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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 17:53
Lu pour vous : Centrafrique: la tuerie de Bangassou ravive la guerre civile

 

 

Conflit

 

 

Par Célian Macé —Libération  21 mai 2017 à 13:19

 

Le quartier musulman et la base onusienne de cette ville de l'est du pays ont été attaqués il y a une semaine: la Croix-Rouge a comptabilisé 115 morts. Les assaillants ne sont toujours pas identifiés, mais un groupe de combattants antibalaka est pointé du doigt.

 

Que s’est-il passé à Bangassou ? Cette ville centrafricaine, séparée de la république démocratique du Congo par le fleuve Mbomou, située à 600 kilomètres en amont de la capitale, Bangui, a connu une soudaine flambée de violence, samedi 13 mai. Personne ne semble savoir exactement pourquoi. Ni même qui a attaqué qui. Une semaine après, le bilan des victimes est lui-même incertain. La mission des Nations unies pour la Centrafrique (Minusca) a fait état de 26 tués, Médecins sans frontières a évoqué au moins 17 morts, la Croix-Rouge locale a dénombré 115 cadavres. Les autorités centrafricaines sont dépassées. Le président Faustin-Archange Touadéra a beau «condamner avec la dernière énergie ces actes criminels et odieux», il semble plus que jamais impuissant, un an après son élection à la tête de l’Etat.

 

Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, en quelques jours, 2 750 Centrafricains ont traversé le fleuve et rejoint le Congo pour fuir les violences à Bangassou. «Nous n’avons plus accès aux zones périphériques, notre activité est désormais réduite au seul hôpital de la ville, explique Frédéric Manantsoa Laï, chef de mission MSF pour la Centrafrique. Les combats se sont déroulés dans les rues, pas dans la brousse ! Nous avons traité 64 blessés, mais en quelques heures, samedi dernier, 500 personnes ont cherché protection à l’hôpital, et autant à la mosquée. Aujourd’hui, tout ce monde est rassemblé dans la grande église : ils ont été transférés par la Minusca.» Les affrontements se sont déroulés dans le quartier musulman de Tokoyo.

 

La tuerie a surpris les autorités, les ONG et les Casques bleus. «Bangassou était considéré comme l’une des localités les plus paisibles du pays, relève Frédéric Manantsoa Laï. Il n’y a pas, à notre connaissance, de problème de cohabitation entre les communautés.» MSF y avait d’ailleurs implanté l’un de ses plus gros projets.

 

Volonté sécessionniste

 

Qui a soudainement lancé l’assaut sur la ville de 30 000 habitants ? «La façon d’opérer est très surprenante. L’attaque a été orchestrée, planifiée militairement, commente Nathalia Dukhan, analyste pour le Enough Project, auteure d’un rapport sur la situation sécuritaire en Centrafrique au début de l’année. Les civils étaient clairement visés.» La base de la Minusca a également été frappée. Fait rare en Centrafrique, des armes lourdes – mortiers, lance-grenades – ont été utilisées. Quelques jours plus tôt, un convoi de Casques bleus avait été déjà attaqué à proximité de Bangassou, faisant six morts parmi les troupes onusiennes.

 

Dans un premier temps, les Nations unies ont accusé des «éléments présumés antibalaka», ces milices chrétiennes qui se sont constituées pour faire pièces aux combattants de l’ex-Séléka, majoritairement musulmans, qui s’étaient emparés du pouvoir par la force en 2013. L’ancienne rébellion contrôle toujours «60% du territoire centrafricain», estime Nathalia Dukhan. Elle s’est éclatée en plusieurs mouvements armés : le Front pour la renaissance centrafricaine (FRPC) et l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC) sont les deux principaux groupes issus de la Séléka. Le premier, proche du Tchad, a longtemps affiché sa volonté sécessionniste. Ce n’est pas le cas du second, constitué en quasi-totalité de combattants peuls, et basé à Bambari. Les deux s’affrontent sur le terrain depuis plusieurs mois, notamment pour le contrôle des richesses (or, diamant, bois, ivoire, café, pétrole…) dont regorge l’un des pays les pauvres du monde.

 

Mercredi, le commandant de la Minusca, le général Balla Keïta, a avoué que la Mission cherchait toujours à identifier «les auteurs des attaques et leur véritable motivation» : «Parce que, à Bangassou, il n’y a pas d’UPC ni d’autres factions. A Bambari on savait que c’était la coalition FPRC qui se battait contre l’UPC, mais à Bangassou, on ne peut pas vous dire exactement ceux qui manipulent ces gens-là, sauf dire qu’ils étaient partis pour tuer leurs concitoyens musulmans.»

 

Désarmement au point mort

 

«Une alliance de circonstance a été nouée entre le FRPC et la branche des antibalaka dirigée par le leader Maxime Mokom [visé par des sanctions financières américaines le mois dernier, ndlr]. Ils se sont ligués pour combattre l’UPC, et exiger une amnistie générale, explique Nathalia Dukhan. Il semble que cette faction des antibalaka soit responsable de l’attaque de Bangassou, possiblement avec des mercenaires venus des pays voisins.» Une hypothèse validée par Claudio Gramzzi, de l’organisation Conflict Armement Research : «Bangassou est situé dans la sphère d’influence de l’UPC, sur une de leurs routes d’approvisionnement. L’assaut peut être un règlement de compte mené par les antibalaka. Ils montrent ainsi que l’UPC, déjà affaiblie, n’est pas capable de protéger les musulmans.»

 

Les 11 000 Casques bleus déployés en Centrafrique, régulièrement critiqués pour leur manque de réactivité, sont incapables d’empêcher le déchirement du pays : les épisodes de violences sont de plus en plus rapprochés et le processus de désarmement est au point mort. La fin de l’opération française Sangaris, le 31 octobre, a laissé plus de champ aux groupes armés. «Il ne faut pas surestimer les capacités opérationnelles de Sangaris : les Français n’auraient certainement pas pu intervenir très rapidement dans une zone comme Bangassou, nuance Claudio Gramzzi. En revanche, ils auraient sans doute pu anticiper la menace grâce au renseignement. C’est surtout cela qui fait défaut à la Minusma et aux forces centrafricaines.»

 

Devant l’Assemblée nationale, en octobre, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, s’était félicité : «Nous avons évité des massacres de masse […] permis un processus de réconciliation intercommunautaire, la reconstitution de l’Etat centrafricain.» Six mois plus tard, les groupes armés se sont renforcés, les communautés, manipulées par des leaders avides de pouvoir, s’entre-tuent, et l’Etat reste absent de la majeure partie du territoire. Sans la France, la guerre civile est certes un peu plus oubliée, mais elle n’est pas terminée.

Célian Macé

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