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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 01:52
Centrafrique, le président Touadera serein pour sa réélection

 

Lu pour vous

 

https://mondafrique.com/ By Aza Boukhris - 11 novembre 2020

 

Faustin-Archange Touadera et son parti, le Mouvement Cœurs-Unis (MCU), sont quasiment assurés de remporter les élections générales couplées du 27 décembre 2020. Le soutien appuyé de la Communauté internationale, une opposition divisée et sclérosée, la bienveillance monnayée des principaux groupes armés et les conditions exceptionnellement dérogatoires à des élections crédibles et transparentes constituent une conjoncture extrêmement favorable pour le président Touadera

La visite conjointe à Bangui, du 26 au 30 octobre 2020, du Secrétaire général adjoint de l’ONU et chef des Opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, du Commissaire Paix et Sécurité de l’Union africaine, Smaïl Chergui, et du président de la Commission de la Ceeac, Gilberto Veressimo a confirmé les précédentes positions de la communauté internationale :

– le scrutin aura lieu le 27 décembre, le respect des délais constitutionnels est impératif, pas de nouvelle transition.

– la Minusca  avec ses 13 000 Casques bleus assurera la sécurisation de ces élections.
– les groupes armés doivent respecter leurs signatures de l’Accord du 6 février 2019, faute de quoi ils s’exposeraient aux actions de la Minusca et des Forces Armées centrafricaines.
– le dialogue national doit être favorisé et les partis politiques ainsi que les forces vives doivent participer pacifiquement au processus électoral et mettre leur organisation à la réussite de celui-ci dans la période préélectorale et surtout dans les modalités du scrutin. 
  L’ONU, l’Union africaine et la Ceeac comptent sur le gouvernement, les groupes armés qui contrôlent les trois-quarts du pays, et les partis politiques, sans moyens et peu présents sur le territoire national, pour réussir ces élections. Le boycott des élections semble s’éloigner mais le pari d’élections favorisant la paix et la réconciliation nationale semble bien optimiste. 

Une opposition divisée et sclérosée 

 La dernière ligne droite pour les élections couplées du 27 décembre prochain a été lancée. En effet, du 1er au 10 novembre, les candidats potentiels étaient invités à déposer leur dossier de candidature auprès de l ‘Autorité Nationale des Élections (ANE). Une petite quinzaine de candidats devraient accomplir les formalités pour la présidentielle et plus de 600 candidats députés pour les législatives. Il reviendra ensuite à la Cour Constitutionnelle de valider ou non ces candidatures.

Si les candidats du MCU auront évidemment la part belle dans les élections législatives pour les 105 sièges de députés, pour la présidentielle, un remake des élections de 2011 et du second tour de 2016 est prévisible, car on retrouve quasiment les mêmes politiciens qui ont profité de la « mangeoire » depuis des décennies. 


Ces personnalités ont organisé, à leur profit, le congrès de leur parti politique davantage proche d’un club de supporters. Quels sont les programmes différents de ces partis politiques ?  Pour ces éternels candidats, le carnet d’adresse est très important et l’appartenance aux réseaux internationaux, qu’ils soient francs-maçons, de l’internationale socialiste, des associations onusiennes et africaines, reliés à des investisseurs étrangers pas toujours respectueux du droit, est indispensable. La plupart de ces candidats portent une lourde responsabilité dans l’effondrement de l’Etat et la situation catastrophique de la population. 

Treize candidats en ordre dispersé

A ce jour, il y a treize candidats ayant accompli leurs formalités »:

– le président Touadera;

– trois anciens chefs d’Etat : Alexandre Nguendet ( intérim en janvier 2014); Catherine Samba- Panza ( 2014- 2016); François Bozizé ( 2003- 2013).

– trois anciens premiers ministres : Anicet- Georges Dologuele (1999- 2001); Martin Ziguele ( 2001-2003); Mahamat Kamoun ( 2015- 2016); Nicolas Tiangaye ( 2013- 2014) devrait aussi être candidat.

– deux anciens ministres d’État: Abdoul Karim Meckassoua (2003- 2013); Crepin Mboli-Goumba( 2013-2014);

-un ancien ministre : Eloi Anguimate (plusieurs fois ministre de 1993 à 2015); 
– le fils de l’ancien président Patassé : Sylvain Patassé 

– un entrepreneur national actuellement député : Augustin Agou et un candidat indépendant : Serge Ghislain Djorie

Le président Touadera ne peut que se féliciter de cette opposition divisée qui ira aux élections en ordre dispersé

La bienveillance des chefs rebelles

Peu de temps avant la visite de la Troïka (ONU, Ua, Ceeac), les plus importants groupes armés, signataires de l’Accord du 6 février 2019, avaient cosigné un mémorandum faisant part de leur menace de rompre leur engagement, pour non application des actions en leur faveur. Cet ultimatum a eu les effets escomptés. Convoyés par les aéronefs de la Minusca, les principaux chefs rebelles, Ali Darassa (UPC), Abddoulaye Hissen (FPRC) et Al Khatim (MPC) négocieront au Palais de la Renaissance, avec le Président Touadera, en ce lundi 9 novembre 2020. Des préfets, autorités traditionnelles, de ces régions occupées, participeront à ces réunions. Sans l’accord de ces chefs rebelles, il est difficilement envisageable d’organiser des élections. Il faudra donner le prix aux chefs rebelles pour qu’ils acceptent leur collaboration. Pour ceux-ci, une consultation électorale est certainement à mille lieues de leur instinct de prédation, de leur pratique quotidienne de la violence et de l’ignorance de l’éminente dignité de l’être humain. Une nouvelle fois, le président Touadera devra céder à leurs revendications et, en contrepartie, s’assurer de la « grande bienveillance » pour sa candidature dans les régions sous occupation. Il ne sera pas simple aux autres candidats d’y faire campagne.

Un contexte peu favorable à des élections crédibles 

Smaïl Chergui, qui termine son mandat, peut très bien se référer aux élections passées en Afghanistan, dans l’ex Somalie ou en Érythrée pour se satisfaire des conditions électorales en Centrafrique. Dans ces États détruits, de tels simulacres ont-ils conduit à la paix et à la réconciliation nationale.

En Centrafrique, tout se conjugue pour rendre très difficile ce rendez-vous électoral. Il y a évidemment la pandémie qui se répand inexorablement sans alerter sur sa propagation. En cette saison des pluies, la plupart des pistes sont impraticables et les villageois auront des difficultés pour rejoindre leur bureau de vote. Comme d’habitude, les chefs de villages auront un rôle important à jouer. L’ANE annonce un peu plus de 1,8 millions de citoyens enrôlés sur les listes. Il faudra permettre les vérifications et les éventuels redressements. Les actions en justice sont quasiment exclues. En tout état de cause, 600 000 réfugiés et 500 000 déplacés ont été exclus du vote. Le fichier électoral de l’ANE a peu de chances d’être audité, ce qui ouvre une suspicion indélébile.

Les questions logistiques et sécuritaires sont de la compétence de la MINUSCA qui a multiplié les moyens humains et matériels. Une noria d’aéronefs a commencé à se déployer sur les aéroports encore joignables. Le transport des urnes, des isoloirs, des prochains matériels de vote et cartes d’électeurs, s’ajoutera à leur sécurisation. Il faudra encore les acheminer dans les bureaux de vote à proximité du scrutin, ce qui ne sera guère évident dans les trois-quarts du pays hors de contrôle du pays. La tâche de la MINUSCA est titanesque. 

Comme d’habitude en Afrique centrale, le clan présidentiel va enjamber les élections. Le vieux principe  « on ne peut pas perdre des élections que l’on organise » s’appliquera une fois de plus. Comme ils en ont l’habitude en Centrafrique, les candidats floués multiplieront les protestations. Ils se heurteront probablement au verdict habituel des garants de ce processus électoral : « les irrégularités constatées ne sont pas de nature à remettre en cause les résultats ». Il faut aussi s’inquiéter de l’avenir. Le risque est grand de voir s’accélérer un processus de partition du pays. Ali Darass, Abdoulaye Hissen et Al Khatim pourraient bien pousser leurs avantages face à un régime  prêt à céder sur toute revendication afin de se maintenir au pouvoir à Bangui. Loin de se diriger vers la paix et la réconciliation nationale, les élections du 27 décembre pourraient bien ouvrir une toute autre voie, celle de la somalisation.

 

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