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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 19:28
Des dizaines de milliers de Centrafricains déplacés par les violences électorales

 

Des dizaines de milliers de Centrafricains déplacés par les violences électorales

 

Les violences survenues dans le contexte des élections en Centrafrique ont poussé plus de 30.000 personnes à fuir vers des pays voisins, et généré des dizaines de milliers de déplacés internes, a indiqué l'ONU vendredi.

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) "exprime sa vive inquiétude en raison des violences et de l'insécurité survenues dans le contexte des élections présidentielles et législatives du 27 décembre" en Centrafrique, a déclaré un porte-parole du HCR, Boris Cheshirkov, lors d'un point de presse.

Dans le pays, quelque 185.000 personnes ont fui dans la brousse et la forêt depuis le 15 décembre, principalement à titre préventif. Nombre d'entre elles sont revenues depuis dans leur lieu de résidence, mais l'ONU estime qu'environ 62.000 sont toujours déplacées.

Les violences électorales ont également forcé plus de 30.000 personnes à fuir vers des pays voisins, au Cameroun, au Tchad, en République démocratique du Congo (RDC) et au Congo.

 

L'opposition centrafricaine conteste un scrutin "discrédité"

 

Près de 24.200 ont traversé le fleuve Oubangui, où le HCR a renforcé sa présence, pour rejoindre les provinces du Bas-Uélé et du Nord-Ubangui en RDC. Au moins 15.000 d'entre elles sont arrivées dans le village de Ndu, à la suite d'attaques dans les villes centrafricaines de Damara et Bangassou les 2 et 3 janvier, selon la même source.

Le HCR se dit préoccupé par les informations faisant état de violations des droits humains en Centrafrique et demande aux pays voisins de continuer à accorder l'accès aux personnes en quête de sécurité.

Ces élections présidentielle et législatives se sont tenues dans un pays en proie depuis 2013 à une guerre civile, très meurtrière jusqu'en 2018, et ravivée depuis près de trois semaines par l'annonce d'une offensive rebelle pour empêcher ces scrutins.

L'opposition conteste la réélection du président Faustin Archange Touadéra, et exige son annulation en invoquant des "fraudes massives" et l'impossibilité pour un électeur sur deux de se rendre aux urnes.

 

 

 

«Les Centrafricains veulent choisir leurs dirigeants par les urnes et non par les armes»

 

https://www.letemps.ch/ Simon Petite * mercredi 6 janvier 2021 à 14:05 *

 

Une semaine après les élections présidentielle et législatives, la capitale de la république centrafricaine oscille entre le soulagement d’avoir pu voter et la psychose d’une attaque des rebelles qui contrôlent désormais la majorité du pays. Le témoignage de Brice Ndangoui, rédacteur en chef de la radio Ndeke Luka Une semaine après les élections présidentielle et législatives, la capitale de la république centrafricaine oscille entre le soulagement d’avoir pu voter et la psychose d’une attaque des rebelles qui contrôlent désormais la majorité du pays. Le témoignage de Brice Ndangoui, rédacteur en chef de la radio Ndeke Luka

Le président sortant de la République centrafricaine, l’un des pays les plus pauvres du monde et miné depuis une décennie par l’instabilité, est en passe de rempiler pour un second mandat. Selon des résultats encore partiels annoncés lundi, Faustin Archange Touadéra a obtenu un peu plus de 50% des suffrages lors de l’élection du 27 décembre. Mais l’opposition réclame d’ores et déjà l’annulation de ce scrutin tronqué, puisque la moitié de la population n’a pas pu voter à cause de la situation sécuritaire. La Cour constitutionnelle doit encore valider les résultats d’ici au 19 janvier.

«Aucune loi ne fixe un seuil de participation pour valider les élections, juge Brice Ndangoui, le rédacteur en chef de la radio Ndeke Luka, premier média du pays fondé et créé par la fondation Hirondelle, basée à Lausanne. De nombreux Centrafricains ont voté malgré les menaces. Les gens ne veulent plus de la guerre, ils sont fatigués, ils veulent choisir leurs dirigeants par les urnes et non les armes.»

Psychose à Bangui

Le scrutin s’est déroulé sans problème majeur dans la capitale, Bangui, mais, dans les zones contrôlées par les groupes rebelles, les électeurs ont été empêchés de voter ou les urnes ont été détruites. Les partis d’opposition dénoncent pour leur part des fraudes et des bourrages d’urnes. La rédaction de radio Ndeke Luka, une trentaine de journalistes basés à Bangui et autant dans le reste du pays, ne dispose pas d’éléments dans ce sens. «Les candidats de l’opposition disent avoir des preuves de ces irrégularités, nous verrons bien», continue Brice Ndangoui.

En attendant, les habitants de la capitale vivent dans la psychose d’une attaque des rebelles. Ces derniers sont en effet «aux portes de Bangui», rapporte le rédacteur en chef de radio Ndeke Luka. «Les activités sont paralysées, certaines écoles et certains commerces n’ont pas ouvert, d’autres ont fermé à la mi-journée», témoignait-il mardi.

Dimanche, les insurgés ont attaqué Damara, la ville du président Touadéra, à près de 70 km de la capitale. L’assaut qui a eu lieu dimanche a été repoussé par l’armée centrafricaine, avec l’appui des Casques bleus de l’ONU mais aussi de militaires rwandais et russes, dépêchés avant l’élection du 27 décembre.

Rivalité entre la France et la Russie

La coalition de rebelles avait en effet juré d’empêcher le scrutin. A la veille du vote, l’ancien président François Bozizé, dont la candidature à la présidentielle avait été invalidée, s’est rallié aux rebelles. La justice centrafricaine vient de lancer des poursuites judiciaires contre cet ancien président, qui s’est volatilisé.

En plus d’une guerre civile, la Centrafrique est le théâtre d’une rivalité entre Paris et Moscou. La France, ancienne puissance coloniale et qui était intervenue militairement une énième fois en 2013, voit en effet d’un très mauvais œil la présence de mercenaires russes depuis trois ans.

Le rôle de Moscou est-il stabilisateur ou déstabilisateur? Brice Ndangoui ne se prononce pas sur cette question sensible mais rapporte les justifications du gouvernement. Selon ce dernier, la Centrafrique n’a pas le luxe de pouvoir refuser les mains tendues. Même si celles-ci sont loin d’être désintéressées. La Russie a vendu des armes à la Centrafrique et le pays n’est pas dénué de richesses, en particulier en or et diamants.

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