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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 22:14
Lu pour vous : Centrafrique : le blanchiment des diamants du sang

 

Centrafrique : le blanchiment des diamants du sang

27/10/16 (Mail & Guardian)

Malgré le renforcement de la législation, le trafic de diamants bruts centrafricains dans les villes frontalières de l’est du Cameroun s’intensifie. Cette enquête du journal sud-africain Mail & Guardian raconte comment les trafiquants contournent les lois et la surveillance.

Le marché est haut en couleur dans la bourgade de Gbitti, sur les bords de la rivière Kadéï, dans l’est du Cameroun. Les fermiers s’assoient à même la terre rouge, leurs marchandises étalées devant eux. Sur l’étroite bande d’eau de la Kadéï, qui sépare le Cameroun de la République centrafricaine, des marchands et des acheteurs font péniblement glisser des canoës de bois en tirant sur une corde d’acier tendue d’une rive à l’autre. Des enfants pépient et s’éclaboussent dans les eaux boueuses, à côté de femmes qui battent leur linge sur des pierres. Centrafrique : guerre civile et diamants du sang En ce mois de février, debout sur les rives sableuses de la rivière, un homme vêtu d’un jeans, d’une veste et d’un bonnet gris affiche un air nonchalant. Mais ses yeux le trahissent, lançant des regards furtifs devant et derrière, à droite et à gauche, évaluant les dangers alors qu’il est en train de négocier la livraison de diamants bruts, pour le lundi suivant peut-être.

Soudain, le deal est écourté. Un adolescent brandissant une lance crie depuis l’autre côté de la rivière : “Arrête de parler à notre frère !”

De jeunes hommes armés, membres de la milice chrétienne rebelle antibalaka, qui s’est formée durant la violente guerre civile centrafricaine [de 2013], observaient la scène depuis l’autre rive et ont repéré ma caméra. “Nous avons perdu nos familles pendant la guerre. Nous ne voulons pas être filmés”, me lance un jeune homme portant un bandana rouge vif. “Le diamant dans deux semaines”, marmonne le vendeur. Puis il s’éloigne rapidement pour apaiser le chahut de ses camarades de l’autre côté de la rivière.

De l’argent pour les rebelles

Le commerce illégal de diamants bruts dans les villes frontalières de Gbitti, Kentzou et Garoua-Boulaï, dans l’est du Cameroun, constitue une source de revenus réguliers pour les groupes rebelles des deux camps impliqués dans le conflit qui ensanglante la Centrafrique.

Selon les chiffres des Nations unies, la guerre a fait plus de 5 000 morts et déplacé plus ou moins 1 million de personnes depuis que les rebelles musulmans de la Seleka ont pris le pouvoir il y a trois ans. En représailles, les groupes chrétiens et animistes connus sous le nom d’antibalaka s’en prennent aux musulmans, les repoussant dans le sud du pays, ce qui conduit de facto à une partition du pays.

Même si, en février dernier, les élections ont amené un autre gouvernement au pouvoir, le conflit a anéanti l’économie, provoqué des famines et obligé des centaines de milliers de personnes à fuir, beaucoup partant se réfugier dans les camps de l’ONU au Cameroun. Le gouvernement est trop faible pour prendre pleinement le contrôle de ce pays riche en minerai, et un conflit “de basse intensité” perdure.

Ces violences privent le gouvernement centrafricain de l’importante source de revenus que constitue le commerce du diamant, lequel assurait autrefois 20 % de son budget. Quand la guerre a éclaté, ce petit pays au cœur de l’Afrique a été exclu du processus de Kimberley (PK), un accord de 2003 signé par 81 pays pour certifier l’origine des diamants et éviter de financer des groupes rebelles armés. Privée de cette certification, la Centrafrique a été exclue du marché international des pierres précieuses. [...]

Christian Locka

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