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22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 14:23
RCA : enquête de l'ONU sur un massacre attribué aux forces centrafricaines et paramilitaires russes

 

AFP le 21/01/2022 à 19:54

L'ONU enquête sur un massacre présumé près de la ville de Bria, à 600 km à l'est de la capitale centrafricaine Bangui, qui aurait vu plusieurs dizaines de victimes civiles lors d'une opération conjointe les 16 et 17 janvier des forces armées et de mercenaires du groupe privé russe Wagner.

Cette opération visait le groupe armé Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), un des principaux groupes rebelles très actifs dans l'est du pays, a précisé vendredi une source onusienne, sous couvert de l'anonymat. "Plus de 30 personnes civiles auraient été tuées, certaines par des balles perdues", a-t-elle ajouté, évoquant aussi la possibilité de pillages par les auteurs de l'opération militaire.

"Les forces armées centrafricaines et les Russes sont en train de commettre un massacre", a déclaré de son côté à l'AFP une source militaire en Centrafrique, sous couvert de l'anonymat. "Il y aurait des exécutions sommaires et nous parlons de plus de 50 morts", a-t-elle poursuivi.

"Je n'ai pas eu connaissance de cette attaque", a pour sa part déclaré à l'AFP Albert Yaloké Mokpeme, porte-parole de la présidence centrafricaine.

La mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) a entrepris d'interroger des survivants afin d'éclaircir la réalité des faits, ont précisé les sources onusiennes.

Interrogé, le porte-parole de l'ONU à New York, Stéphane Dujarric, a confirmé que la Minusca "avait reçu des informations sur une opération conduite plus tôt dans la semaine par les forces armées centrafricaines et d'autres forces de sécurité contre de présumés combattants de l'UPC au nord de Bria".

"Nous sommes en train d'évaluer le nombre de victimes et de personnes déplacées", a-t-il dit.

La Minusca, qui a dépêché une mission sur place, "continue d'évaluer la situation, en veillant à ce que les mesures nécessaires soient prises pour protéger les civils", a indiqué Stéphane Dujarric.

- Exactions -

Deuxième pays le moins développé au monde selon l'ONU, la Centrafrique a été plongée dans un conflit sanglant après un coup d'Etat en 2013.

Alors que la guerre civile avait fortement baissé d'intensité ces dernières années, les principaux groupes armés -- qui contrôlaient déjà les deux tiers du pays -- avaient lancé fin décembre 2020 une offensive à quelques jours de la présidentielle pour renverser le président Faustin Archange Touadéra, en lice pour un second mandat.

Les rebelles, dont l'UPC, réunis au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), étaient même arrivés début janvier aux portes de la capitale.

M. Touadéra avait alors appelé la Russie à l'aide, sauvant ainsi son pouvoir, mais la présence des paramilitaires du groupe russe de sécurité privée Wagner est de plus en plus controversée et les attaques rebelles se poursuivent.

A la mi-2021, le groupe d'experts de l'ONU chargé de la Centrafrique et du contrôle de l'embargo sur les armes imposé à ce pays avait dénoncé des exactions commises contre des civils lors d'opérations des forces de sécurité centrafricaines et de paramilitaires russes du groupe Wagner.

Le gouvernement centrafricain avait lui-même reconnu en octobre la réalité de certaines accusations formulées par l'ONU, notamment sur des crimes et actes de torture, commis "majoritairement" par des rebelles mais aussi des soldats centrafricains et leurs alliés.

- "Instructeurs" -

Le groupe Wagner est réputé proche du Kremlin, ce que Moscou dément.

La Russie ne reconnaît officiellement la présence que de 1.135 "instructeurs non armés" mais les ONG opérant sur le terrain, la France et l'ONU affirment qu'une partie d'entre eux appartiennent à Wagner.

Lors de la dernière réunion du Conseil de sécurité sur le conflit centrafricain, les Etats-Unis avaient demandé à Moscou d'enquêter sur les exactions attribuées à des ressortissants russes.

Le groupe d'experts de l'ONU ne fonctionne plus depuis le 31 août, le renouvellement de ses membres ayant été bloqué l'été dernier par la Russie qui estime que sa composition est noyautée par les Occidentaux.

Vendredi, le blocage perdurait, ont indiqué plusieurs diplomates à l'AFP. Les Occidentaux suspectent la Russie de trouver son intérêt à ne pas résoudre ce long et rare blocage.

Le président centrafricain a décrété le 15 octobre un "cessez-le-feu unilatéral" pour favoriser l'ouverture prochaine d'un dialogue.

Les principaux groupes armés avaient annoncé qu'ils respecteraient également un cessez-le-feu. Mais certains, comme l'UPC, ont continué leurs attaques contre des civils et des militaires.

 

Lu pour vous

 

Les terribles compromissions de l’ONU en Centrafrique

 

La rédaction de Mondafrique il y a 3 ans

 

Le contingent de Casques bleus mauritaniens de la Minusca est accusé d’être complice du massacre d’Alindao qui a fait une soixantaine de tués chrétiens et animistes.

Rappelons que les villages dans la périphérie de la sous-prefecture d’Alindao sont en cendres et que les victimes ne peuvent être comptabilisées. A Alindao, dans l’évêché, parmi les victimes, se trouvent deux prêtres qui ont été martyrisés. La paroisse catholique a été décimée et les lieux du culte ont été vandalisés par les hommes et jeunes de l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC) de Ali Darassa Mahamat, un peulh venant du Niger.

Un témoignage édifiant d’un universitaire français, présent à Alindao, publié dans le quotidien La Croix (voir ci dessous), est sans appel.

La complaisance de la Minusca

 L’UPC, jadis composante de la Seleka, fait régner la terreur depuis l’arrivée au pouvoir de « Michel » Djotodia Am Nondroko, auteur du coup d’État de mars 2013. Ali Darassa Mahamat fait régner sa loi sur la population de la région en toute impunité et sous l’oeil complaisant des Casques bleus mauritaniens.

En août 2015, le chargé d’affaires américain avait demandé au responsable de la Minusca, représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, l’arrestation d’Ali Darassa Mahamat. Peine perdue ! Le même responsable de la Minusca, toujours en poste, peut multiplier les communiqués condamnant  » énergiquement » les tueries qui se multiplient. Il n’a évidemment pas manqué d’en faire un nouveau pour le massacre d’Alindao. Qu’en pense le Secrétaire général de l’ONU?

L’aide internationale détournée

De même, le président Touadera et son clan familial siphonnent en toute impunité les multiples aides internationales. Dans toute la partie orientale du pays, il n’y a plus de services publics. L’État a quasiment disparu mais les financements affluent pour un hypothétique redéploiement de ces services publics. Le président Touadera a intégré dans son cabinet des représentants des rebelles pour éviter des oppositions risquant de menacer son régime autocratique. Comment expliquer que parmi ses conseillers à la présidence se trouve Hassan Bouba, l’un des responsables de l’UPC qui vient de mettre à feu et à sang Alindao et ses environs.

Que pourront attendre les Centrafricains d’un nouveau mandat de la Minusca, au coût de fonctionnement de près d’un milliard de dollars ?

LE TEMOIGNAGE PUBLIE PAR LE JOURNAL « LA CROIX » SUR LE MASSACRE D’ALINDAO

Benoît Lallau est maître de conférences à Sciences-Po Lille. Connaissant la RCA depuis près de trente ans, il était à Alindao, dans le cadre d’un partenariat avec la Caritas Centrafrique, le jour où l’évêché a été attaqué et soixante personnes tuées.

Voici son témoignage.

15 Novembre 2018

Évêché d’Alindao, une petite ville à 500 km au sud-est de Bangui, en République Centrafricaine. Il est 5 heures du matin. Je me réveille en même temps que tous mes voisins, les « déplacés » du « site catholique ».

Le camp s’est créé spontanément en mai 2017, lors d’affrontements entre milices antibalaka (groupes d’autodéfense villageois), majoritairement des Chrétiens, et l’une des composantes de l’ex-rebellion séléka, musulmane : l’UPC. UPC comme Union pour la Paix en Centrafrique, mais ne vous laissez pas abuser par le nom, nous avons ici affaire à des professionnels de la prédation sans projet politique national, comme ils s’en trouvent beaucoup en RCA ces dernières années. Jusqu’en mai 2017, cette ville d’Alindao était relativement préservée par le conflit centrafricain. Elle n’avait connu que, si l’on peut dire, la mise à sac de janvier 2013, lorsque les séléka s’emparaient l’une après l’autre des localités du pays. Depuis la ville vivait sous « administration » de l’UPC, difficilement donc, mais elle vivait. Tout a changé suite à ces affrontements de mai 2017, et aux sanglantes représailles exercées par les miliciens séléka. Quatre camps se sont constitués, dont celui-ci, le site catholique (appelé ainsi car situé sur et à proximité de la concession de l’évêché). Il est de loin le plus important, regroupant à lui seul plus de personnes (quelque 26 000) qu’il n’y avait d’habitants à Alindao avant ces massacres. Car la plupart des villages environnants ont aussi été détruits par les UPC et désertés par leurs habitants. La ville n’en est plus vraiment une, constituée de sites de déplacés regroupant pour l’essentiel les chrétiens et animistes, sous la protection des casques bleus de la Minusca (1), et d’un quartier musulman protégé par les séléka. La coexistence paisible qui a longtemps prévalu entre les différentes confessions n’est plus qu’un souvenir, qu’un regret.

En Centrafrique, donner la parole aux victimes pour construire l’avenir

Qu’est-ce qu’un site de déplacés ? Dans un dédale de petits sentiers, les huttes de bambou et de paille s’entassent les unes sur les autres. Mais cette confusion n’est qu’apparente, le camp est organisé par blocs, onze ici, dont les noms montrent qu’on est bien dans le site occupé par des chrétiens : Samarie, Jéricho, Jérusalem, etc. Les humanitaires (outre la Caritas, citons Action Contre la Faim et Cordaid en particulier) ont fourni des bâches pour protéger les déplacés de la pluie, et surtout, ont efficacement « fait du WASH » (entendez Water Sanitation and Hygiene), c’est-à-dire développé l’accès à l’eau potable et aménagé des latrines, essentiel pour éviter des épidémies de choléra dans ces espaces improvisés de forte concentration humaine. Mais les déplacés ne comptent pas sur l’aide humanitaire pour survivre. Paysans, ils s’efforcent de se rendre au champ pour travailler leurs parcelles de manioc, de maïs, d’arachide. Ce qui est dangereux. On ne compte plus les personnes abattues par les séléka, alors qu’elles s’étaient trop éloignées du site pour leurs activités agricoles.

Ces derniers temps, la tension est montée. Les leaders de l’UPC accusent les religieux catholiques de susciter le désordre, en abritant de nombreux antibalaka sur le site, et même en leur fournissant les armes et les munitions leur permettant de s’en prendre à des musulmans. Accusation sans fondement, mais en suite de laquelle ils exigent que le camp soit vidé, que les familles retournent dans leur quartier ou leur village. Ce qu’aucune n’est prête à faire, étant donné l’insécurité qui perdure, et parce que souvent, elles n’ont plus de maison. La vraie raison de cette hostilité vis-à-vis de l’Église catholique est sans doute ailleurs : il s’agit de la seule institution concurrente à l’administration séléka, dans une région où, de fait, l’État centrafricain n’a strictement aucune prise. Dans « l’État UPC », réminiscence des sultanats précoloniaux, les églises chrétiennes n’ont pas leur place, des empêcheurs de piller en rond, en quelque sorte…

Ce 15 novembre donc, la décision est prise par l’UPC, celle d’éradiquer ce site, repère d’antibalaka, et cet évêché, leur « protecteur ». Une agression d’un musulman, aux circonstances peu claires, sert de prétexte. Dans les jours qui ont suivi, sur Radio France Internationale (qui se contente de relayer la version officielle de la Minusca), on parle d’un affrontement entre groupes armés. Faux. Il s’agit d’une razzia, dans les règles de l’art : terroriser, tuer, piller, détruire. Les tirs, très intenses, durent de 8 heures du matin à la nuit tombée. Trois vagues d’assaillants et de pillards se succèdent, les séléka d’Alindao, puis des « renforts » venus d’une petite ville à 60 km, désirant prendre leur part, et enfin une partie de la population musulmane de la ville, venant, comme c’est l’usage, ramasser les miettes laissées par les hommes en armes.

Évêque, en sango cela se dit Kota Bwa, littéralement grand prêtre. Et plus que jamais Mgr Cyr-Nestor Yapaupa, l’évêque du lieu, mérite ce titre. Il incite les habitants du site à fuir en brousse alors qu’ils viennent se réfugier autour de l’évêché. Beaucoup lui doivent la vie. Il discute calmement avec les séléka, tentant de freiner leur violence et leur enthousiasme. Car ils sont contents, tous ces gamins, leurs éclats de rire contrastent avec la peur des déplacés, avec la nôtre. C’est un grand jour pour eux, enfin ils ont détruit ce repère d’antibalaka et se sont bien servis au passage. Ce fait d’armes n’a pourtant rien de glorieux. Face à eux, à peine quelques jeunes armés de fusils artisanaux, bien vite mis en fuite. Et surtout, un contingent mauritanien de la Minusca complètement passif. 26 000 personnes fuyant en brousse, les 11 blocs du camp tout ou partie calcinés, les bâtiments catholiques pillés et pour certains incendiés au lance-roquettes, pour le plaisir, pour le symbole. Et les casques bleus ne bougent pas, les soldats de la paix restent terrés derrière leurs protections, autour du site. De quoi une nouvelle fois alimenter les accusations de collusion entre Minusca mauritaniens et séléka, religion oblige. Collusion ou pas, terrible incurie, une nouvelle fois de ces onusiens et leurs opérations de « maintien de la paix ».

Vendredi 16 novembre

Nous revenons sur le site, sous la protection des Minusca, burundais cette fois. La fumée, âpre, nous prend à la gorge. A perte de vue, des cendres, du bois ou des récoltes qui terminent de se consumer.

Des corps, souvent calcinés, commencent à être mis en terre. Deux prêtres comptent parmi les quelque soixante victimes. Dans l’enceinte du presbytère, comme tant d’autres, une jeune maman est penchée sur les ruines fumantes de ce qui était la hutte familiale, recherchant ce qui n’a pas été brûlé, ou pillé . Il faudra toute recommencer, une fois encore. Mais où, et avec quelle sécurité ? Cette jeune femme m’interpelle, me demandant ce qu’il faut faire maintenant, où il faut aller, elle pleure. Je m’éloigne.

Samedi 17 novembre.

Les séléka permettent enfin à la Croix-Rouge centrafricaine de pénétrer sur le site, pour terminer le travail d’inhumation des corps. Ces volontaires sont sous la protection des casques bleus, qui semblent craindre de nouveaux incidents. D’ailleurs les antibalaka commencent à faire entendre leur colère et leur soif de vengeance. Le cycle des violences risque bien de se poursuivre, ici et ailleurs, tant que perdurera l’impunité des pillards et des massacreurs, quelle que soit la religion dont ils se réclament.

Épilogue

Dimanche 18 novembre après-midi, je suis dans l’hélicoptère de la Minusca qui nous ramène vers Bangui. Cela n’a pas été simple de rentrer. Nous nous sommes vus refuser l’accès au vol humanitaire usuel, de l’UNHAS (2), par le responsable du PAM (3) en Centrafrique. La raison avancée : les UN se doivent de conserver toute neutralité dans le conflit, et donc l’UNHAS ne peut dans ce contexte accepter des prêtres et des personnels de la Caritas. Vous ne parlez pas la novlangue UN ? je traduis : nous ne sommes pas les victimes d’une razzia, mais des belligérants. Me voilà donc considéré par ce technocrate onusien comme un chef de milice antibalaka, de même que les prêtres et l’économe du diocèse qui m’accompagnent. Bizarrement peut-être, j’en veux presque plus à ce monsieur, rentier parmi beaucoup d’autres de la crise centrafricaine, qu’aux gamins de la séléka.

(1) MINUSCA : Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique, déployée en avril 2014.

(2) UNHAS : United Nations Humanitarian Air Service.

(3) PAM : Programme Alimentaire Mondial, en charge aussi de l’UNHAS.

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