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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 11:32
Fermeture du site de M’Poko: Les retournés du quartier Fondo à la reconquête d'une vie normale

 

 

 

Plus d’un mois après le lancement de l’opération «Noël à la maison », les anciens déplacés du site de M’Poko situé sur l’emprise de l’aéroport international de Bangui regagnent par petits groupes leur quartier d’origine de Fondo dans le 5ème arrondissement pour réhabiliter leurs maisons détruites. Lancée le 15 décembre 2016 par le Président de la République, Faustin Archange Touadéra, l’opération représente un nouvel espoir pour des milliers de Centrafricains qui avaient quitté leurs foyers sous le coup d’une violence aveugle trois ans auparavant et s’étaient réfugiés sur le site de M’Poko.

 

Le site de M’Poko était le plus grand de la capitale avec une population de plus de 28 000 déplacés. Aujourd’hui, il est presque vide. Certains déplacés ont regagné leurs anciens quartiers dans les 3e et 5e arrondissements. C’est le cas du quartier Fondo (3e arrondissement) où l’optimisme et la bonne humeur que les retournés affichent ne cachent pas pour autant les difficultés auxquelles ils devront faire face. Tout est à refaire pour les 3 922 ménages qui au 15 janvier 2017 avaient choisi de revenir dans ce qui fut leur quartier, il y a plus de trois ans.

 

On estime que Fondo comptait 12 000 habitants avant la crise. Sourire aux lèvres, du matériel de construction jonchant le sol, certains sont occupés au déblaiement des concessions envahies par de hautes herbes. D’autres en sont déjà à la fabrication de briques de terre pour reconstruire des maisons en ruines. En attendant que leurs maisons soient habitables à nouveau, les habitants de Fondo ont démantelé les tentes qu’elles occupaient sur le site de M’Poko pour construire des abris de fortune dans des concessions nues. Annette, veuve et mère de quatre enfants est une pionnière.

 

En effet, elle a été la première à s’être réinstallée à Fondo. Fière de son courage et heureuse d’être enfin de retour à la maison, elle explique son périple. «Juste après le lancement de l’opération Noël à la maison, j’ai décidé de quitter le site de M’Poko et de venir installer ma tente sur ma concession en attendant la construction d’une maison. Je vis avec ma mère qui est souffrante et mes enfants. Ce n’est pas simple mais je préfère être chez moi», explique-t-elle.

 

La décision hardie d’Annette a incité beaucoup d’autres déplacés à regagner leur quartier. Sous un soleil de plomb, truelle en main et le corps couvert de boue, Moussa, un jeune homme d’une vingtaine d’années, fabrique des briques pour reconstruire sa maison. Comme beaucoup d’autres jeunes du quartier, malgré un environnement peu amène, il a décidé de réinstaller sa famille à Fondo. Derrière le sourire et la volonté se cachent des difficultés

 

Après plus de trois années passées sur le site de M’Poko, les habitants du quartier de Fondo mettent fin à leur «vie de déplacés » et retrouvent le plaisir de rentrer chez eux, mais non pas sans embûches. L’absence d’un vrai toit est la première difficulté à laquelle ils font face. Les trois quart des habitants continuent de vivre sous des tentes comme sur le site de déplacés. En attendant que les maisons soient complétement réhabilitées, les bâches permettent d’abriter la famille même si cette solution est précaire. Le manque d’eau courante et potable est un autre problème que beaucoup d’habitants ont relevé. Un seul point d’eau de la Société centrafricaine de distribution d’eau en Centrafrique (SODECA) dessert tous Fondo, 3 e arr. de Bangui, Préfecture de l’Ombella M’Poko,

 

Moussa et ses amis rénovent la maison dans laquelle il entend loger sa famille dès qu’elle sera habitable les habitants du quartier. Les puits sont hors d’usage par manque d’entretien ou contaminés par la présence de cadavres. De l’avis de certains habitants, les puits auraient servi de lieux de sépulture pendant la crise. En plus des besoins en eau, hygiène et assainissement, les retournés sont confrontés à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Pour la survie de leur famille et en attendant des jours meilleurs, certaines femmes ont planté des cultures maraichères dans leur concession.

 

D’autres femmes ont choisi de faire fructifier une partie de l’enveloppe offerte par les Gouvernement pour accompagner le retour en lançant de petites activités génératrices de revenus. Il s’agit essentiellement de vente au détail de denrées alimentaires, de tabac et d’articles divers. Dans le même temps, beaucoup d’enfants n’ont plus accès à l’éducation. Sur le site de M’Poko, ils bénéficiaient des activités des Espaces temporaires d'apprentissage et protection d'enfants (ETAPE). Cette rupture scolaire est malvenue au moment où les familles aspirent à un retour à la normalité. Les structures de santé sont aussi complétement absentes du quartier.

 

Ce manque affecte en particulier les femmes, les enfants et les personnes du troisième âge. En sus de l’absence des services sociaux de base, les séances de dialogue communautaire facilitées par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), ont mis en évidence des besoins en abris. Dans la grande majorité des cas, les familles continuent à habiter sous des bâches en attendant la fin de la réhabilitation de leur maison. La protection est un autre point important sorti des débats. En effet, des individus appartenant à des milices d’auto-défense circulent librement dans le quartier et parfois dépouillent les retournés de leurs maigres biens. Tirant les leçons du passé, la réconciliation et la cohésion sociale sont devenus des mantras pour les retournés.

 

Les parcelles appartenant à des musulmans ont été nettoyées sur instruction du chef de quartier. «Ils peuvent revenir quand ils veulent. Nous n’avons pas de problèmes avec eux», a indiqué un habitant. Certes, la vie reprend ses droits à Fondo mais beaucoup reste encore à faire. Interpellé par la grande vulnérabilité qui affecte encore l’ensemble des quartiers de retour, la communauté humanitaire est déjà à pied d’œuvre pour effectuer une évaluation multisectorielle afin d’apporter une assistance adaptée aux besoins.

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