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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 20:58
République centrafricaine : Raid meurtrier contre des personnes déplacées (HRW)

 

République centrafricaine : Raid meurtrier contre des personnes déplacées


Une protection renforcée de la part des Casques bleus de l’ONU s’avère indispensable

(Nairobi, le 1er novembre 2016) – Des rebelles de la Séléka ont tué au moins 37 civils, blessé 57 autres et forcé des milliers d’autres à fuir quand ils ont rasé un camp pour personnes déplacées en République centrafricaine le 12 octobre 2016, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Ils et fait des milliers de déplacés dans et autour de la ville de Kaga-Bandoro, alors que des soldats de maintien de la paix des Nations Unies qui se trouvaient juste à l’extérieur du camp dans la ville de Kaga-Bandoro ont échoué à stopper l’attaque.


Human Rights Watch a interrogé 32 victimes et témoins à Kaga-Bandoro et dans la capitale du pays, Bangui, entre le 14 et le 21 octobre. Ceux-ci ont expliqué que les forces de la Séléka essentiellement musulmanes, possiblement avec l’aide de civils musulmans, ont tué par balle, poignardé ou brûlé vifs les civils, dont au moins quatre femmes, cinq enfants, trois personnes âgées, et quatre personnes en situation de handicap. Le nombre de morts est très probablement supérieur, car certaines victimes ont été enterrées rapidement. Outre les recherches sur le terrain, Human Rights Watch a procédé à l’analyse d’images satellites, et identifié au moins 175 maisons détruites dans les quartiers autour du camp et 435 huttes détruites dans le camp lui-même.


« Cette attaque brutale a visé des résidents qui ont déjà été contraints de quitter leurs maisons à cause des combats et ont déjà traversé tant d’épreuves », a déclaré Lewis Mudge, chercheur sur l’Afrique à Human Rights Watch. « Des attaques meurtrières comme celles-ci montrent pourquoi les Casques bleus de l’ONU ont reçu le mandat de protéger les civils par tous les moyens nécessaires – et pourquoi ils doivent l’exécuter. »


La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) comprend 12 870 membres, dont 70 agents de police et 200 militaires qui étaient présents à Kaga-Bandoro au moment de l’attaque. Des témoins ont raconté que les Casques bleus n’ont pas empêché une soixantaine de membres armés de la Séléka de traverser un pont surveillé par l’ONU et d’attaquer les civils, même si certains Casques bleus ont ultérieurement ouvert le feu et tué 12 membres de la Séléka en périphérie du camp. Aucune des forces de sécurité nationales, comme la police ou les gendarmes, n’était présente n’ont été déployées dans la ville depuis sa reprise par la Séléka en décembre 2012.

 

Le 31 octobre, la MINUSCA a publié un rapport sur les violences à Kaga-Bandoro qui documenté 37 morts parmi les civils et attribue la responsabilité de « violations graves de droits de l'homme et du droit humanitaire » aux forces de la Séléka, tout en attribuant la responsabilité de deux décès aux milices anti-balaka. Le rapport a loué les forces de la MINUSCA pour avoir pris « des mesures fortes pour protéger les civils pendant la crise ».


Les Nations Unies devraient de toute urgence déployer plus d’effectifs de la mission dans la région centrale instable, renforcer leurs patrouilles et, en vertu du mandat de la mission, garantir un usage approprié de la force pour protéger les civils face à une menace imminente, a déclaré Human Rights Watch.


De plus, le gouvernement national, les Nations Unies et les bailleurs de fonds de la République centrafricaine devraient accroître leur soutien à la Cour pénale spéciale (CPS), une nouvelle instance judiciaire avec des juges et des procureurs nationaux et internationaux ayant pour mandat d’enquêter sur les graves atteintes aux droits humains commises dans le pays depuis 2003 et de juger leurs auteurs. En août, le ministre de la Justice, Flavien Mbata, a annoncé que le procureur international de la CPS serait nommé avant la fin de l’année 2016.


Le nouveau tribunal offre une occasion significative d’engager des poursuites à l’encontre de commandants de toutes les parties au conflit qui sont responsables de crimes de guerre, comme ceux commis à Kaga-Bandoro, a indiqué Human Rights Watch.

De telles attaques relèvent également de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI). En septembre 2014, la procureure de la CPI a annoncé l’ouverture d’une enquête en République centrafricaine sur des crimes commis à partir d'août 2012.


Les combats font rage en République centrafricaine depuis décembre 2012, lorsque les rebelles de la Séléka essentiellement musulmans, prétendant représenter la minorité musulmane lésée du pays et venant du nord-est, se sont déplacés vers le sud-ouest dans des zones davantage peuplées de non-musulmans, tuant des milliers de civils. Vers le milieu de l’année 2013, des milices chrétiennes et animistes appelées les anti-balaka se sont formées pour se défendre et ont elles-mêmes commis de graves atteintes aux droits humains.


En réponse aux atrocités perpétrées par les deux camps, l’Union africaine (UA) a augmenté les effectifs de soldats de maintien de la paix dans le pays en 2013. Puis un transfert d’autorité de l’UA à la mission de l’ONU a eu lieu en septembre 2014.

Le 12 octobre, la ville de Kaga-Bandoro, capitale de la province de Nana Grébizi, comptait environ 30 000 habitants, plus environ 3 000 personnes déplacées venant d’autres parties de la région qui avaient cherché refuge dans cette ville. Environ 7 000 autres personnes étaient abritées dans un camp de déplacés en ville appelé l’Évêché, derrière la paroisse catholique de la ville. 


L’attaque de la Séléka a débuté entre 8 h et 9 h du matin, apparemment en réaction au meurtre d’un combattant de la Séléka la nuit précédente. Des combattants armés, certains portant des habits civils, ont traversé le pont qui sépare le quartier musulman du reste de la ville et ont presque immédiatement commencé à tirer sur les civils et à les attaquer avec des machettes et des couteaux.


« Les gens hurlaient et me disaient de m’enfuir », a raconté un homme âgé de 70 ans du quartier de la Mission catholique. « Alors que je courais, j’ai vu des corps par terre. La Séléka tirait sur tout le monde. J’ai couru jusqu’à l’église, mais elle était attaquée, donc j’ai couru vers le camp de déplacés. À peine quelques minutes plus tard, le camp aussi a été attaqué. »


En quelques minutes, les combattants de la Séléka ont dépassé les Casques bleus de l’ONU qui protégeaient le camp de l’Évêché. Certains Casques bleus ont ouvert le feu, tuant 12 combattants de la Séléka, mais ils n’ont pas pu empêcher les autres membres de la Séléka d’entrer dans le camp, d’attaquer les résidents et de réduire les huttes de paille en cendres.


Immédiatement après l’assaut, les forces de la Séléka ont aussi attaqué au moins trois villages le long de la route entre Kaga-Bandoro et Botto, tuant au moins quatre personnes et incendiant 75 maisons.


Les attaques ont déplacé des personnes de Kaga-Bandoro et des villages environnants. Au moins 20 000 d’entre elles sont maintenant dans un camp de fortune autour d’une base de maintien de la paix des Nations Unies, près de l’aérodrome de Kaga-Bandoro. Entre le 18 et le 21 octobre, Human Rights Watch a observé des conditions sordides dans le camp, notamment un nombre insuffisant de toilettes et des pénuries d’aliments qui nécessitent une réponse humanitaire urgente. Ces conditions imposent un fardeau particulier sur les personnes handicapées.

Des représentants de l’ONU ont indiqué à Human Rights Watch le 20 octobre qu’ils déploieraient plus de policiers dans Kaga-Bandoro en janvier 2017, faisant passer le nombre à 140. Ce doublement des effectifs sera utile, mais il faudrait qu’il soit accéléré, a expliqué Human Rights Watch.


En vertu du chapitre VII de la Charte de l’ONU, la MINUSCA est autorisée à prendre toutes les mesures nécessaires pour « protéger... la population civile du risque imminent d’atteinte à l’intégrité physique » et pour « mettre en œuvre... une stratégie de protection à l’échelle de la mission ». La protection est aussi nécessaire de toute urgence pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire, a souligné Human Rights Watch.


Des leaders de la Séléka à Kaga-Bandoro ont affirmé à Human Rights Watch que leurs combattants n’ont pas participé à l’attaque du 12 octobre. Cependant, plusieurs témoins et victimes ont identifié des combattants de la Séléka par leur nom. Deux résidents, interrogés séparément, par exemple, ont dit avoir vu le général Saleh Zabadi de la Séléka sur une moto près de l’hôpital provincial, l’un des sites où, d’après les victimes et les témoins, il y a eu des attaques et des meurtres. Les 20 et 21 octobre, Human Rights Watch a vu des combattants de la Séléka, dont bon nombre étaient vêtus en civil mais portaient des armes, se déplacer librement dans le quartier musulman de la ville.


« Des membres de la Séléka circulent ouvertement en ville avec leurs armes, envoyant le message qu’ils se sentent intouchables par la loi, un message qui n’a pas échappé aux civils », a expliqué Lewis Mudge. « Des arrestations et des poursuites judiciaires sont nécessaires de toute urgence pour stopper le cycle meurtrier des violences dans le pays. »


Pour voir une vidéo sur les violences récentes et sur la crise humanitaire à Kaga-Bandoro, veuillez consulter : 

https://www.youtube.com/watch?v=ha-tqfewKM8

 

Pour plus d’informations sur les violences à Kaga-Bandoro, veuillez lire la suite. 

Pour lire d’autres communiqués et rapports de Human Rights Watch sur la République centrafricaine, veuillez consulter :

https://www.hrw.org/fr/afrique/republique-centrafricaine 

Pour de plus amples informations, veuillez contacter :
À Nairobi, Lewis Mudge (anglais, français) : +254-700-657-569 (portable), +1-646-637-3801 ou mudgel@hrw.org. Sur Twitter : @LewisMudge
À Paris, Bénédicte Jeannerod (anglais, français) : +33-1-43-59-55-31, +33-6-74-32-88-94 (portable) ou jeanneb@hrw.org. Sur Twitter : @BenJeannerod 
À New York, Philippe Bolopion (français, anglais) : +1-212-216-1276, +1-917-734-3201 (portable) ou bolopion@hrw.org. Sur Twitter : @Bolopion 

La République centrafricaine en crise


La République centrafricaine est en crise depuis la fin de l’année 2012, quand la Séléka a entamé une campagne militaire contre le gouvernement de François Bozizé. La Séléka a pris le contrôle de Bangui en mars 2013. Leur domination a été marquée par des atteintes aux droits humains généralisées, y compris les meurtres  indiscriminés de civils. Vers le milieu de l’année 2013, la milice anti-balaka s’est organisée pour combattre la Séléka. Associant tous les musulmans à la Séléka, les anti-balaka ont mené des attaques de représailles à grande échelle contre des civils musulmans à Bangui et dans des régions de l’ouest du pays. 

Des milliers de civils ont été tués par les deux camps, des centaines de milliers ont fui leurs maisons, et près d’un demi-million de personnes – dont de nombreux musulmans fuyant les attaques des anti-balaka – ont trouvé refuge dans des pays voisins. Des combattants des deux camps ont commis des viols et ils continuent à se livrer à des violences sexuelles pour punir les femmes et les filles soupçonnées d’avoir des contacts avec des personnes de l’autre camp du clivage communautaire.

La Séléka dans la province de Nana Grébizi


Des forces de maintien de la paix de l’Union africaine et de la France ont repoussé la Séléka hors de Bangui au début de l’année 2014, forçant le groupe à rejoindre les régions centrales et orientales du pays. Les divisions ethniques, les rivalités, les différends sur le contrôle des ressources et les conflits à propos de la stratégie ont rapidement déchiré la Séléka. À la fin de l’année 2014, la Séléka s’est divisée en plusieurs factions, chacune contrôlant son propre territoire.


Deux groupes de la Séléka sont présents à Kaga-Bandoro : le Front populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC) et le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC).


Alors que les deux factions se sont affrontées pour avoir le pouvoir sur Kaga-Bandoro, elles se sont aussi unies lorsqu’elles y trouvaient un avantage mutuel. En juin, elles ont créé une « brigade mixte » regroupant environ 40 combattants pour effectuer des patrouilles communes. Le 21 octobre, le directeur du cabinet politique du FPRC, Lambert Lissane, a indiqué à Human Rights Watch que les membres de la brigade se déplacent dans la ville à moto sans uniformes. Lambert Lissane a soutenu que la brigade n’est pas armée, mais les 20 et 21 octobre, un chercheur de Human Rights Watch a vu des hommes armés à moto, que les résidents ont identifiés comme étant des membres de la brigade mixte.


Les violences à Ndomete


Au début du mois de septembre, la milice anti-balaka a établi un barrage routier sur la route entre Kaga-Bandoro et la ville de Ndomete, située 10 kilomètres plus loin, apparemment après que la Séléka a refusé de céder aux pressions de la MINUSCA visant à lui faire retirer un barrage routier à Ndomete. La milice et les combattants rebelles utilisent les barrages routiers pour extorquer de l’argent aux civils.

Quatre témoins ont rapporté à Human Rights Watch que des combattants de la Séléka ont assailli Ndomete et ont tué six civils le 16 septembre. Les premiers rapports du gouvernement national ont indiqué que 26 personnes ont été tuées, mais ni l’ONU ni Human Rights Watch n’ont été en mesure de confirmer ce chiffre. Lissane, le dirigeant politique du FPRC, a expliqué à Human Rights Watch que les combattants de la Séléka anticipaient alors une attaque imminente des anti-balaka. Les Nations Unies et Human Rights Watch n’ont pas trouvé de preuves pour étayer les dires de Lissane. Un résident de Ndomete a raconté :

 

Des membres de la Séléka sont venus à bord de motos et de pick-up le matin. Ils ont commencé à tirer sur les personnes dans leurs maisons. Ils m’ont trouvé hors de ma maison et ont débattu pour savoir s’ils devaient me tuer ou non. Pendant qu’ils parlaient, j’ai vu que des combattants de la Séléka avaient trouvé un fusil de chasse [artisanal] dans la maison de mon voisin. Ils ont supposé qu’il était anti-balaka. Il leur a dit que ce n’était pas le cas et a proposé de payer 200 000 francs [environ 340 dollars], mais ils [les combattants de la Séléka] ont répondu que ce n’était pas suffisant et ils lui ont tranché la gorge.

 

À la suite de l’attaque de Ndomete, la MINUSCA a renforcé sa présence sur la route entre la ville et Kaga-Bandoro, et une unité de police de la MINUSCA a été envoyée à Kaga-Bandoro.


Les violences à Kaga-Bandoro


Le 11 octobre, des représentants de l’organisation musulmane de la ville ont marché vers les bâtiments administratifs pour remettre un manifeste appelant à la réinstallation du barrage routier de la Séléka à Ndomete, à la fin des contrôles par les Nations Unies au pont conduisant au quartier musulman, au dialogue entre le gouvernement et les groupes armés, et au remplacement de l’unité de police rwandaise de la MINUSCA en ville, qu’ils accusaient de cibler les musulmans.

Les tensions étaient fortes dans le quartier musulman lorsque le corps de Mahamat Oumar, un combattant de la Séléka, a été découvert tôt au matin du 12 octobre dans le quartier TP (Travaux publics). Le corps d’Oumar a été transporté à la mosquée locale, où une foule s’est rassemblée. Des dirigeants de la Séléka, y compris le général Mahamat Al Khatim du MPC et Lissane du FPRC, ont expliqué à Human Rights Watch qu’ils ont essayé sans succès de calmer la foule croissante et agitée.

Entre 8 h et 9 h du matin, des combattants du côté musulman de la ville sont passés du côté non musulman. Le premier groupe d’environ 20 personnes était armé essentiellement de couteaux, de machettes et de grenades, ont raconté des témoins. Un deuxième groupe d’environ 20 personnes est arrivé avec des fusils Kalachnikov et des lance-grenades, suivi de 20 hommes de plus à moto. Les Casques bleus de l’ONU sur le pont n’ont pas été en mesure de stopper les combattants. Dès que les combattants de la Séléka sont entrés dans le quartier non musulman, ils ont attaqué les civils.

 

 

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