont été attachés ensemble puis abattus. L’un d’entre eux n’est pas mort sur le coup, il a eu la gorge tranchée. Comment expliquez-vous ces horreurs ?

 

Je ne sais pas. C’est un pays qui a déjà connu plusieurs coups d’Etat. Mais c’est la première fois que ça se passe ainsi. Trois mois après la prise du pouvoir, je ne comprends pas qu’on laisse des personnes dont on ne sait d’où elles viennent, aller, venir, brutaliser la population.

 

Autre drame à Bangui, cette fois à la suite de l’assassinat d’un étudiant par la Seleka. Les habitants du quartier Gobongo se sont révoltés vendredi 28 le juin. La Seleka a répliqué à l’arme lourde, faisant six morts. Est-ce que la capitale est en train de tourner le dos à ses nouveaux maîtres ?

 

Tourner le dos n’est pas le mot. La capitale souhaite vivre en paix. Aujourd’hui, il y a une espèce d’exaspération. Quand vous voyez que les jeunes sont capables d’ériger des barricades pour affronter cette situation les mains nues, quand vous voyez qu’il y a un concert de casseroles tous les soirs à Bangui, pour protester contre cette brutalité, contre la famine, vous voyez qu’on ne peut pas écraser un peuple indéfiniment. Le peuple finit par se révolter. Je crains que cela ne prenne d’autres tournures. Il est grand temps que les autorités de transition dialoguent avec la population. Ce silence ne peut plus durer.

 

Dimanche 30 juin, le ministre des Eaux et forêts, le général Dhaffane, a été limogé et arrêté. Comment expliquez-vous cette décision ?

 

Ça montre qu’il y a des dissensions au sein des chefs de l’ex-Seleka. Ce qui s'y passe montre d’abord que le dialogue inter-Seleka était nécessaire, que le dialogue inter-organe de transition est nécessaire aussi, et enfin, que le dialogue avec toutes les forces vives est nécessaire.

 

Avant son arrestation, le général Dhaffane dénonçait les exactions qui se multipliaient de la part d’éléments Seleka. Il réclamait un dialogue inter-Seleka.

 

C’est pour ça que l’idée même du dialogue est une bonne chose. Ce sont des chefs militaires, chacun est responsable d’une faction de Seleka. Il faut que les chefs se réunissent pour voir ensemble comment maîtriser leurs hommes.

 

Vous dénoncez ces personnes dont on ne sait pas d’où elles viennent. Y-a-t-il des combattants étrangers au sein de la Seleka ?

 

Ce n’est un secret pour personne : les trois quarts de la Seleka viennent d’ailleurs. Je ne sais pas d’où…

 

Du Tchad, du Soudan ?

 

Je ne sais pas. Mais les populations signalent que manifestement, en dehors des Centrafricains qui iront accompagner certaines factions de la Seleka, depuis le nord-est du pays, il y a beaucoup de combattants qui viennent d’ailleurs. Ils ne parlent pas sango. De par leur manière d’agir, on voit bien qu’ils ont une autre culture.

 

« Mon père est musulman, ma mère protestante, dit Michel Djotodia. J’ai été élevé dans le respect des croyances de chacun, je ne tolèrerai aucune discrimination religieuse ».

 

Il est urgent que le chef d’Etat de transition ne tolère aucune dérive religieuse. Il n’y a jamais eu de problèmes religion entre les Centrafricains, il n’est pas question qu’il y en ait. Les évêques de Bangui, par la voie de l’archevêque, de monseigneur Dieudonné Nzapalainga, ont beaucoup communiqué sur ce problème. Tous les Centrafricains souhaitent que le président de transition fasse ce qu’il dit, et qu’il veille à ce qu’il n’y ait pas de problèmes religieux dans ce pays qui n’en a pas besoin.

 

Les attaques d’églises le dimanche à l’heure de la messe pour braquer les fidèles, est-ce que ça vous inquiète ?

 

Ce qui inquiète, c’est de créer une situation où les Centrafricains peuvent croire qu’il y aurait un problème contre certaines religions.

 

Est-ce que vous regrettez l’époque Bozizé ?

 

Non. Mais l’avenir, c’est d'arrêter la souffrance des populations, c’est réussir cette transition pour venir à une vie normale.

 

Au terme de la transition, Michel Djotodia promet qu’il ne se présentera pas à la présidentielle prévue dans dix-huit mois. Est-ce que vous le croyez ?

 

Oui, je le crois et je pense ça rassurerait la population s’il le répétait souvent et que, dans les actes, il montrait qu’il veut conduire une transition rapidement et passer le témoin.

Dans les colonnes de Jeune Afrique, vous venez d’annoncer votre candidature. Mais à la différence de Martin Ziguélé par exemple, vous n’avez pas de parti derrière vous. Est-ce que ce n’est pas un handicap ?

 

On reparlera de candidature quand la sécurité reviendra. C’est un peu prématuré pour en parler. L’urgence est que la sécurité revienne dans ce monde.

 

Regrettez-vous d’avoir annoncé votre candidature ?

 

Pas du tout ! Il fallait donner une lueur d’espoir à certains de mes compatriotes qui pourraient commencer à voir qui pourrait les sortir de cette impasse.

 

Aurez-vous un parti ?

 

Je m’organiserai pour en avoir. C’est en cours de toutes façons, déjà.

 

Vous êtes à Paris, quand est-ce que vous allez rentrer ?

 

Très bientôt. Au cours du mois de juillet je serai à Bangui.

Anicet Georges Dologuélé sur RFI : «L’avenir, c’est d’arrêter la souffrance des populations»

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