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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 12:09
CENTRAFRIQUE : L'UNION SACRÉE, UN TRAQUENARD AU SOMMET DE L'ÉTAT. par Bernard SELEMBY DOUDOU

 


 

Après des tâtonnements infructueux de la politique de rupture imposée par le President de la République, les nouvelles autorités centrafricaines ont visiblement fait un revirement à 90° et cela de façon informelle en voulant associé les forces vives de la nation à la gestion de la crise. LA cavale solitaire n'a pas permis d'endiguer l'insécurité à travers le territoire national. Les centrafricains continuent d'enterrer leurs morts, on assiste aux lourdeurs dans les prises de décisions, le fatalisme, le laxisme, l'absence de signaux forts pour marquer le changement, la culture de l'impunité, un silence étrange d'Etat face aux désastres, la prolifération des armes de guerre qui entraîne le banditisme, le braquage et la porosité de nos frontières.

 

Cette démarche de l'union sacrée montre les limites du pouvoir central et constitue un aveu de faiblesse pour un pouvoir qui se voulait solitaire d'où la nécessité de cet appel SOS à l'endroit des forces vives de la nation : "venez m'aider à réussir mon quinquennat" ou "il faut sauver le soldat Touadera ". Ainsi, le President de la République a invité les  partis politiques et autres au palais de la renaissance pour réfléchir collectivement sur les voies et moyens de sortie de crise appelé solennellement union sacrée. Sincérité ou traquenard ? Nous vous rappelons qu'en politique, tous les coups sont permis.

 

Nous nous souvenons qu'au palais des congrès de Paris, lors de la rencontre avec la diaspora initiée par le pouvoir de Bangui, un compatriote turbulent dont nous faisons l'économie du nom avait proposé cette union sacrée, la réponse du pouvoir a été lapidaire et méprisante. De vous deux, qui a raison aujourd'hui ? Il est de notre devoir de rappeler la compréhension de ce concept. L'union sacrée par définition est un rassemblement, un rapprochement de politiques pour combattre un mal, un danger, un fléau. C'est alors une invitation à faire bloc contre quelques choses. À titre d'exemple patent, lors des présidentielles françaises de 2002, le candidat de la droite s'est retrouvé au second tour avec le Front National. Les partis politiques français ont fait une union sacrée pour faire obstacle au Front National.

 

Ainsi les traditionnels frères ennemis de la gauche ont voté massivement le candidat de la droite et ce dernier a gagné les présidentielles avec un suffrage record de l'histoire de la cinquième République avec 82%. Dans le contexte centrafricain, tous les partis politiques, associations, syndicats, etc...doivent faire partie de cette rencontre, mais peut-on parler d'union sacrée quand le coordination du groupe de travail de la société civile est paradoxalement déclaré personae non grata ? Cette société civile qui a montré ses capacités de mobilisation en organisant une ville morte réussie ne peut être absente du processus de pacification du pays. Qui se moque de qui ? Qu'est-ce que le citoyen averti va comprendre dans ce scénario un peu dupe ? Qui est le dupé et qui est le dupeur ?

 

La notion d'union sacrée est mal maîtrisée à certains égards et se confond facilement avec la notion de gouvernement d'union nationale alors que ces deux notions sont distinctes et diamétralement opposées. Alors dans ce scénario digne d'un épisode de Tom Sawyer qui nous amusait dans notre adolescence, le citoyen lambda est en droit de se poser légitimement la question de savoir le sort des partis politiques issus de l'opposition après cette fameuse union sacrée. N'est ce pas un piège pour les rendre solidairement responsables des errements du pouvoir ? N'ayant pas de parti politique, les personnalités qui sont cooptés par filiation, copinage, régionalisme, clanisme etc...qui constituent la majorité présidentielle sont-elles déjà unies ? Certaines voix discordantes se font déjà entendre.

 

La coalition entre les deux tours des présidentielles qui a abouti à la victoire n'était pas une union sacrée en miniature ? Quel est l'empreinte ou l'impact de cet attelage politique sur la situation actuelle du pays ? Nous estimons qu'on ne répare pas une erreur par une erreur. Heureusement que le ridicule ne tue pas dans le pays de Boganda et que la démission n'est pas inscrite dans la culture politique centrafricaine, si non on allait déjà capitaliser une demi douzaine même plus. Pour finir, si le pouvoir central est sincère dans sa démarche d'union sacrée, nous l'invitons humblement à associer tout le monde y compris les représentants légitimes des exilés sans oublié de mettre un accent particulier sur la coopération transversale entre les pays voisins. Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c'est moi.                                                                            

 

Paris le 05 Novembre 2016.

 

Bernard SELEMBY DOUDOU

 

Juriste, Administrateur des Elections

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