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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 22:18
Lu pour vous : Privé de sa rente pétrolière, le Tchad s’enfonce dans la crise
Lu pour vous : Privé de sa rente pétrolière, le Tchad s’enfonce dans la crise

 

 

 

 

L’Etat tchadien, très affecté par la baisse des cours de l’or noir, est en quasi-faillite. Face aux difficultés économiques et sociales, le pouvoir se crispe.

 

LE MONDE ECONOMIE | 26.05.2017 à 10h07 | Par Laurence Caramel (N'Djamena, envoyée spéciale)

 

A N’Djamena, personne ne prédit l’avenir. Murés dans le silence, les Tchadiens attendent. Quand s’achèvera cette course vers l’abîme dans laquelle s’enfonce le pays depuis près de trois ans ? Ils guettent comme des oracles les grands chantiers présidentiels suspendus en 2015, alors que s’évanouissait la rente pétrolière. Mais, pour l’instant, le Toumaï Palace aux façades dorées, la carcasse de béton du futur ministère des affaires étrangères comme celle du ministère des finances se refusent à parler.

 

Sur les échafaudages recouverts de poussière, nul signe de reprise. L’Etat n’a plus d’argent. Si le mot faillite n’est pas encore prononcé, le président Idriss Déby Itno ne le doit qu’au soutien budgétaire des institutions internationales et des bailleurs occidentaux, reconnaissants envers leur meilleur allié dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Et trop inquiets à l’idée que ce régime, qui peut se prévaloir de sa stabilité dans le chaos régional, puisse à son tour basculer. N’Djamena abrite le quartier général de l’opération militaire française « Barkhane ». « Ce serait la Somalie ou le Mali puissance 10 », prédit-on dans les chancelleries inquiètes.

 

« Situation bloquée »

 

Fin 2016, après quatre mois de grève pour protester contre les arriérés de salaires, les fonctionnaires ont progressivement repris le travail. Amers. « On est à bout. Que reste-t-il de l’argent du pétrole ? Quelques routes, un hôpital que l’Etat n’a plus les moyens d’entretenir. C’est la misère. Il y a ceux qui sont au chômage et ceux qui ont un travail mais ont du mal à se faire payer », lâche l’un d’eux. A côté de l’ancien Parlement, dans le centre-ville, les hommes se louent à la journée. Electriciens, plombiers, maçons, caisse à outils au pied, ils attendent le client en sirotant de l’alcool de canne à sucre. Et dans l’avenue Sao, où les gagnants de la manne pétrolière venaient flamber leurs dollars, la vie tourne au ralenti.

 

Pris de court par ce revers de fortune qu’il n’avait pas anticipé, le pouvoir s’est un peu plus crispé. Le 4 mai, Nadjo Kaina Palmer et Bertrand Solloh Gandere, deux militants du mouvement Iyina (« On est fatigués », en arabe), ont été condamnés à six mois de prison avec sursis pour « tentative de complot » et « provocation d’attroupement ». Incarcérés début avril et victimes de tortures, selon leurs avocats, ils avaient appelé à une journée « ville morte » pour exprimer le mécontentement général, un an après la réélection d’Idriss Déby pour un cinquième mandat. Dans une lettre commune, les ambassadeurs de l’Union européenne, des Etats-Unis, de l’Allemagne, de la France et de la Suisse ont exprimé leur « préoccupation » face à ces arrestations et réitéré « leur attachement au respect des libertés d’expression et de manifestation ». Peut-être cela-a-t-il contribué à adoucir la peine ? Le procureur avait requis cinq ans de prison ferme.

 

Abderamane Gossoumian, coordinateur du Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation, constate :

 

« Le régime durcit le ton en attendant des jours meilleurs. Les journalistes sont traqués, les militants de la société civile menacés, les acteurs politiques ne peuvent plus organiser des meetings librement. La situation est bloquée. Le gouvernement est dans le déni. Personne ne veut assumer la chute des cours du pétrole, alors qu’il faudrait expliquer aux Tchadiens ce qu’il s’est passé et ouvrir un dialogue pour trouver une voie de sortie consensuelle. »

 

Dépenses divisées par deux

 

Les jours meilleurs ne sont pas pour demain. A côté de l’effondrement des revenus du pétrole – dont le cours a été divisé par trois entre 2014 et 2016, passant de plus de 100 dollars à 34 dollars le baril –, le gouvernement doit faire face au remboursement de la dette qu’il a contractée auprès du courtier en matières premières anglo-suisse Glencore : plus de 2 milliards de dollars (environ 1,8 milliard d’euros) imprudemment empruntés en deux fois, entre 2013 et 2014.

 

Les institutions financières internationales et les bailleurs bilatéraux sont à nouveau devenus incontournables

 

Cette somme correspond à une première avance sur les revenus du brut, de 800 millions, puis à un prêt de 1,4 milliard de dollars pour racheter la participation de l’américain Chevron dans le consortium composé avec ExxonMobil et Petronas pour l’exploitation des champs pétroliers de Doba, dans le sud du pays. Le Tchad a déjà rééchelonné sa dette une fois. Mais un retour à la table des négociations pour obtenir une nouvelle bouffée d’oxygène des créanciers est d’actualité.

 

Depuis plusieurs mois, Glencore se rembourse directement en commercialisant le brut tchadien. « Il ne rentre quasiment plus rien dans les caisses de l’Etat. Une soixantaine de millions de dollars contre 1 milliard de dollars il y a trois ans. Ce n’est pas tenable » avertit un observateur.

 

L’ajustement a été brutal. L’Etat a été contraint de diviser ses dépenses par deux. Seuls les engagements militaires ont été protégés pour que le Tchad puisse continuer à tenir son rôle de gendarme régional, en particulier dans la région du lac Tchad, déstabilisée par le mouvement djihadiste Boko Haram.

 

Une deuxième « facilité de crédit » en discussion

 

Les institutions financières internationales et les bailleurs bilatéraux sont à nouveau devenus incontournables. Une deuxième « facilité de crédit » avec le Fonds monétaire international est en cours de discussion et une délégation ministérielle est attendue début septembre au siège européen de la Banque mondiale, à Paris, pour convaincre les donateurs de soutenir le Plan national de développement 2017-2021. Montant de la corbeille : 2 000 milliards de francs CFA (environ 3,1 milliards d’euros). « Nous ne sommes pas là seulement pour faire les fins de mois de l’Etat tchadien, notre soutien doit se traduire en dialogue politique et en réformes mises en œuvre. Il faut que quelque chose se passe sinon ça va craquer », veut croire l’un de ces donateurs.

 

Ce serait un tournant. Jusqu’à présent, rien n’a fait dévier le pouvoir de sa trajectoire funeste et la première décennie « pétrole » s’est soldée par une occasion manquée. Le Tchad, où l’espérance de vie ne dépasse pas 52 ans, est classé 186e sur 188 sur la liste du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement.


http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/05/26/prive-de-sa-rente-petroliere-le-tchad-s-enfonce-dans-la-crise_5134099_3234.html#yQHmlQdcqBMXeYFh.99

 

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