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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 22:49

 

 

Le Monde.fr avec AFP | 24.09.2016 à 17h02 • Mis à jour le 24.09.2016 à 17h20

 

La Convention internationale sur le commerce d’espèces sauvages menacées d’extinction (Cites) s’est ouverte, samedi 24 septembre à Johannesbourg, pour débattre des restrictions commerciales visant quelque 500 espèces.

 

La lutte contre le trafic d’espèces sauvages comme les éléphants ou les rhinocéros, sévèrement menacés par un braconnage largement nourri par la demande de l’Asie, dominera les débats de cette conférence mondiale, organisée tous les trois ans pour réglementer le commerce des animaux et des plantes. Environ 3 500 délégués sont attendus lors de cette rencontre ouverte par le président sud-africain Jacob Zuma, qui s’achèvera le 5 octobre.

 

La Cites est un accord international destiné à protéger la faune et la flore menacées par la surexploitation commerciale. Ce traité, signé par 182 pays plus l’Union européenne, est entré en vigueur en 1975. Il protège, à des degrés divers, 5 600 espèces animales et 30 000 plantes.

 

Eléphants, rhinocéros, pangolins

 

« Nous entamons la rencontre la plus large des quarante-trois ans d’histoire de la Cites », a souligné samedi le secrétaire général de la Cites, John Scanlon, à l’ouverture de la conférence. « Nous allons étudier les restrictions commerciales d’environ 500 espèces d’animaux sauvages et de plantes », en particulier « l’éléphant africain, le rhinocéros, le pangolin » (un mammifère insectivore et nocturne aux singulières écailles). D’âpres débats sont aussi attendus autour de la protection du bois de rose et des requins.

 

L’enjeu de cette nouvelle réunion est capital, selon les ONG. « Au moment où tant d’espèces sont gravement menacées par un braconnage insatiable et le commerce, la réunion aura un pouvoir de vie ou de mort sur des animaux emblématiques comme les éléphants, les rhinocéros, les lions et les pangolins », a prévenu Teresa Telecky, de la Humane Society International. Soit les 182 pays de la Cites « s’entendent pour les protéger au maximum », soit « ils risquent de disparaître », met-elle en garde. Ce trafic de faune sauvage est « perpétré à un stade industriel, alimenté par des groupes criminels transnationaux organisés », avait dénoncé plus tôt M. Scanlon.

 

Légaliser le commerce de cornes et d’ivoire ?

 

Le braconnage alimente un trafic extrêmement lucratif évalué à 20 milliards de dollars par an, selon la Cites, ce qui en fait le quatrième commerce illégal sur la planète après celui des armes, de la contrefaçon et des êtres humains. Rhinocéros et éléphants, prisés respectivement pour leurs cornes et leur ivoire, paient le prix fort.

 

Trois rhinocéros sont tués chaque jour pour leurs cornes, selon l’organisation mondiale de protection de la nature WWF. Ces huit dernières années, plus de 5 000 d’entre eux, soit le quart de leur population mondiale, ont été tués en Afrique du Sud, qui abrite à elle seule 80 % de ces mammifères encore en vie. Leurs cornes sont très recherchées en Asie, où la médecine traditionnelle leur prête des vertus thérapeutiques et aphrodisiaques. Sur le marché noir, le kilo se monnaie plus cher que l’or. De son côté, la population des éléphants vivant dans les savanes d’Afrique a décliné de 30 % entre 2007 et 2014, elle aussi victime pour l’essentiel du braconnage, selon un recensement récent.

 

Le commerce international de cornes de rhinocéros et d’ivoire est officiellement interdit depuis respectivement 1977 et 1989. Mais ces mesures n’ont pas réussi à enrayer les massacres. Au point que certains envisagent désormais de légaliser certains commerces, seule façon selon eux de réduire le braconnage. Le petit royaume du Swaziland va ainsi proposer de lever l’interdiction du commerce de corne de « ses » rhinocéros, mais cette proposition est fermement combattue par les ONG. Le Zimbabwe et la Namibie doivent de leur côté demander la levée de l’interdiction du commerce de l’ivoire pour pouvoir vendre sur le marché leur stock d’ivoire confisqué ou provenant d’éléphants décédés de mort naturelle.

 


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/09/24/la-lutte-contre-le-trafic-d-especes-menacees-au-centre-d-une-conference-mondiale-en-afrique-du-sud_5002966_1652692.html#iGrwTpKTFOrkJjGg.99
 

 

L’inexorable déclin des éléphants d’Afrique

 

Par Pierre Le Hir LE MONDE Le 02.09.2016 à 06h41

 

L’éléphant d’Afrique est en danger de mort. C’est sur ce tragique constat que s’est ouvert, jeudi 1er septembre à Hawaï, le Congrès mondial de la nature organisé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En prélude à ses dix jours de travaux, deux études, rendues publiques la veille, brossent un très sombre tableau de l’état des populations de l’éléphant de savane (Loxodonta africana) et de son cousin de forêt (Loxodonta cyclotis), les deux sous-espèces présentes sur le continent.

 

Un recensement d’ampleur inédite, le Great Elephant Census, révèle que le nombre de pachydermes vivant dans les savanes d’Afrique a chuté de 30 % entre 2007 et 2014. Et ce déclin s’accélère, pour atteindre désormais un taux de 8 % par an.

 

Cette enquête à 7 millions de dollars (6,3 millions d’euros), financée par le cofondateur de Microsoft et mécène Paul Allen, a mobilisé une centaine de scientifiques, avec le concours de plusieurs ONG. Elle a été réalisée sur deux ans, sous forme de survols aériens, par avion ou par hélicoptère, de dix-huit pays totalisant près de 90 % des effectifs d’éléphants de savane du continent.

 

Les conclusions sont accablantes. Alors que, rappellent les chercheurs, l’Afrique a pu compter « plus de 20 millions d’éléphants avant la colonisation européenne », et que leur nombre était encore estimé à 1 million dans les années 1970, il n’en reste plus qu’un tiers aujourd’hui. Soit 352 000 individus en 2014, contre 496 000 en 2007. Leur répartition est très inégale. A eux seuls, le Botswana, le Zimbabwe et la Tanzanie abritent près des trois quarts de l’espèce. Mais la tendance démographique s’inscrit à la baisse sur la plus grande partie du continent, à l’exception de quelques pays où elle se stabilise (comme au Kenya) ou même se redresse (en Ouganda dans l’est, ou au Bénin, au Burkina Faso et au Niger, dans l’ouest).


Le trafic d’ivoire a repris de plus belle

 

Le plus inquiétant est que la situation n’a cessé de se dégrader ces dernières années. Pourtant, l’espèce, décimée pendant les décennies 1970 et 1980, avait commencé à se reconstituer dans certaines régions, à la suite de l’interdiction, en 1989, du commerce international d’ivoire. Cette embellie est terminée.

 

« Si les populations continuent de diminuer au rythme annuel de 8 %, la zone que nous avons étudiée perdra la moitié de ses éléphants de savane tous les neuf ans, préviennent les chercheurs. La disparition de certaines populations est possible, spécialement dans des pays comme le Mali, le Tchad et le Cameroun, où elles sont de petite taille et isolées. »

Les causes de ce recul sont connues. Il s’agit, d’abord, du braconnage des pachydermes, abattus pour l’ivoire de leurs défenses. Ce trafic a repris de plus belle. En 2008, le comité permanent de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) a autorisé la vente à la Chine d’un stock de 108 tonnes d’ivoire provenant de quatre pays d’Afrique australe. « Ce signal, ajouté à l’émergence d’une classe moyenne de Chinois dotés d’un fort pouvoir d’achat, a entraîné la mise en place de réseaux criminels d’exportation d’ivoire, dont la Chine est le principal débouché », décrit Céline Sissler-Bienvenu, directrice pour la France et l’Afrique francophone du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW).

 

L’ivoire, s’il n’est pas doté des prétendues vertus médicinales qui alimentent le trafic de cornes de rhinocéros, constitue, pour les nouveaux riches chinois, un signe de réussite sociale, qu’il soit transformé en décoration, sceau ou baguettes. C’est un marché très juteux, le kilo d’ivoire se négociant environ 1 000 euros. Or, déplore Céline Sissler-Bienvenu, la lutte contre « le trafic d’espèces sauvages n’a jamais été une priorité pour les gouvernements, qu’ils soient occidentaux, asiatiques ou africains ». Le recensement montre que l’on retrouve autant de carcasses d’éléphants dans les aires où ils sont protégés que là où ils ne le sont pas, preuve que ces parcs ou réserves n’empêchent pas leur abattage.

 

Avenir précaire

 

Mais le braconnage n’est pas le seul fléau dont souffrent les éléphants. Ils pâtissent aussi de la perte de leurs habitats naturels devant l’extension des villages, des activités agricoles et de l’élevage, sources de « tensions » entre l’homme et l’animal. « Ces conflits sont plus difficiles à régler, car ils mettent en jeu les politiques d’aménagement du territoire », note la directrice de l’IFAW.

 

Et les éléphants de forêt ? Dissimulés par les houppiers, ils n’ont pas été répertoriés par les survols aériens. Mais leur sort n’est pas plus enviable. Une étude, parue en 2013 dans la revue PlosOne, estimait que leurs peuplements dans les forêts d’Afrique centrale (Cameroun, Congo, Gabon ou République centrafricaine) avaient fondu de plus de 60 % en dix ans. Leur population, de 500 000 individus en 1993, est tombée à moins de 100 000, vingt ans plus tard.

 

Une nouvelle étude, publiée dans le Journal of Applied Ecology le 31 août, esquisse un avenir particulièrement précaire pour ces éléphantidés – plus petits que leurs cousins de savane mais pourchassés eux aussi pour leur ivoire –, jusqu’alors peu étudiés. Il apparaît qu’ils se reproduisent à un rythme beaucoup plus lent que ceux de savane : les femelles mettent bas pour la première fois à l’âge moyen de 23 ans (au lieu de 12 pour leurs cousines), et un intervalle de cinq à six ans sépare deux naissances (contre trois à quatre ans). Si bien que, même s’il était mis fin au braconnage, il faudrait près d’un siècle (précisément quatre-vingt-un ans selon les calculs des chercheurs) pour qu’ils retrouvent leur population des années 2000.

 

Ce n’est malheureusement pas l’éléphant d’Asie (Elephas maximus) qui sauvera cet animal emblématique. De cette espèce – différente de celle d’Afrique – ne subsistent que quelque 40 000 individus. S’ils sont moins traqués pour leur ivoire, seuls les mâles étant pourvus de défenses, ils sont capturés pour effectuer de multiples tâches, notamment dans les coupes forestières. D’Afrique ou d’Asie, l’éléphant peut-il encore être sauvé ?


http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/09/02/l-inexorable-declin-des-elephants-d-afrique_4991313_1652692.html#7VrdXjZSSeDrCcsC.99

 

En dix ans, l’Afrique a perdu 20 % de ses éléphants

 

Le Monde.fr avec AFP Le 25.09.2016 à 17h00

 

La population des éléphants d’Afrique a diminué de 20 % de 2006 à 2015 en raison d’une nette recrudescence du braconnage de l’ivoire, a annoncé, dimanche 25 septembre, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

 

« Le regain de braconnage de l’ivoire qui a commencé approximativement il y a dix ans – le pire que l’Afrique ait connu depuis les années 1970 et 1980 – est le principal facteur à l’origine de ce déclin », a indiqué l’UICN.

 

La Tanzanie a perdu 60 % de ses éléphants

 

Cette organisation qui fait autorité en matière de faune sauvage dit avoir pu dénombrer avec une assez grande exactitude 415 000 éléphants en Afrique dans les zones où ont été menées des recherches approfondies, là où en 2006 on en comptait plus de 500 000.

 

Dans certaines régions comme le Soudan du Sud, le Liberia et les zones de savane de République centrafricaine, aucune étude systématique n’a pu être menée, si bien qu’il est difficile de dire comment y évoluent les populations d’éléphants.

 

Dans certains pays, le recul du nombre d’éléphants est impressionnant. La Tanzanie, qui dépend fortement du tourisme, a connu une chute de 60 % de sa population d’éléphants en dix ans.


http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/09/25/en-dix-ans-l-afrique-a-perdu-20-de-ses-elephants_5003097_1652692.html#cSIdb7Isp9HQiHcb.99

 

 

Cinq enquêtes sur les « écocides »

 

LE MONDE | 29.10.2015 à 11h29 | Par Angela Bolis

 

L’enjeu est majeur, sa prise en compte rare et dérisoire. La criminalité environnementale arrive au quatrième rang des activités illicites dans le monde, après les stupéfiants, la contrefaçon et le trafic des êtres humains, dégageant des profits colossaux, alimentant mafias et groupes armés, avec des impacts sociaux et environnementaux dévastateurs.

 

Tous ces juteux commerces conduisent à la destruction massive de la faune comme de la flore et menacent la sécurité de communautés et de régions entières. Face à ces trafics mondialisés, peu de risques, peu de sanctions. Peu de réflexions aussi.

 

C’est cette lacune que tentent de combler Les Prédateurs. La nature face au crime organisé, au fil d’une enquête, ou plutôt de cinq enquêtes, menées par des journalistes du Monde accompagnés de photographes, dans plus de dix pays.

 

Commerce illégal

 

Julien Bouissou a foulé le paysage lunaire de l’île de Bangka, en Indonésie, minée par l’extraction illégale de cassitérite, transformée en Malaisie avant d’atterrir dans les produits des géants de l’électronique comme Apple ou Intel. Marie-Béatrice Baudet est partie sur les traces des tigres, majestueux félins dans une réserve d’Inde, qu’on retrouve en pièces dans un hangar des autorités américaines de lutte contre le commerce illégal de la faune et la flore à Denver.

 

De Madagascar à la Chine en passant par les ports de Zanzibar et de Hongkong, Laurence Caramel a suivi les routes du bois de rose, reconnaissant dans l’usine d’un fabricant de meubles chinois les lourds rondins au cœur de sang qu’elle avait vu arracher à leurs forêts.

 

En Chine encore, Rémi Barroux a dû ruser pour faire parler les VRP des entreprises vendant des pesticides de contrefaçon, transitant par le port ukrainien d’Odessa avant de se déverser sur le marché européen. En Chine toujours, Gilles van Kote a visité Guiyu, « capitale mondiale des déchets électroniques  », « synonymes d’horreur écologique  », où les villageois démantèlent des claviers d’ordinateurs ou des téléviseurs, comme ceux exportés illégalement par l’entreprise française D3E Recyclage.

 

Durcir la réponse pénale

 

L’enquête ne s’arrête pas au simple constat de ces crimes. Ces informations ont servi à une équipe de juristes internationaux, menée par Laurent Neyret, professeur à l’université de Versailles, pour leur inspirer 35 propositions remises à la garde des sceaux, Christiane Taubira. Ces propositions visent à simplifier, durcir et internationaliser la réponse pénale à ces crimes, dont les plus graves pourraient être reconnus comme « écocides  », estiment-ils.

 

Ce recueil de cinq reportages, publiés dans le journal et sur le site Internet du Monde, a le mérite de lever le voile sur divers visages de l’écocriminalité. Dans cette diversité, une même petite musique  : celle de l’appât du gain et des espoirs de vie meilleure pour les petites mains, de la corruption des autorités et de l’inertie des politiques, de la faiblesse du droit à protéger la nature et, partout, du mépris de l’environnement, qui conditionne pourtant la santé des communautés humaines qui y vivent.

 

Les Prédateurs. La nature face au crime organisé. Une enquête « Le Monde », Ed. Ateliers Henry Dougier, 128 p., 17,25 euros

 

 

http://www.lemonde.fr/decryptages/article/2015/10/29/cinq-enquetes-sur-les-ecocides_4799328_1668393.html#2XcYeqS6vCIoqvIv.99

 

De l’Afrique du Sud à l’Asie, le trafic hors de contrôle des cornes de rhinocéros

 

LE MONDE | 24.09.2016 à 07h37 | Par Sébastien Hervieu (Johannesburg, correspondance)

 

Cedric Coetzee n’est guère rassuré. Une de ses patrouilles de rangers vient de découvrir la 107carcasse de rhinocéros depuis le début de l’année dans sa zone de surveillance. « C’est déjà 25 % de plus qu’à la même période en 2015, soupire le responsable anti-braconnage dans la province côtière sud-africaine du Kwazoulou-Natal. Nos parcs sont devenus des terrains de chasse, et ils sont de plus en plus nombreux. »

 

« Ils », ce sont les braconniers. Avec souvent le même mode opératoire. Ils pénètrent dans la réserve à la nuit tombée, de préférence au clair de lune, par groupes de trois ou quatre. L’équipement de ces locaux, parfois pieds nus, est rudimentaire : un fusil avec un silencieux pour abattre le pachyderme, une hache ou une machette pour arracher les deux cornes du museau, et des téléphones pour prévenir le complice à l’extérieur.

 

« Ils sont efficaces et imaginatifs, certains d’entre eux doivent être d’anciens soldats, avance Cedric CoetzeeIls brouillent les pistes en marchant en arrière, en recouvrant leurs chaussures de chaussettes… »

 

Pour protéger la réserve nationale de Hluhluwe-Umfolozi, appréciée des touristes, le responsable vient de recevoir des Etats-Unis des jumelles de vision de nuit et des caméras thermiques.« On fait au mieux, mais la demande asiatique de corne est si forte et le business si lucratif qu’ils ne sont pas près de s’arrêter », estime-t-il.

 

Vertus médicinales

 

Un braconnier revend le kilo de corne à l’intermédiaire entre 5 000 et 6 000 euros selon plusieurs sources. La marchandise dissimulée est rapidement expédiée vers le Mozambique frontalier pour quitter le continent en bateau, ou vers l’aéroport international de Johannesburg.

 

Au Vietnam, en Thaïlande et en Chine, la corne du mammifère est revendue plus de 50 000 euros au marché noir, davantage que l’or ou la cocaïne. Une demande alimentée par la classe moyenne asiatique en expansion, friande de la poudre de corne à qui elle prête des vertus médicinales traditionnelles (fertilité masculine, guérison du cancer, etc.), non prouvées scientifiquement.

 

La protubérance n’est composée que de fibres de kératine, matière de l’ongle humain, dans laquelle sont aussi sculptés des objets d’art, devenus des signes extérieurs de richesse.

 

Au moment d’accueillir les 2 500 délégués et les 183 parties de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), qui devait s’ouvrir samedi 24 septembre à Johannesburg, la ministre sud-africaine des affaires environnementales, Edna Molewa, peut toutefois présenter un meilleur bilan.

 

En effet, 702 rhinocéros ont été abattus cette année, contre 796 au même moment en 2015. « Notre stratégie de mieux coordonner et de concentrer nos moyens, en particulier dans le parc Kruger, commence à porter ses fruits », explique-t-elle.

 

Des militaires ont été déployés dans le joyau national, grand comme l’Etat d’Israël, en soutien des rangers. Une politique du bâton qui a un coût : plus de 200 suspects, souvent des frontaliers mozambicains, auraient été tués dans la brousse entre 2010 et 2015.

 

« S’attaquer aux barons »

 

L’Afrique du Sud abrite 80 % de la population mondiale de rhinocéros, soit environ 20 000 bêtes. Le nombre de naissances demeure supérieur à celui des morts, mais 6 000 rhinocéros ont été tués depuis 2007, et 2015 fut une année record (1 175).

 

Le parc Kruger devenant plus difficile d’accès, des mafias portent désormais leurs efforts ailleurs dans le pays, comme dans la province du Kwazoulou-Natal. Ou dans des pays frontaliers, au Zimbabwe et en Namibie, qui souffrent d’une recrudescence du braconnage.

 

« Une réponse uniquement défensive et sécuritaire n’est de toute façon pas viable à long terme car le problème est bien plus complexe, estime Julian Rademeyer, enquêteur pour l’ONG Initiative mondiale contre le crime organisé transnational et auteur du livre Killing For Profit (Zebra Press, 2012). C’est comme pour la lutte contre la drogue, il faut s’attaquer en priorité, non pas aux petites mains, facilement remplaçables, mais aux barons qui organisent le trafic depuis l’Asie. Aujourd’hui, ils sont intouchables en raison du manque de volonté politique des pays consommateurs. »

 

Des noms reviennent pourtant régulièrement dans des rapports d’enquête, avec des ramifications de réseaux qui s’étendent jusqu’en Europe. Il y a quelques années, des chasseurs tchèques avaient été spécialement embauchés pour rapporter des trophées de cornes à des acheteurs vietnamiens à l’occasion de chasses légales sur le sol sud-africain. Plusieurs musées français d’histoire naturelle ont également été cambriolés.

 

En Afrique du Sud, par trois fois, des diplomates vietnamiens ont été pris en flagrant délit de transport de corne de rhinocéros dans leurs bagages et véhicules, pensant qu’ils ne seraient pas fouillés. Juste avant le début de la conférence de la Cites, les autorités vietnamiennes ont réaffirmé leur volonté de combattre le trafic, illégal sur leur territoire.

 

« Lors de la précédente réunion de la Cites à Bangkok, il y a trois ans, elles avaient dit la même chose, mais ce fut vite oublié, regrette Colman O’Criodain, spécialiste du commerce d’espèces menacées chez WWF, le Fonds mondial pour la nature. Il faut une volonté politique claire pour que la loi soit réellement appliquée, mais l’élite achète aussi de la corne. » Les pays africains peinent aussi à convaincre la Chine, dont le poids économique est prépondérant sur le continent.

 

Corruption

 

Menées à coups de spots télévisés, avec des stars locales posant près de carcasses de rhinocéros dans le parc Kruger, les campagnes de sensibilisation ont un effet limité, faute de relais au plus haut niveau.

 

En Afrique du Sud, la corruption handicape la lutte contre le braconnage. Derrière les barreaux depuis la fin 2014, le principal responsable présumé du trafic de corne dans le Kwazoulou-Natal a échappé pendant des années à la justice malgré plusieurs arrestations. Des preuves disparaissaient subitement.

 

Des policiers et des rangers furent aussi pris la main dans le sac en possession illégale de cornes. Les services de renseignements sud-africains, mis à mal par des années d’interférences politiques et de mauvaise gestion, sont incapables de lutter contre le crime organisé.

 

Dans un pays où des réserves naturelles ont été créées par les Blancs aux dépens de populations noires, expulsées ou marginalisées de ces territoires, les efforts pour sensibiliser aujourd’hui les communautés locales à la protection des animaux demeurent indispensables. « Quelques programmes autour du parc Kruger ont été mis en place, mais c’est encore trop peu », estime Julian Rademeyer. Pour la jeunesse rurale, souvent pauvre et désœuvrée, la figure du braconnier est encore souvent considérée comme un modèle à suivre pour s’enrichir.

 

Pour les 330 propriétaires privés, qui possèdent un tiers du cheptel national de rhinocéros, la réponse au fléau du braconnage réside dans la légalisation du commerce de la corne. « Il faut fournir autant de cornes que possible aux consommateurs asiatiques, ce qui permettra d’assécher le marché illégal et d’avoir plus d’argent pour protéger les rhinocéros », insiste John Hume, plus grand propriétaire du monde avec ses 1 350 pachydermes dans sa ferme de 8 000 hectares.

 

Comme la plupart des autres éleveurs, il décorne chacune de ses bêtes tous les dix-huit mois lors d’une opération indolore menée en quelques minutes grâce à une flèche anesthésiante pour endormir l’animal et à une scie électrique. Initialement, il s’agissait de dissuader les braconniers, mais les fermiers veulent désormais exploiter ce produit qui repousse de cinq à dix centimètres par an, afin de financer les frais de sécurité, qui ont explosé ces dernières années. John Hume a déjà accumulé cinq tonnes. Un magot virtuel de 250 millions d’euros.

 

Levée du moratoire

 

Le gouvernement sud-africain a refusé de déposer une demande en ce sens lors de la conférence de la Cites, au contraire du royaume du Swaziland, qui réclame de pouvoir écouler 330 kilos de corne. Une requête qui n’a quasiment aucune chance d’aboutir, en raison de l’opposition de l’Union européenne, soutenue par les organisations de défense des animaux, qui craignent un accroissement de la demande.

 

Les éleveurs ont toutefois obtenu cette année la levée du moratoire imposé en 2009 sur le commerce sur le territoire sud-africain – le commerce international étant lui, banni depuis 1977 par la Cites. Pour quelle raison, alors qu’il n’y a pas de marché de consommateurs dans le pays ? « Avant 2009, des propriétaires vendaient leurs cornes d’animaux morts à des marchands, confie Pelham Jones, responsable de l’association des propriétaires privés de rhinocéros en Afrique du Sud. Nous fermions les yeux sur leur destination, même si nous nous doutions bien qu’elles étaient ensuite exportées illégalement vers l’Asie, c’était bénéfique pour tout le monde. »

 

Comme John Hume, il admet que certains propriétaires sont parties prenantes dans l’actuel trafic illégal de cornes vers l’étranger.

 

Auparavant « en danger », le gorille de l’Est (Gorilla beringei), plus grand primate du monde, est aujourd’hui considéré « en danger critique ». Ce changement de situation est dû à un déclin de population de plus de 70 % en vingt ans. On estime aujourd’hui sa population à moins de 5 000 individus. Quatre des six espèces de grands singes sont maintenant classées en « danger critique », à un pas de l’extinction.

 

 

Sébastien Hervieu (Johannesburg, correspondance) Journaliste au Monde


http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/09/24/de-l-afrique-du-sud-a-l-asie-le-trafic-hors-de-controle-des-cornes-de-rhinoceros_5002787_3244.html#ageD0qQkrpTwue0g.99
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