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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 15:25

 

 

 

https://afrique.latribune.fr   Par Ibrahima Bayo Jr.  |  11/06/2018, 14:33

 

La livraison d’armes russes fin 2017 pourrait faire « jurisprudence » alors que la Centrafrique est sous embargo depuis 2013, le Comité des sanctions du Conseil de Sécurité des Nations Unies avait levé partiellement la mesure pour permettre la livraison d’un don d’armes russes à Bangui. C’est sur ce même scénario que la Chine compte pour faire parvenir un don d’armes destinées à équiper l’armée, la police et la gendarmerie au pays de Faustin Archange Touadéra.

 

La réponse est attendue le 14 juin prochain. Saisi d'une lettre du ministère de la Défense au nom de l'Etat centrafricain, le Comité de sanctions des Nations Unies devra dire s'il autorise ou non la livraison par la Chine des mitrailleuses antiaériennes, des roquettes, de matériel de maintien de l'ordre (véhicules antiémeutes, lacrymogènes, uniformes de protection, boucliers, lance-grenades, canon à eau...).

 

Un "cadeau" chinois pour l'élite des FACA, la police et la gendarmerie

 

Pour l'heure, l'arsenal n'a pas encore quitté la Chine en raison d'un embargo onusien. Depuis le 5 décembre 2013, la résolution 2127 interdit toute livraison ou tout financement d'armes à la Centrafrique en provenance de quelque pays que cela puisse être. En février dernier, évoquant une situation sécuritaire instable, le Conseil de sécurité avait décidé de proroger l'embargo jusqu'au 31 janvier 2019 avec une résolution étendue.

Pour autant avec ce « cadeau», la Chine espère pouvoir équiper une partie des unités d'élites des Forces armées centrafricaines (FACA), la police et la gendarmerie afin d'épauler le régime de Faustin Archange Touadéra pour rétablir l'ordre dans ce pays miné par les groupes armés, sur fonds de conflits interreligieux.

La Chine espère bénéficier de la même levée partielle de l'embargo qui a permis à la Russie de faire parvenir à partir de décembre 2017, trois livraisons d'un don d'armement aux bataillons des FACA formés par l'Union européenne (UE). Le don russe, dont la dernière livraison s'est achevée en avril dernier comprenait des fusils d'assaut, des armes de poing ainsi que des lance-grenades RPG.

Dans le cas où le «cadeau de la République populaire de Chine» bénéficie de cette exemption, il n'est pas exclu que la liste des équipements livrables soit raccourcie. Lorsque la liste russe a été présentée, les pays membres du Comité du Conseil de sécurité, France, Etats-Unis et Royaume-Uni en tête, ont enjoint Moscou de retirer les batteries antiaériennes de l'arsenal offert à Bangui.

 

Paris bousculée, Pékin veut la même jurisprudence que la Russie

 

La Russie avait aussi dû donner des garanties de traçabilité des armes pour éviter qu'elles ne soient détournées à d'autres fins. Cette même jurisprudence pourrait s'appliquer aux équipements de fabrication chinoise. Aujourd'hui, les mêmes doutes escortent le don militaire de la Chine à la Centrafrique. A Bangui comme à Pékin, l'on espère décrocher cette exemption ou que le Conseil valide par son silence tacite la livraison des équipements.

A l'analyse, la Centrafrique est devenue un nouveau champ de projection de puissances étrangères. La France y est désormais bousculée dans ce pré-carré par la Russie et la Chine. Moscou a fait débarquer à Bangui ses instructeurs qui vont former les soldats au maniement des armes russes livrées mais aussi d'apprendre la sécurisation de proximité. La Chine, en plus de sa présence économique notamment dans le secteur de l'extraction des mines et hydrocarbures, se déploie désormais dans le secteur militaire, sur les pas de la Russie.

L'axe Russie-Chine pourrait constituer un goulot d'étranglement pour la France dans son ex-colonie mais aussi attiser la convoitise des Etats-Unis. Sur le terrain militaire, que ce soit pour la formation ou l'équipement, la Centrafrique joue la carte de la concurrence entre puissances. Pour son plus grand bénéfice.

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