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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 21:03
Centrafrique : Les bases de deux ONG pillées lors de l’attaque de Bocaranga, au nord du pays
Centrafrique : Les bases de deux ONG pillées lors de l’attaque de Bocaranga, au nord du pays
Centrafrique : Les bases de deux ONG pillées lors de l’attaque de Bocaranga, au nord du pays

 

 

 

 

PAR SYLVESTRE SOKAMBI LE 4 FÉVRIER 2017

 

BANGUI, 04 février 2017—Les bases du Conseil Danois pour les Réfugiés (DRC) et de IRC, auraient été attaquées et pillées lors de l’attaque de Bocaranga, jeudi dernier. L’information est confirmée par plusieurs sources humanitaires qui parlent de la présence des Antibalaka dans la localité.

 

La base de IRC, selon les informations du RJDH, a été pillée puis incendiée par les hommes armés qui ont attaqué la ville de Bocaranga. L’information est confirmée par un cadre de cette ONG à Bangui. Un humanitaire qui a pu sortir de Bocaranga après l’attaque, parle de « pillage systématique de DRC avant l’incendie qui semble être volontaire » confie-t-il.

 

La base de DRC, selon les mêmes sources, a été aussi pillée, « le siège de IRC a été attaqué dans la même journée par les assaillants qui ont tout pillé » a expliqué un autre humanitaire. Les informations en provenance de Bocaranga, font état de pillage de plusieurs boutiques dans la ville par le groupe armé qui est entré depuis jeudi dans la ville.

 

Plusieurs habitants ont été contraints de se réfugier prêt de la base de la Minusca qui, selon nos informations n’a ouvert sa base qu’aux humanitaires expatriés, information non encore confirmée par la mission onusienne. La présence des Antibalaka est signalée dans la ville de Bocaranga malgré les patrouilles des soldats de la paix.

 

Difficile d’entrer en contact avec cette ville du nord de la République Centrafricaine à cause des problèmes de réseaux téléphoniques qui persistent depuis le jeudi 02 févier, date de l’attaque de cette ville par un groupes armé que la Minusca dit avoir repoussé alors que les témoignages indiquent que les assaillants sont toujours dans la ville.

 

Le premier bilan non officiel de l’attaque de Bocaranga, fait état d’une dizaine de morts et de plusieurs boutiques pillées.

 

 

TEMOIGNAGES DES PERES ET SOEURS DE BOCARANGA sur L’ATTAQUE INSENSEE DE BOCARANGA DU 2 FEVRIER 2017


Source : PERE Aurelio Gazzera

 

Bocaranga, le 04 février 2017

 

Bonjour de Bocaranga


Dans ces quelques lignes je vais vous décrire la situation à Bocaranga, les évènements depuis matin 02 février 2017. Vers 5h45 nous avons entendu les coups de fusil devant notre église, à côté de la mission. Les sœurs de la Charité et nous les pères capucins nous étions prêts à venir à l’église pour la prière. Les sœurs ont vu des assaillants passer à côté de l’église qui venaient de camp de catéchistes et se dirigeaient vers la ville. Le coup de fusil a donné le signal de l’attaque. La messe matinale annulée, tous rentrent à la mission. Les gens de Bocaranga ont été surpris par des détonations très fortes. Des gens commençaient à fuir, la panique généralisée. Déjà vers 6h00 nous avons appris la mort de 2 personnes. Des tirs des armes lourdes continuaient. Selon des témoins il y avait 3 groupes des rebelles qui sont entrés du côté ouest de Bocaranga venant par le chemin de brousse de Degaulle. Ils étaient des Peuls, moi-même je les ai vus et entendus. Donc des éléments de 3R – une rébellion qui a fait déplacer seulement dans notre région plus que 30 mille personnes. Un d’eux était assis sur un cheval avec une kalachnikov dans la main. Les gens en débandade. Il y avait un groupe des personnes (100-200), surtout des femmes et des enfants réfugiés dans la maison des sœurs, chez nous 2 familles avec des enfants (une vingtaine de personnes). Les tirs continuaient jusqu'à 10h, donc 4 heures … d’Apocalypse… Des rebelles passaient par tous les quartiers incendiant des boutiques et des maisons. Vers 10h ils se sont repliés vers la mission pour prendre la route de retour par la brousse vers Degaulle. Ils étaient autour de 60 personnes, très bien armés. A ce moment-là, un groupe de 7 personnes a commencé forcer notre portail de la Mission. Ils ont tiré au-dessus, les frères étaient dans leurs chambres, chacun priait comme il pouvait. En entendant que notre portail s’ouvre, je suis sorti pour accueillir les bandits, des voleurs. J’espérais qu’ils venaient seulement pour voler, pas pour tuer. C’était le cas… heureusement. Ils venaient avec la force me menaçant, ils voulaient de l’argent, des ordinateurs, des motos, etc. Ils sont entrés dans ma chambre e ils l’ont pillée, (ils ont volé des ordinateurs, de l’argent et une moto) etc. Apres 30 mn sont sortis prenant aussi notre moto, etc. C’était le dernier groupe qui a pris le chemin vers Degaulle.

 

15 mn après sont arrivés les Antybalaka qui les poursuivaient.


Comment est-il possible que soixante personnes terrorisent la ville de 15 mille d’habitants sans compter les déplacés ? D’où ils trouvent des armes, dans quel but, pour obtenir quoi ? Des questions et des questions…


Vers midi certains gens ont commencé à regagner leurs concessions pour constater des dégâts. Jusqu’à vendredi les gens comptaient les morts. A Bocaranga on compte 18 personnes tuées par balle, certains égorgées. Cruel. Plusieurs blessés par balles, certains transportés vers Bouar ou Ndim, Ngaoundaye, certains sont encore à Bocaranga.


Le but des assaillants était la destruction de la ville. Ils ont incendié plus de 35 boutiques de commerçants, plusieurs maisons, des camions. La présence des forces internationales… ambigüe, tout court. Les gens qui ont défendu leurs familles et leurs maisons disaient que la Minusca s’est comportée de cette façon. Difficile de trouver des témoins, j’ai vu, j’ai vu il y a plusieurs, difficile a vérifier, même si tout le monde en parle.


Jeudi 02 février – le jour de personnes consacrées – que le Seigneur nous consacre davantage pour être plus consacrée à Lui. La fête, mais le Seigneur l’a préparée différemment. Jeudi après-midi et soir à Bocaranga – les pleurs de morts et de disparus. « Le cri de RAMA » comme dans la Bible, « le cri de Bocaranga ». En brousse dizaine milliers de déplacés, sans nourriture, sans abris, sans médicaments, sans eau potable, sans couverture devant ce froid, des accouchements et de nouveau-nés en pleine brousse. Des milliers des enfants perdus, sans leurs parents. C’est vraiment triste. Vendredi matin des gens revenaient de brousse, encore traumatisés, choques. Depuis jeudi l’école ne fonctionne plus, peu de chance de reprendre immédiatement, les antennes de téléphonie mobile saccagées, pas de moyen de communication, le travail de l’hôpital paralysé, manque de personnels, des médicaments. Vendredi matin la Minusca a commencé à faire des patouilles en ville. Mais les gens ne se sentent pas en sécurité. Méfiance envers des militaires – d'où vient cela ? Surement il y a une cause.


Vendredi on a fait une rencontre avec le chef de base de Minusca, moi, un autre frère, un monsieur d’une ONG et 5 personnes de la societée civile de la ville de Bocaranga. On échange sur la situation. La Minusca s’excuse de ne pas connaître qui est qui, qui est rebelle, qui est Balaka, qui est civil. Elle assure que des patrouilles de la ville se poursuivent chaque jour. Le commandant de la base semble ouvert, nous attendons des faits concrets. Pas de paroles, souvent vides. On a fixé un jour par semaine pour un échange d’information. Aujourd’hui samedi, le 4 février les gens ne sont pas encore de retour. Timidement viennent en ville pour repartir le soir vers des champs où ils passent la nuit – pas de sécurité selon eux.


Ces jours-ci moi et un autre frère nous devions partir pour une retraite annuelle, mais ça sera pas possible. Voilà une excellente retraite sur place. La vie devient plus simple, avec des soucis, mais avec une conviction que c’est ici notre place.


Merci pour votre prière et les mots d’encouragement, union de prière. Prions surtout pour ce peuple si bien martyrisé ainsi que pour les malfrats. Que les gens retrouvent la vraie paix.

 

 

TEMOIGNAGES DES SŒURS

 

Bocaranga, le 4 février 2017

 

chères sœurs, amies et amis.

 

Voici ce qui s'est passé hier, 2 février, à Bocaranga, ce que nous avons vécu avec la population :

 

Aux premières lueurs de l’aube, j’étais en train d’aller à la Messe. Il était 6h moins 10. Sortie par le petit portail j'ai entendu des pas derrière moi, je ne me suis pas tournée car je pensais que c'était des gens qui venaient à la messe. Tout à coup, quelqu'un m’a tapé sur l'épaule, je me suis tournée et j'ai vu un grand gaillard devant moi et toute une colonne de Bororos puissamment armés.

 

Le Bororo m'a tendu la main pour me saluer et m'a fait signe d'entrer à l'Eglise. Sr. Eliane était derrière moi et elle est rentrée tout de suite à la maison. Sr. Emma était à la porte de l'église, les Bororos lui ont font signe d'entrer. Les autres sœurs étaient encore à la maison. Arrivés devant l'Eglise, les Bororos ont commencé à tirer. En même temps d'autres colonnes étaient entrées à Bocaranga par des endroits différents. Je suis rentrée à la maison, nous avons tout fermé et par les fenêtres nous pouvions voir ce qui se passait…

 

Les gens surpris par cette arrivée ont fui en brousse. Dans la débandade, certains ont rencontré les Bororos qui les ont tués. Beaucoup de gens sont venus chez nous avec le peu de choses qu’ils ont pu sauver. Ils sautaient par le grillage de la concession derrière le foyer Enrichetta pour rentrer, ou passaient par le grand portail du lycée Nemesia. Nous les avons logés aux foyers, dans les salles de classe. Les tirs ont duré plus de 4 heures et étaient bien nourris. C’était terrible !


La Minusca, les militaires de l'ONU, présents à Bocaranga, n’ont pas bougé le petit doigt pour venir au secours de la population... Il y a eu plus de 15 morts, d'autres ont disparu, on ne retrouvait pas des enfants qui avaient fui en brousse.


Les antibalakas, surpris par cette attaque imprévue, se sont organisés petit à petit, mais trop tard... Les Bororos ont eu le temps de brûler le marché, beaucoup de magasins, 2 gros camions... d’enfoncer les portes des maisons des gens, de voler leurs biens.... de détruire les antennes téléphoniques... tout a été si rapide !


Ensuite, ils ont repris le chemin de la brousse en passant derrière notre concession. Ils étaient nombreux. Certains sont allés chez les pères et ils ont volé la moto du curé, sont entrés dans sa chambre et pris 4 ordinateurs, les téléphones, de l’argent…

 

La femme d’un de nos maitres qui travaille à l’école Bakita, a été tuée par des balles perdues.

 

Après le départ de ces groupes armés, un silence de mort planait sur le village…Une profonde tristesse habitait nos cœurs…


Nous avions revécu les événements de janvier 2014 quand le dernier contingent des Selekas était passé à Bocaranga le 2 février, jour de la Fête de la Présentation de Jésus au Temple !

 

Que d’émotions, de peurs… Nous sommes vraiment lasses, nous ne voyons pas d’issue dans ce conflit qui continue à semer la mort dans ce pays, surtout dans les provinces abandonnées par l’Etat.

 

Le soir à 17H30, les pères sont venus célébrer la Messe dans notre chapelle. C’est la fête de la Vie consacrée !


Que de choses à dire à Dieu qui semble oublier la souffrance de son peuple…

 

Nous déposons dans son cœur de Père les cris et les pleurs des familles qui ont perdu des êtres chers, le désespoir qui habite ceux et celles à qui on a tout volé, pillé, saccagé… la tristesse des enfants privés d’instruction, des cours à l’école, notre souffrance de vivre la mission toujours sous tension, entourées par tant de violence.

 

Le soleil nous fait ses adieux. On entend encore quelques tirs, puis le silence s’installe sur le village et la nuit nous enveloppe tous.

 

Malgré ces événements tragiques, nous continuons à croire et à espérer que la PAIX est possible, que le cœur de l’homme peut changer, que la Vie est plus forte que la Mort.


Merci à toutes pour vos prières, votre amitié qui nous donnent le courage de continuer notre mission, filles de Ste. Jeanne Antide au service de ce peuple centrafricain que nous aimons.


La fraicheur du matin de ce nouveau jour et la beauté de l’aurore nous relancent sur le chemin de la mission. Nous ne savons pas ce que le futur nous réserve, nous croyons que Dieu est là malgré son silence !

 

Aurelio Gazzera

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