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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 23:41
UN PACTE COLONIAL PERPETUEL ? par David KOULAYOM-MASSEYO

 

 

 

 

   De plus en plus d’Africains se lèvent aujourd’hui pour constater ce qui tombe sous le bon sens : l’indépendance politique nominale est une coquille vide si elle n’est pas solidement adossée à une indépendance économique . Des générations d’Africains ont grandi sans bien comprendre ce qu’on leur racontait dans leur jeunesse sur des prêts obtenus par leurs pays auprès de certains pays et malheureusement bloqués à Paris par la Banque de France .  Cette pratique scandaleuse, cette prise en otage a rendu l’Afrique francophone complètement exsangue …

 

    Pour maintenir la fiction de cet espace francophone, la France a soutenu sans vergogne des autocrates, des dictateurs, des ennemis de leurs peuples qui continuent d’alimenter son Trésor . Tant et si bien que c’est à Chamalières ( banlieue de Clermont Ferrand) que sont fabriqués les fameux francs CFA( Comptoirs Français d’Afrique devenus Colonies françaises d’Afrique ) .

 

    Plus de cinquante après les indépendances, voilà un noble défi à relever pour l’ Afrique francophone : frapper sa propre monnaie pour signifier son raz-le bol à une France ingrate .

 

Le premier pacte colonial

 

    Il était caractérisé essentiellement par le système de l’Exclusif qui consacre une économie de prédation avec son pillage intégral des matières premières africaines, son esclavage pour le travail forcé ( un nègre par traverse pour le Congo Océan écrivait Albert Londres ), le portage généralisé ( la France préférait ce moyen de transport au chemin de fer entre l’Oubangui-Chari et le Tchad par exemple) . Cette économie de prédation est solidement verrouillée : la colonie est condamnée à écouler exclusivement ses matières premières vers la métropole .

 

    D’ailleurs il suffit de comparer n’importe quelle colonie française à une colonie anglaise pour voir les différences entre le maillage ferroviaire, la densité des routes, l’importance des ports pour ne pas parler des installations sanitaires et autres architectures urbaines dans les colonies anglophones .

 

    Le credo de la colonisation française se résumait à ceci : « la colonie ne doit rien coûté à la métropole » . Conséquemment, une colonie comme l’Oubangui-Chari a été littéralement abandonnée à dix sept compagnies concessionnaires qui y faisaient la pluie et le beau temps .       

Le manque chronique de formation des Africains en dehors des nécessaires auxiliaires de l’administration, d’ailleurs formés au rabais par les pères missionnaires arrivés concomitamment avec les militaires et les colons est venu parachever « l’œuvre civilisatrice » de la France en Afrique . Ce manque de formation fut à l’origine de l’émergence d’une catégorie de personnages particuliers appelés interprètes qui ont causé un tort considérable dans les régions où ils ont sévi .  

 

    L’introduction de nouvelles maladies (syphilis, fièvre jaune…), la propagation d’autres ( maladie du sommeil,  kwashiorkor …) ont fini de dépeupler le continent .

 

  2 . Un nouveau pacte colonial qui ne dit pas son nom

 

    La traumatisante dévaluation du franc CFA en 1994 par le gouvernement Balladur est venue éclairer d’un jour nouveau l’œuvre de destruction méthodique de l’économie africaine et des Africains par un libéralisme forcené . D’abord l’école et l’administration africaines ont été sapées par le DVA ( Départ Volontaire Anticipé ) qui consiste à appâter les fonctionnaires les mieux formés, les enseignants les plus aguerris, les infirmiers les plus doués etc…pour qu’ils abandonnent leurs postes moyennant quelques milliers de francs CFA, cette monnaie de singe ! Entretemps, les Bouygues, les Bolloré, les Suez, les Orange et autres entreprises françaises se sont jetés sans vergogne, comme des charognards, sur une Afrique agonisante pour prendre le contrôle , qui des moyens de communication, qui des ports, qui des télécommunications, jusque y compris l’eau que beaucoup d’Africains au sud du Sahara ne considèrent pas comme une marchandise, mais un don gratuit du ciel .

 

    Ces nouvelles sociétés françaises ont-elles seulement résolu les problèmes africains ? Les ont-elles adoucis ? L’Afrique se porte-elle mieux depuis leur implantation ? Quel Africain peut-il comprendre l’incroyable information brandie par France 2 d’un Congo Brazzaville endetté à plus de 140% de son PIB et non 70% officiellement soutenu par les autorités ? Si le Congo, producteur de pétrole en est là, que penser des autres pays moins bien lotis ?

 

Toutefois, dans sa grande magnanimité, la directrice du Fonds Monétaire International, la Française Christine Lagarde, a promis son indulgence à l’autocrate de Brazzaville …

 

    L’Afrique francophone peut-elle maîtriser son destin dans un monde mondialisé en fonctionnant comme une périphérie de la France en lui confiant et ses matières premières et la confection de sa MONNAIE ?

 

    Le 25 septembre 2017, Air France crée une succursale « low cost »tournée vers l’Europe et non vers le Congo et le Gabon qui fournissent presque gratuitement du pétrole à la France, ni vers le Niger, source d’uranium pour les 58 centrales nucléaires françaises, ni vers le Tchad qui se bat aux côtés des soldats français au Mali !

 

    Pour le Centrafrique, aller au pays se traduit par un prix de billet exorbitant de plus de mille cinq cents euros pour Bangui . Mille cinq cents euros suffisent pour nourrir une famille centrafricaine pendant des années ou construire une petite maison au pays !

 

    Peu de Français de France savent ce que fait leur gouvernement en Afrique . La majorité se contente de bénéficier des retombées de l’exploitation éhontée de l’Afrique : ils cautionnent par leur silence des pratiques qu’ils ne veulent pas connaître . Posez-leur la question de savoir où sont leurs champs pétrolifères, leurs mines d’uranium, leurs mines d’or, leurs mines de diamants, leurs cacaoyers, leurs mines de coltan …

 

 

    L’Afrique est pauvre de ses richesses qui profitent EXCLUSIVEMENT aux autres et en premier lieu à la France en ce qui concerne l’Afrique francophone . Voilà la triste réalité qu’il s’agit maintenant de changer . Barack OBAMA l’a martelé à Accra : « l’Afrique a besoin d’institutions fortes et non d’hommes forts » . La première de ces institutions que nous appelons de nos vœux est la souveraineté monétaire de l’espace francophone qui regroupe quinze pays, suivie du départ des soldats français et leurs quincailleries de guerre stationnés en Afrique sous des prétextes ineptes . Cette présence massive n’a guère empêché l’entrée triomphale des Séléka à Bangui ni celle des Forces Nouvelles à Abidjan .

 

    L’Afrique n’a pas d’autre choix que de se fédérer pour faire barrage un jour à ses exploiteurs et usuriers de toujours . C’est une question de vie ou de mort . La jeunesse africaine réclame cette fédération, les peuples épuisés l’escomptent et les vieux dirigeants inféodés corps et âme à la France sont à bout de souffle . Les récentes insultes du président français Macron contribuent également à cette prise de conscience d’une Afrique désireuse de prendre son destin en mains . Vivement une monnaie africaine pour que nous déchirions allègrement les billets de francs CFA, symboles d’un temps honni !

 

 

                                Le 10 Octobre 2017

                              

David KOULAYOM-MASSEYO .

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