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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 21:03
République centrafricaine : Raid meurtrier contre des personnes déplacées (suite et fin) (HRW)

 

 


Une des premières cibles était une école où un cours de formation de professeurs avait lieu. Un participant a raconté :

 

Un groupe de combattants de la Séléka est entré dans la cour de l’école. Ils étaient 15 environ. Ils étaient armés de couteaux et de grenades. Lorsque nous les avons vus, nous avons couru jusqu’à l’église. Mais d’autres membres de la Séléka sont arrivés à moto et nous ont coupé la route, donc nous nous sommes enfuis dans le quartier. Certains [combattants de la Séléka] portaient un mélange d’uniformes et de vêtements civils. Ils ont commencé à nous tirer dessus. Un professeur, Kango, était malade et il ne pouvait pas suivre, il a été attrapé et poignardé à mort. Je les ai regardés le tuer. J’ai appris plus tard qu’un autre professeur, le directeur du centre de formation, a aussi été tué lorsqu’ils l’ont trouvé dans le quartier.

 

Certains civils ont cherché refuge à l’hôpital provincial, à la limite entre les deux quartiers. Cependant, les combattants de la Séléka ont tué et gravement blessé les personnes alors qu’elles tentaient d’entrer dans le bâtiment. Un homme de 37 ans qui a été blessé a décrit la scène :

 

Je voulais courir à l’hôpital parce que je savais qu’il y avait des Casques bleus là-bas, mais des combattants de la Séléka se trouvaient devant l’hôpital. L’un d’eux m’a vu et a crié : « Tu es anti-balaka ». Juste à côté de moi, ils ont tiré sur un homme qui courait vers l’hôpital. J’ai décidé d’essayer d’entrer dans l’hôpital. Deux combattants de la Séléka m’ont saisi, m’ont jeté au sol et l’un d’eux m’a donné un coup de sabre à la poitrine. Mes intestins sont sortis, mais j’étais toujours devant l’hôpital, donc je les ai remis dedans et j’ai appliqué une pression sur la blessure. J’ai titubé jusqu’à l’hôpital et j’ai trouvé un médecin qui a fait une intervention d’urgence.

 

Human Rights Watch a interrogé l’homme trois jours après ces événements et a constaté une grande plaie sur la poitrine et le ventre.


Un homme de 43 ans a dit avoir vu les combattants de la Séléka tuer un homme âgé et malade : « Les membres de la Séléka lui ont tiré dessus avec un fusil artisanal, puis ils se sont approchés de lui et l’ont achevé à coups de machette. »



Un autre homme, âgé de 37 ans, a vu les assaillants tuer son frère de 40 ans : « Il a reçu deux balles alors qu’il s’enfuyait et il est tombé. Puis deux hommes ont couru vers lui et l’ont poignardé à mort dans le dos avec un couteau. »



Les combattants de la Séléka ciblaient des anti-balaka suspectés, mais ils ont tué de nombreux civils. Une femme âgée de 30 ans du quartier de Gbaya interrogée à l’hôpital a déclaré :

 

Ils ont trouvé mon fils de 17 ans, ils l’ont emmené dehors et ont commencé à le frapper avec des machettes. Alors qu’ils allaient lui donner le coup fatal, je me suis mise devant eux pour le sauver. J’avais un bébé dans le dos, mais ils m’ont frappé au bras avec la machette et l’ont entaillé. J’ai crié : « Il n’est pas anti-balaka, pourquoi voulez-vous le tuer ? » Un combattant a répondu : « Ne nous empêchez pas de tuer votre peuple. Vous avez tué un des nôtres, nous tuons les vôtres. » Ils ne m’ont plus frappée avec la machette, mais à la place, ils ont tué mon beau-père, qui était juste à côté de moi, à coups de machette dans la tête. Il avait 60 ans.

 

La femme a montré à Human Rights Watch son bandage sur le bras gauche, au-dessus du coude, où elle a indiqué avoir été frappée. Son fils était aussi en train de se rétablir à l’hôpital.


Les combattants de la Séléka ont pu rapidement dépasser les Casques bleus de l’ONU qui assuraient la protection d’environ 7 000 personnes dans l’Évêché. Certains Casques bleus ont ouvert le feu, tuant 12 combattants de la Séléka.


Dès qu’ils sont entrés dans le camp, les combattants de la Séléka ont commencé à tirer sur les civils, y compris les femmes et les enfants, ont indiqué des témoins.

Une femme d’environ 60 ans du village voisin de Ngoulekpa I, qui habitait à l’Évêché depuis trois ans, a raconté :

 

Lorsque j’ai entendu les tirs pour la première fois, je suis rentrée dans ma hutte pour me cacher. Peu de temps après, je pouvais sentir la chaleur venant des autres huttes qui étaient en flammes. Je suis sortie et j’ai vu la hutte de mon voisin brûler. Je me suis retournée et j’ai vu que la mienne brûlait aussi. J’ai commencé à courir vers la base de la MINUSCA, mais un jeune combattant de la Séléka que j’ai reconnu m’a vue et m’a tiré dans la jambe. J’ai été aidée par d’autres qui s’enfuyaient et j’ai été conduite à l’hôpital à la base de la MINUSCA.

 

Human Rights Watch a interrogé la femme le 19 octobre et a constaté ce qui semblait être une blessure par balle au bas de sa jambe gauche. Elle recevait des soins médicaux auprès de la MINUSCA. 


Un homme de 23 ans a expliqué qu’il était parti à la recherche de sa femme de 17 ans, son fils de deux mois et la sœur de sa femme âgée de trois ans après l’attaque :

 

Lorsque l’attaque a commencé, j’ai couru jusqu’à la base de la MINUSCA en espérant trouver ma famille là-bas. Lorsque les personnes ont commencé à arriver, je ne les ai pas vus, donc je suis retourné au camp pour les chercher. J’ai vu deux cadavres, mais ce n’était pas eux. J’ai trouvé ma famille près de notre maison... Ma femme avait reçu une balle dans le ventre. Notre bébé avait été tué d’une balle dans la tête. La sœur de ma femme semblait avoir reçu une balle dans la jambe. Tout autour d’eux était brûlé et détruit. Nous avons dû les enterrer dans une fosse commune.

 

Une veuve de 40 ans et mère de six enfants de Ngoulepa II, au nord de Kaga-Bandoro, a raconté qu’elle n’a pas pu emmener tous ses enfants lorsqu’elle a fui : 

 

On aurait dit que, soudain, il y avait des tirs partout et les enfants couraient dans tous les sens. J’ai simplement couru et emmené quelques-uns des petits enfants avec moi. J’ai appris plus tard que mon fils Justin Soubanoyo avait été tué. Il avait 6 ans. Il a reçu une balle dans le côté.

 

Un garçon de 15 ans du quartier de la Mission catholique a indiqué qu’il a vu son ami, de 15 ans aussi, se faire tuer : « Depuis l’endroit où je me cachais, j’ai vu Vianny courir. Il a reçu une balle dans le bras droit et est tombé. Un groupe de cinq hommes s’est jeté sur lui et l’a poignardé à mort. Après l’avoir tué, ils m’ont vu et m’ont pourchassé, mais j’ai couru et je me suis caché derrière une maison. Vianny était un étudiant, il n’était pas anti-balaka. »


Des personnes handicapées ont été visées lors de l’attaque et tuées dans les incendies. Lorsque l’attaque a commencé, « Janet », une résidente du quartier de la Mission catholique, a trouvé refuge dans la maison d’une voisine avec un homme du quartier, Bakoudou Kankandi, qui était sourd et muet. Les combattants de la Séléka ont rapidement enfoncé la porte en demandant s’il y avait des hommes dans la maison. Janet leur a répondu que non, a-t-elle raconté. « Ils nous ont fait sortir de la maison et nous ont dit de rejoindre la base de la MINUSCA », a expliqué Janet. « Mais lorsqu’ils ont vu Bankoudou, ils ont dit : “Vous avez dit qu’il n’y avait pas d’hommes ici. Ce n’est pas un homme ?” J’ai répondu : “Non, il est sourd et muet, il ne comprend pas.” Mais ils lui ont tiré dessus quand même. »


Au moins trois personnes âgées handicapées ont été abandonnées dans le camp de déplacés et brûlées vives dans l’incendie, ont indiqué les survivants.


Un proche de Gilbert Bingimale, un homme âgé qui ne pouvait pas marcher, a expliqué que la famille avait dû laisser Bingimale dans la hutte afin de pouvoir sauver les enfants. « Elle a brûlé complètement et lorsque nous y sommes retournés plus tard, nous l’avons trouvé là. Il a dû se cacher pensant qu’il serait en sécurité. Toute sa peau avait brûlé. »


Un proche de Pauline Pharama, une femme aveugle de 70 ans, a raconté qu’il n’a pas pu rejoindre Pauline Pharama une fois que l’attaque a commencé. Il a dit être revenu le lendemain matin et a trouvé son corps carbonisé et mangé par les chiens.

Après que les forces de la Séléka ont détruit le camp de l’Évêché, les violences ont continué dans les zones autour de Kaga-Bandoro, ont décrit des témoins. Une femme de 31 ans de Baïko, un quartier de la partie nord de la ville, a expliqué :

 

J’ai vu des personnes s’enfuir du quartier et j’étais nerveuse. Vers midi, j’ai entendu des motos approcher et je me suis cachée dans la brousse près de la maison. Des membres de la Séléka sont entrés dans notre propriété. Ils étaient habillés en civil, mais ils étaient armés de fusils et de machettes. Ma nièce était là avec son bébé de cinq jours, Emmanuel Sadrak. Elle a essayé de s’enfuir, mais un combattant de la Séléka l’a abattue. La balle les a tués, elle et son bébé. Ma sœur est sortie en courant de la maison pour essayer de l’aider, mais elle aussi a reçu une balle. Elle n’est pas morte. Après avoir tiré sur elles, les hommes de la Séléka ont pillé la maison. Nous avons essayé d’emmener ma nièce à l’hôpital, mais elle était déjà morte. Nous avons enterré le bébé là, à la maison.

 

Pour des raisons de sécurité, Human Rights Watch n’a pas pu se rendre dans les villages sur les routes sortant de Kaga-Bandoro. Dans les jours qui ont suivi l’attaque, cependant, des personnes déplacées de ces villages ont afflué vers la ville. Des villages le long de la route de Botto, à l’ouest de Kaga-Bandoro, ont apparemment été attaqués l’après-midi du 12 octobre. Un résident de Beguete I, un village au bord de cette route, a déclaré :

 

Tard dans la matinée, des personnes ont commencé à courir sur la route en disant que la Séléka avait attaqué le centre-ville. Quelques minutes plus tard, des combattants de la Séléka à moto sont arrivés, mais ils ont vite fait demi-tour. Puis ils sont revenus avec plus de combattants. Ils ont commencé à tirer dans les villages le long de la route. Nous avons entendu les coups de feu et nous avons fui. De loin, je les ai vus incendier mon village.

 

Les combattants de la Séléka FPRC avaient détruit les villages le long de cette route en février 2015, mais certains résidents avaient reconstruit leurs maisons. Les images satellites analysées par Human Rights Watch indiquent qu’au moins 75 maisons sur cette route ont été détruites en octobre. « Je venais juste de reconstruire ma maison et j’y ai vécu seulement cinq mois avant qu’elle ne soit incendiée à nouveau », a expliqué une veuve de 47 ans nouvellement déplacée, originaire de Zefio, à cinq kilomètres de Kaga-Bandoro, « Je suis épuisée. »

Le 13 octobre, le lendemain de l’attaque, certaines personnes ont quitté le camp de déplacés de fortune à la base de l’ONU à Kaga-Bandoro pour rechercher des possessions qui auraient pu être encore là après l’attaque et le pillage dans d’autres quartiers, mais elles aussi ont été prises pour cible. Une femme a raconté qu’elle a vu un homme se faire tuer près de la zone de Bomou abandonnée :

 

J’ai entendu une moto arriver et je me suis cachée dans la brousse. Trois membres de la Séléka sont arrivés et ont vu un homme. Ils l’ont interpellé en lui disant : « Nous ne te ferons pas de mal ». Alors il s’est approché d’eux. Ils ont parlé pendant un moment, puis j’ai entendu l’homme crier : « Ne me tuez pas ! » Mais un membre de la Séléka a sorti un couteau et l’a poignardé dans le cou. J’ai rampé pour m’éloigner, mais je me suis retournée et j’ai vu le corps de l’homme de loin.

 

La réponse de la Séléka


Lors d’une réunion avec Human Rights Watch, le général Al Khatim, chef militaire du MPC, a insisté sur le fait que les combattants de la Séléka n’ont pas participé à l’attaque du 12 octobre, rejetant la responsabilité sur des civils musulmans armés de la ville. Il a accusé la MINUSCA d’avoir échoué à protéger les civils.


Lissane, le directeur politique du FPRC, a aussi affirmé qu’aucun combattant du FPRC n’a pris part à l’attaque. Il a justifié l’assaut, cependant, en disant que les combattants anti-balaka avaient utilisé le camp comme base. Il a soutenu que le camp a été attaqué parce que des combattants anti-balaka avaient déclenché une bagarre à l’extérieur du camp avec des membres de la communauté musulmane. Alors que les anti-balaka vivaient autour du camp de l’Évêché, ils étaient armés de machettes, de quelques fusils de chasse artisanaux et d’une poignée de grenades, d’après des témoins et des résidents du camp. Aucune autre personne interrogée par Human Rights Watch n’a confirmé la version des événements de Lissane.



L’attaque à l’Évêché a aggravé les tensions et le sentiment de méfiance entre les habitants de Kaga-Bandoro et les forces de la MINUSCA. Human Rights Watch a entendu de nombreuses rumeurs dans la ville selon lesquelles des soldats de maintien de la paix pakistanais avaient fourni à la Séléka des armes, des munitions et un soutien avant et pendant l’attaque, mais aucune preuve n’est venue étayer ces allégations.



Dans une interview accordée à un média local, le ministre de la Sécurité publique, de l’Intérieur et de l’Administration territoriale, Jean-Serge Bokassa, a semblé encourager les attitudes négatives vis-à-vis des Pakistanais. « Quel est le rôle du contingent pakistanais à Kaga-Bandoro ? » a-t-il déclaré le 15 octobre. « Leur connivence avec les groupes armés n’a que trop duré. »

 


Contexte : une série d’attaques contre des camps de déplacés


Paroisse Notre-Dame – Bangui 

 

Le 28 mai 2014, un groupe de civils armés, possiblement associés à des combattants de la Séléka, ont attaqué la paroisse Notre-Dame dans le quartier de Fatima à Bangui, faisant 17 morts. La paroisse avait servi de camp de déplacés pour des milliers de résidents déplacés de Bangui depuis une offensive majeure lancée par les anti-balaka sur la capitale le 5 décembre 2013. À l’époque, les responsables locaux du camp avaient indiqué à Human Rights Watch qu’environ 5 800 personnes vivaient dans le camp le jour de l’attaque.


L’attaque est survenue juste après une bagarre de rue houleuse entre les anti-balaka et des groupes d’auto-défense musulmans. Des miliciens musulmans ont expliqué à Human Rights Watch qu’ils pensaient que certains des anti-balaka avaient trouvé refuge parmi les personnes déplacées à l’église. Les 17 morts recensés par Human Rights Watch étaient tous des civils, y compris des femmes et des enfants.

 


Paroisse de Saint-Joseph – Bambari

 

 En juin 2014, un cycle meurtrier de violences intercommunautaires a dégénéré dans la province d’Ouaka, faisant au moins 62 morts entre le 9 et le 23 juin. Les attaques, à la fois par les combattants de la Séléka et par les anti-balaka, constituaient des représailles, montrant un cycle croissant de meurtres de vengeances entre communautés. La plupart des victimes étaient des hommes qui ont été frappés à mort à coups de machette. Les violences ont culminé avec une attaque violente, le 7 juillet, menée par des rebelles de la Séléka présumés contre des milliers de personnes déplacées ayant trouvé refuge à la paroisse de Saint-Joseph de Bambari et dans la résidence de l’évêque adjacente. L’attaque a fait au moins 27 morts. Les combattants de la Séléka étaient sous le commandement du général Ali Darassa, le chef d’un groupe qui deviendra plus tard l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC).

 

Ngakobo/SUCAF – Ngakobo

 

Le 3 décembre 2015, des combattants de la Séléka UPC ont attaqué un camp de déplacés à Ngakobo, à environ 60 kilomètres de Bambari, qui abritait près de 4 500 personnes déplacées, faisant huit morts. Ngakobo a été attaqué à nouveau le 15 octobre 2016 par des hommes armés, tuant 13 civils. Les représentants de l’UPC ont nié toute implication de leurs combattants dans l’attaque auprès des médias internationaux. Human Rights Watch n’a pas pu vérifier les circonstances de l’attaque ni qui était responsable de l’attaque la plus récente.

 

 

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Centrafrique-Presse.com