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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 17:28

 

                                                                                                        

 

Dans son discours d'investiture, le Président élu avec une écrasante majorité a érigé la rupture en mode de travail. Cette notion de rupture conçu comme un nouveau concept par les centrafricains se définit comme une cassure, une fin annoncée de gestion traditionnelle d'avec les régimes précédents. Après trois trimestres de tâtonnements et d'initiatives infructueuses, le pouvoir central de Bangui campe sur sa stratégie et mode de travail et ne veut faire un revirement par crainte d'acter un constat d'échec. Ce tâtonnement n'est pas l'échec d'un homme mais d'une politique.

 

Logiquement, après la réussite de la table ronde de Bruxelles, le renouvellement du gouvernement avec un nouveau premier ministre s'impose. Un nouveau dispositif avec une nouvelle politique pour gérer l'après Bruxelles. Il s'avère ainsi normal que tous les partis politiques qui ont contribué à la préparation et à la négociation de Bruxelles doivent également être impliqués dans la mise à disposition et la gestion de la manne financière. La Centrafrique étant le pays de tous les paradoxes, on assiste à une incompréhension voire une confusion totale relative aux décrets portant nomination ou confirmation du personnel de quelques ministères (finances, communication et éducation ) alors qu'un nouveau gouvernement est imminent.

 

Est-ce une manière de renouveler sa confiance aux chefs de ces trois départements ministériels ? Si tel n'est pas le cas, comment les nouveaux ministres apprécieront l'harmonie du travail avec une équipe qu'ils n'ont pas contribué au choix ? N'est-ce pas les embryons d'une autre crise qui s'ajoutera à celle déjà existante ? A l'occasion de la fête du 1er décembre, le Président de la République dans son adresse à la nation a confirmé comme il l'a fait précédemment sur les ondes de RFI son intention d'opter pour le désarmement négocié avec les groupes armés. Nous sommes tentés d'adhérer à cette stratégie mais nous sommes très dubitatifs.

 

N'oublions pas qu'il existe de façon non exhaustive quatorze groupes armés recensés et lourdement outillés disséminés sur l'ensemble du territoire national. Le Président de la République pense pouvoir négocier et trouver un compromis avec ces différents groupes armés ? Aura-t-il les moyens nécessaires pour mettre autour d'une même table des groupes armés avec des intérêts et ambitions différents ? D'ailleurs, il faut rappeler que les groupes armés ne s'accordent pas entre eux à l'instar des derniers affrontements sanglants de Bria. La conquête géopolitique de la ville de Bria n'est pas le fruit du hasard. Cette zone étant diamantifère, la paternité et l'appropriation sont devenus des objectifs. Et c'est dans ce climat d'affaires de diamants que le Président de la République va proposer un consensus ou un compromis ?

 

Le DDRR étant un processus, il doit prendre en compte l'évolution du terrain et les paramètres liés au processus. Ainsi, le chef de l'Etat doit adapter, actualiser et mettre en phase sa politique, sa stratégie par rapport aux données réelles. Pour votre gouverne, le désarmement négocié suppose des rencontres, des négociations, des propositions. En outre, on ne peut pas résoudre un problème sans en connaître les causes d'où la nécessité de savoir pourquoi ils ont pris les armes pour finir sur la satisfaction des revendications politiques. Ne perdons pas de vue que certains groupes armés sont capricieux, récalcitrants, indélicats, non structurés, non hiérarchisés et se plaisent dans des actes incontrôlés.

 

Est-ce utile de négocier dans ces circonstances ? Face à la dégradation spectaculaire de la situation sécuritaire dans les arrières pays, n'êtes-vous pas tenter de changer de stratégie ? Entendez-vous toujours maintenir le désarmement négocié ? À quel rythme ? Car les centrafricains n'arrêtent pas d'enterrer leurs morts. Vous fûtes premier ministre et vous avez déjà par le passé géré un processus identique, vous en savez assez pour ne pas commettre les mêmes erreurs. En terme de bilan sécuritaire, des avancées sont-elles enregistrées ? Il est vrai que Bangui est un peu calme certes, mais vous n'êtes pas seulement le Président des Banguissois ? Qu'en est-il des autres provinces ?

 

Concernant l'organisation du défilé du 1er décembre, nous vous adressons nos sincères félicitations et reconnaissances pour sa réussite car cette fête est le symbole de l'unité et de la cohésion nationale. En dehors des festivités de la fête de la proclamation de la République, nous avons un sentiment de stupéfaction mélangé avec de l'émotion. D'où sortent ces vaillants militaires bien habillés qui ont défilé ? L'opinion publique ne savait pas qu'on avait une armée aussi hiérarchisée et structurée ? Quel est le véritable problème des forces armées centrafricaines ? C'est un problème d'effectif ? de matériel ? En dehors de l'embargo, les forces armées centrafricaines n'ont pas le matériel minimum pour une armée ? En cas d'affirmative, pourquoi la sécurité du Président de la République est toujours assurée par des forces étrangères ?

 

Cela ébranle notre souveraineté. La logique veut que les forces étrangères viennent en appui à une force nationale. Pour finir et en guise de contribution, nous nous permettons de rappeler au chef de l'Etat qu'en politique la légitimité est fondamentale, vous avez été élu démocratiquement, vous devrez oser quitte à se faire des ennemis pour assurer la sécurité de votre peuple. Votre discours politique actuel est en déphasage total avec la réalité. Occupez-vous des vrais problèmes des centrafricains en commençant par la restauration de la sécurité sur l'ensemble du territoire national. L'imminent gouvernement doit changer de cap, de stratégie pour éviter l'agonie politique. Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c'est moi.                                       

 

Paris le 3 décembre 2016

 

Bernard SELEMBY DOUDOU

Juriste, Administrateur des Elections.

LA POLITIQUE DE LA RUPTURE EST-ELLE EN PHASE AVEC LE QUOTIDIEN DES CENTRAFRICAINS ? par Bernard SELEMBY DOUDOU

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