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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 12:23
Afrique, l’offensive russe dans le pré carré français

 

Lu pour vous

 

 (volet 2)

 

https://mondafrique.com/ By La rédaction de Mondafrique -15 octobre 2020

 

L’offensive russe en Afrique se poursuit au coeur des pays d’influence française en Afrique, notamment en Centrafrique

Dans sa note « Sociétés militaires privées russes en Afrique subsaharienne : atouts, limites, conséquences », le chercheur Sergey Sukhankin analyse l’expansion de la Russie en Afrique depuis 2014, alors qu’elle avait quasiment disparu des radars depuis la chute de l’Union soviétique.

Un article de Michael Pauron

C’est par le biais de la résolution de l’ONU 2127, votée à la demande de Moscou, que 5 instructeurs militaires et 170 instructeurs civiles sont arrivés en Centrafrique avec armes et bagages. La nomination de Valéri Zakharov, un ancien des services de renseignement russes, comme conseiller pour la sécurité nationale auprès du président Faustin Archange Touadera a renforcé l’influence de Moscou, au grand dam des Français. 

L’arrivée de la SMP Wagner  (démentie par la Russie, mais confirmée par trois journalistes russes d’investigation assassinés dans le pays et par de nombreuses sources locales), couplée à l’octroi d’une concession minière à l’entreprise Lobaye Invest Ltd (liée à Prigojine) a d’abord interrogé sur la nature du partenariat.

Mais, pour Sergey Sukhankin, la présence russe ne serait pas tant motivée par les ressources minières (somme toute modestes) que par la possibilité, depuis ce pays d’Afrique centrale frontalier d’autres pays économiquement plus attractifs, d’étendre son influence dans le reste de la région. Au détriment, notamment, de la France. « La Russie a de facto exclu la France du jeu centrafricain (…). Désormais, ce sont la Russie et la Chine qui jouent les premiers rôles », a ainsi lancé Viatcheslav Tetekine, expert conservateur russe et membre du comité de défense de la Douma.

Une présence russe au Sahel

Certes, la Russie n’a peut-être pas de stratégie africaine globale. Mais Sergey Sukhanki prévient que Moscou, et ses SMP en particulier, devraient poursuivre leur déploiement en Afrique, à mesure du retrait des Occidentaux (États-Unis, France…). L’arrivée de mercenaires russes dans la zone sahélo-sahélienne est plus que probable, alors que, en plus de l’accord de coopération militaire signé avec le Mali, des discussions ont été engagées avec le Tchad.

« Les agissements de la Russie en général et celles de ses SMP en particulier en Afrique subsaharienne pourraient entraîner de graves dommages collatéraux. L’affaiblissement progressif des acteurs européens et des États-Unis, les actions de la Russie visant à marginaliser les pays occidentaux, y compris la France, ouvrent la voie à une plus grande emprise de pays tiers sur la région » écrit le chercheur, évoquant une possible nouvelle donne, résumée par la formule d’un opposant congolais, Christian Malanga« argent chinois, offensive russe »

 

 

Afrique, une présence russe grandissante (volet 1)

 

By La rédaction de Mondafrique -14 octobre 2020

 

Dans sa note « Sociétés militaires privées russes en Afrique subsaharienne : atouts, limites, conséquences », le chercheur Sergey Sukhankin analyse l’expansion de la Russie en Afrique depuis 2014, alors qu’elle avait quasiment disparu des radars depuis la chute de l’Union soviétique.

Par Michael Pauron

La Russie n’a pas de « stratégie africaine globale » et n’enregistrera pas « d’avancées décisives à long terme » : telle est l’une des conclusions de Sergey Sukhankin, dans une note publiée en septembre par l’Institut français de recherche internationale (IFRI), et intitulée « Sociétés militaires privées russes en Afrique subsaharienne : atouts, limites, conséquences ».

Le chercheur estime toutefois qu’il faut prendre cette présence au sérieux, tout en rappelant que le contexte est bien différent de celui de la guerre froide, quand Moscou affrontait idéologiquement l’Occident sur le continent, notamment en Angola. Les moyens financiers injectés par la Russie sont bien moindres. Et, « à ce stade, le retour de la Russie en Afrique, particulièrement prononcé après 2014, apparaît comme une réaction [à la présence d’autres puissances] plutôt que comme la manifestation d’une stratégie globale tournée vers l’avenir ».

Un volet légal, un volet illégal

Aujourd’hui, la Russie se base sur deux volets pour s’implanter : un volet « légal », à travers la coopération militaro-technique (fourniture d’armes, formation, protection d’infrastructures…) ; et un volet « illégal », avec les opérations troubles de sociétés militaires privées (SMP), dont la bien connue Wagner. Sur le premier point, il souligne que 19 accords de coopération ont été signés entre 2014 et 2020.

« Les accords qu’elle a conclus avec l’Angola, la Guinée, la Guinée Bissau, le Mali et la Mauritanie sont particulièrement préoccupants pour l’occident, car ils visent notamment à tirer parti de l’aide militaire octroyée pour obtenir en échange des droits miniers et des partenariats dans le domaine de l’énergie », explique le chercheur. Ce modèle de « concessions contre protection » n’est pas sans rappeler le fameux « pétrole contre infrastructures » chinois.

Le second point est désormais bien connu. Si les liens directs entre les SMP telles que Wagner – liée à Evgueni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine – et l’armée russe ne sont pas formellement établis, ils sont plus que probables : elles ont bel et bien combattu aux côtés de ces dernières en Syrie. En Libye, la présence de ces mercenaires russes aux côtés du maréchal Haftar n’est plus à démontrer.

Compétences bon marché

Les SMP russes séduisent en Afrique, où leurs compétences sécuritaires réputées bon marché sont appréciées, alors que le continent est en proie à de nombreux mouvements insurrectionnels. Pourtant, comme le rappelle Sergey Sukhankin, ces mercenaires ne seraient pas si efficaces face à des ennemis technologiquement bien équipés. Il en veut pour preuve les revers enregistrés près de Deir ez-Zor en 2018 (Syrie) et dans la banlieue de Tripoli en 2019 (Libye).

Malgré tout, le recours à ces « troupes de choc » privées à un avantage : il laisse à Moscou la possibilité de nier une éventuelle implication du gouvernement – une stratégie également adoptée par la Chine. Le groupe Wagner a été utilisé « dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne en sa qualité de relais officieux de la coopération militaire entre la Russie et les États locaux », note le chercheur.

Dans le prochain volet de notre enquête, Mondafrique se penchera sur le cas de la Centrafrique et du Sahel, le pré carré français dont la Russie cherche à exclure l’ancien colonisateur

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