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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 23:56
Lu pour vous : Emmanuel Macron, un parcours de météorite pour accéder à l'Elysée
Lu pour vous : Emmanuel Macron, un parcours de météorite pour accéder à l'Elysée
Lu pour vous : Emmanuel Macron, un parcours de météorite pour accéder à l'Elysée

 

 

 

http://www.ouest-france.fr  Carine Janin  le | Publié le

 

Le 8e président de la Ve République est aussi le plus jeune jamais élu. À 39 ans, Emmanuel Macron s’empare de l’Élysée après une ascension fulgurante. Brillant, charmeur, déterminé, il veut rassembler au-delà des « vieux partis ». Portrait.

 

C’était il y a un an, le 8 mai 2016. Un premier acte de dissidence. Une démonstration de la synthèse « droite-gauche » dont il a rêvé: Emmanuel Macron, encore ministre de l’Économie, se rend à Orléans, à l’invitation du maire LR, Olivier Carré, aux fêtes de Jeanne d’Arc.

 

Ça grince chez LR, ça grince au PS, comme au gouvernement. Discours quasi présidentiel. Jeanne « n’est personne » mais « porte sur ses épaules la volonté de progrès de tout un peuple ». Jeanne « fend le système »… En creux, Macron ne fait-il pas un portrait de lui-même, tel qu’il se fantasme ?

 

Un an plus tard, le « petit Macron » s’empare de l’Élysée. Sans l’appui d’aucun parti traditionnel, inconnu il y a trois ans, et à moins de 40 ans, il décroche son premier mandat électif. Président de la République.

 

Avec «Manette », relation exclusive

 

Folle ascension d’un homme atypique. Aîné d’une fratrie de trois enfants, Emmanuel Macron est né le 21 décembre 1977, à Amiens, de parents médecins (comme le deviendront son frère et sa sœur), un an après une enfant mort-née. Très attendu, et lesté, peut-être, de la responsabilité jamais formulée de panser l’insondable chagrin des parents.

 

École publique, collège jésuite de La Providence. Bourgeoisie amiénoise. Les parents sont présents, mais celle qui compte, pour lui, et celle dont il parle aujourd’hui, c’est sa grand-mère Germaine, « Manette ». Pour cette ancienne directrice de collège, qui a le cœur à gauche, il est le chouchou, le petit-fils adoré. Relation exclusive. Avec elle, après l’école, il boit « du chocolat chaud en écoutant Chopin et en découvrant Giraudoux », raconte Anne Fulda, dans Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait. Elle lui apprend des poèmes de René Char, et lui fait lire à voix haute Molière et Racine.

 

Jusqu’à sa mort en 2013, « Manette » chérit de son amour ce petit-fils à l’intelligence hors du commun. Figure majeure de son parcours, elle a peut-être donné à Emmanuel Macron cette immense foi en lui-même, cette solidité intérieure qui fait qu’il se sent toujours capable a priori quand d’autres, devant les difficultés, doutent d’abord d’eux-mêmes.

 

Laissés dans l’ombre, les parents, eux, nourrissent de cette relation, et surtout du récit qu’en fait Macron, une forme d’amertume. Comme s’il les avait oubliés, comme s’ils ne l’avaient pas élevé.

 

« Tête totalement bien faite »

 

En seconde à La Providence, Macron fait du théâtre. Il interprète un épouvantail dans une pièce de Tardieu, comme on le voit dans La stratégie du météore, le documentaire de Pierre Hurel. C’est dans cet atelier qu’il rencontre Brigitte Auzière, sa professeure de vingt-quatre ans son aîné, mariée et mère de trois adolescents.

 

L’élève surdoué tombe amoureux. Fou. Face à cette « tête totalement pleine et totalement bien faite », ses « capacités totalement hors normes », la professeure résiste. Longtemps. Puis cède. « Il a vaincu toutes mes résistances avec patience », raconte-t-elle. Déterminé, libre, transgressif pour certains.

 

Leur amour est une folie qui fait parler dans les milieux bourgeois de la ville, dont elle est aussi issue. Les parents Macron interviennent pour demander à Brigitte de renoncer. « Je ne peux rien vous promettre », répond-elle. Elle a 40 ans, elle est « subjuguée » et c’est au-delà de la « morale ». Vingt ans plus tard, dans l’entre-deux-tours, Macron rend hommage à son épouse Brigitte, 64 ans, « toujours présente et encore davantage, sans laquelle je ne serais pas moi ».

 

« Un tueur hyper-sympathique »

 

Le lycéen part faire sa terminale au prestigieux lycée Henri IV à Paris. Il est brillant. Mais il rate – un des rares échecs qu’on lui connaisse – l’entrée à Normale sup. Ce sera un DEA de philosophie et un poste d’assistant éditorial auprès du philosophe Paul Ricœur, 85 ans. Un vieux monsieur, comme ceux dont Macron aime la compagnie pour se nourrir de leur expérience.

 

Puis c’est Sciences Po, l’ENA. Déjà, il a « une incroyable confiance en son destin, se souvient Amélie Oudéa-Castera, une condisciple de la promo Senghor. On se disait que sa vie serait différente ». « C’est un tueur hyper-sympathique, mais un tueur », dit un autre collègue de l’ENA, cité dans Les Échos.

 

« Il avait une maturité, une sagesse presque anormale pour son âge », poursuit sa condisciple. À la cantine, en amphi, ses copains s’amusent à scander avec affection : « Philosophe, philosophe ! » Un peu secret, « Emmanuel avait cette capacité à se faire aimer de gens très différents, tout en restant libre. Populaire sans être une star ».

 

Une empathie, vantée par tous

 

Générer de l’amour. C’est la grande force d’Emmanuel Macron. Un côté caméléon. « Un maestro capable de jouer sur tous les airs », dit encore Amélie Oudéa-Castera. Une extrême adaptabilité dans les relations humaines. La clé : son empathie, vantée par tous. « Quand vous lui parlez, il vous donne le sentiment d’être la seule personne qui compte », dit Jean-Claude Boulard, le maire PS du Mans, qui l’a rejoint en janvier.

 

Macron s’adresse avec la même considération, la même intensité, à un chauffeur de taxi, un patron, une secrétaire. Avec la même volonté d’emporter l’adhésion. Un Narcisse ? Sans doute, qui se mire dans le reflet que lui renvoient ceux qu’il croise et que, souvent, il charme par sa simple attention.

 

« Il est dans la séduction intellectuelle, mais jamais dans un registre sexué, précise Marlène Schiappa, conseillère municipale au Mans, devenue sa déléguée aux questions de parité. Chez lui, jamais d’ambiguïté ni de blague sexiste. Un respect total. Son comportement est rarissime dans le milieu politique. »

 

« L’homme de la finance»

 

Après l’ENA, Macron entre à la prestigieuse inspection des Finances. En 2007, à 30 ans, avec sa mine encore juvénile, il siège comme rapporteur adjoint à la commission Attali, chargée de trouver des solutions pour « libérer » la croissance. Macron y étoffe son réseau. Qui l’aide à se faufiler où il veut. « Il se sert des gens », dit un autre collègue de l’ENA cité par Anne Fulda.

 

En 2008, il part ainsi dans le privé à la banque d’affaires Rothschild. Il aime convaincre, il est habile. Il sait écouter, comme personne. Manipuler ? Sans doute aussi. Il y reste trois ans. Assez pour y gagner énormément d’argent : près de trois millions d’euros brut. Assez aussi pour que cette ligne figure, pour beaucoup de ses détracteurs, comme une tache indélébile sur son CV. Macron, « l’ancien banquier ». Macron, « l’homme de la finance ».

 

Élu en mai 2012, François Hollande nomme Macron secrétaire général adjoint à l’Élysée, à 35 ans. « Monsieur Superlatif », titre le quotidien Le Monde. Quelques mois auparavant, il a planché sur le programme du candidat socialiste. Comme Philippe Aghion, prof au Collège de France : « Emmanuel pige vite ! Il a du charisme, du charme, une vivacité et une rapidité d’esprit. »

 

Enjamber les partis

 

2014, voilà déjà Macron ministre de l’Économie. Costume bien taillé, bonne gueule avec ses dents du bonheur, toujours pressé, il incarne le tournant « social-libéral » du président socialiste. Le Pacte de responsabilité, le Crédit d’impôt compétitivité emploi, des « cadeaux » aux entreprises selon ses opposants, c’est lui.

 

Dans l’Hémicycle, le ministre va passer des heures, à tenter – en vain – de convaincre les parlementaires. À se heurter, aussi, au dogmatisme de ce qu’il appelle les « vieux partis ». Sans doute cette expérience le conforte-t-elle dans l’idée qu’il faut « refonder la vie politique française ». Faire autrement. Et qu’autrement, il ne pourra le faire qu’à « l’extérieur » des partis. En les enjambant. Rassembler « tous les progressistes de droite et de gauche » devient son obsession. Beaucoup doutent, se moquent. Car combien de temps durera, à l’épreuve du temps et des désaccords, le mariage de ceux qui, hier, chacun dans leur camp, se détestaient ?

 

« Refus des promesses intenables »

 

Le 6 avril 2016, Emmanuel Macron, toujours ministre, lance son mouvement En Marche !. Un premier coup de poignard pour François Hollande, un temps dans le déni. Des « marcheurs » partent à travers la France recueillir les doléances des citoyens. Souffle de nouveauté, exercice de démocratie participative.

 

Agnès Pannier, 43 ans, dirigeante d’entreprise, s’est retrouvée embarquée, avec des gens de tous horizons mués par l’envie de « faire bouger les lignes ». Macron ? Elle énumère : « Empathie, courage, cohérence. Rares sont ceux qui ont les trois à la fois ». « C’est un Européen qui veut aller plus loin. Il a la jeunesse et les idées pour le faire », applaudit aussi Yves, un prof et père de famille, au meeting à Arras. Jean-Claude Boulard aime son « son refus des promesses intenables ». Une méthode chère à Michel Rocard, dont Macron revendique la filiation. « Il fait aussi l’articulation entre l’économie de marché et la solidarité. Libérer et protéger. Le PS, lui, n’a jamais tranché… »

 

Est-il froid, sans affect, comme le disent certains ? « Non, dit Richard Ferrand, député du Finistère qui l’a rallié très tôt, et à qui l’on prête un avenir ministériel. Emmanuel est spontané dans l’expression positive comme dans le reproche. » Aucun défaut ? « Il a un rapport distant à la ponctualité », concède le député…

 

Une « bulle »inexpérimentée ?

 

Le 30 août, le ministre démissionne du gouvernement et, en novembre, annonce sa candidature. S’ensuit un incroyable alignement des astres (Hollande, Valls, Juppé hors-jeu, puis Fillon pris dans les affaires), qui le propulse un peu plus vers son but. On le taxe de « bulle ». On raille son inexpérience.

 

Au meeting de la porte de Versailles, Macron, illuminé, s’enflamme et hurle, bras en croix. L’image fait ricaner sur les réseaux sociaux. Erreur de jeunesse. « Mauvaise maîtrise du souffle », diagnostique le coach vocal Jean-Philippe Lafont, un ancien baryton embauché par l’entremise de Roselyne Bachelot. « Emmanuel est délicieux, rapporte le chanteur lyrique. ll m’a accueilli très simplement ». Gestuelle, ponctuation… Entouré de « Brigitte », l’élève Macron, qui dort peu et travaille beaucoup, « apprend très vite ». « N’ayez pas peur des silences », lui conseille-t-il notamment.

 

Dans les mots, Macron a son style. Il ne craint pas de manier un langage précieux, des formules parfois chargées de lyrisme, voire d’emphase. « Cela nous oblige », dit-il, avec son léger cheveu sur la langue, le soir du premier tour. Revendique un « engagement vibrant »… En meeting, encore, Macron ordonne, quand il évoque ses adversaires : « Ne sifflez pas. Ce n’est pas nous, de siffler. Mais allez convaincre ! »

 

Ayant dynamité les vieux partis, Macron a aussi changé la donne de l’alternance. S’il échoue, le jeune Président s’expose à porter la responsabilité d’une victoire de l’extrême droite dans cinq ans. Lourde charge. Mais sans défi colossal, l’atypique Macron s’ennuierait.

 

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