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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 13:24

 

 


Le rapport de mi-parcours publié la semaine dernière par le Panel d’Experts des Nations Unies sur la République Centrafricaine (RCA) révèle que la situation sécuritaire du pays demeure préoccupante. Malgré des améliorations constatées dans les mois qui ont suivi le processus électoral au début de l’année 2016, de nouvelles vagues de violence à partir du mois de juin dans la capitale, Bangui, et dans les régions rurales indiquent que les causes profondes de la violence n’ont toujours pas été résolues.


Maintien d’un climat d’insécurité et poursuite des trafics de minerais


D’après le rapport d’enquête, « les groupes armés déployés à Bangui ont maintenu une position de force, et ont même été en mesure de renforcer leur capacité de déstabilisation », tandis que les groupes armés déployés dans les zones rurales ont étendu leurs zones de contrôle.

 

Depuis le mois de Janvier, des groupes armés et des hommes en armes ont étendu leur présence sur le territoire national, en particulier dans les régions du nord et de l’est. Le Panel rapporte que les factions ex. Seleka ont été en mesure de « maintenir leur capacité de combat à travers les trafics d’armes en provenance du Soudan et de la République Démocratique du Congo ». Dans leurs zones de contrôle, des administrations parallèles et des services de sécurité ont été mis en place par des chefs ex. Seleka. Les activités minières ont continué à attirer les milices armées « motivées par une volonté de piller et d’établir un système parallèle de taxes aux alentours des mines ».


Malgré un profil relativement plus bas, des Anti-Balaka continuent de déstabiliser les communautés de manière plus localisée, en particulier dans les zones où les activités de pastoralisme sont développées. Le rapport indique que « la compétition pour le rackette (des pastoralistes) est une source majeure de la violence perpétrée non seulement par les Anti-balaka mais également par les factions ex. Seleka ». Ce constat révèle que la prédation économique justifie pour beaucoup les violences commises par ces groupes armés.


A Bangui, les tensions entre les forces gouvernementales et une milice locale dirigée par Haroun Gaye et Abdoulaye Hissène, basée dans le quartier musulman au PK5, ont débouché sur des incidents au courant du mois du juin. D’après le Panel d’Experts, « ces incidents ont démontré la fragilité des arrangements sécuritaires » et illustrent le fait que les groupes armés déployés à Bangui ont maintenu une position de force, « ce qui pose un défi de taille au gouvernement dans ses efforts de promouvoir la sécurité ».


Un exemple récent renforce les conclusions du Panel d’Experts. Le 13 août dernier, Hissène accompagné de 35 milices lourdement armées ont forcé un barrage à Bangui, au sein d’un convoi de sept véhicules, pour se rendre dans le nord du pays. Des échanges de tirs ont été mentionnés entre forces gouvernementales et milices armées à la sortie de Bangui, mais ce n’est que plus tard que la Minusca a arrêté la progression du convoi aux alentours de Sibut. Sept hommes ont été arrêtés et transférés à Bangui mais les leaders ont pu s’échapper, ce qui a été source d’importantes tensions entre le gouvernement et la Minusca. A la suite d’une saisie au domicile de Hissène au PK5, 700 armes et munitions ont été retrouvées. La destination du convoi serait certainement les villes de Bria et Kaga-Bandoro où, d’après certains medias locaux, des factions ex. Seleka seraient en train de s’y rassembler. Le 18 août, Bloomberg a rapporté que les milices Seleka ont donné un délai de deux jours au gouvernement pour libérer les prisonniers, sinon ils menacent d’employer « des actions robustes » dans les zones sous leur contrôle.


Des défis importants : la question des groupes armés, la réconciliation, le recyclage des élites et l’embargo sur les armes


Le rapport du Panel d’Experts met à jour un ensemble de défis majeurs que le gouvernement actuel semble échouer à résoudre.


L’échec à négocier des accords de paix avec les groupes armés : malgré la volonté affichée de promouvoir un dialogue avec les groupes armés, les efforts visant à atteindre un consensus ont échoué jusqu'à présent. Pour le Président Touadera, le désarmement est une précondition aux pourparlers. Mais pour les groupes armés, en particulier les leaders ex. Seleka, un arrangement avec le gouvernement visant à intégrer les combattants dans l’Armée Nationale et dans le gouvernement doit être préalable à tout désarmement. Les ex. Seleka réclament également une représentation politique plus grande de la minorité musulmane. Plusieurs déclarations publiques réalisées par le Président Touadera et certains leaders des groupes armés, publiées en annexe du rapport, révèlent des désaccords fondamentaux entre les leaders de l’ex. Seleka et le gouvernement central.


Absence de réconciliation et de politique inclusive : dans son rapport, le Panel dénonce « une inclusion minimale des musulmans au sein de l’appareil étatique » et indique que ce manquement « représente une opportunité ratée qui aurait permis d’envoyer un message politique fort d’inclusion et de réconciliation entre communautés ». Malgré les discours présidentiels qui font de la réconciliation l’une des priorités affichées du gouvernement, le Panel note que parmi les élites politiques et militaires actuelles, il existerait un faible intérêt à promouvoir la réconciliation avec la minorité musulmane, qu’ils continuent de considérer comme des ‘étrangers’. Le Panel note également que la marginalisation des régions du nord et de l’est continue d’alimenter les mécontentements au sein de l’ex. Seleka. Dans le sud-ouest, malgré le fait que « les activités des groupes armés n’affectent pas les mines de diamant », le rapport indique que « la liberté de mouvement et de circulation des opérateurs musulmans est menacée en raison des nombreuses agressions perpétrées sur les réfugiés désireux de rentrer en Centrafrique et sur les personnes déplacées ».


Le recyclage des élites issues du régime de Bozizé et le favoritisme à l’égard des chefs anti-balaka : le Panel note qu’il existe un sentiment fort que « le Président Touadera recycle l’élite politique de l’ère Bozizé ». Le Panel félicite « le Président et le Premier Ministre pour leur décision d’exclure les leaders des groupes armés de la branche exécutive du gouvernement » mais il déplore le fait que le régime actuel accorde un traitement particulier aux milices Anti-balaka. En effet, « certains chefs, notamment Alfred Yekatom aussi connu sous le nom de ‘Rombhot’ et sous sanction de l’ONU, ont été élus à l’Assemblée Nationale. En juillet dernier, Maxime Mokom, un chef Anti-balaka notoire responsable de certaines des violences qui ont secouées le pays en 2015, a été intégré par décret ministériel au sein de la Police nationale. Un autre exemple est le fait que « des milices anti-balaka qui ont servi dans les forces de sécurité nationale par le passé, ont de facto, un accès plus facile au processus de réintégration », notamment du fait qu’elles sont restées active dans les zones où l’autorité de l’État est progressivement restaurée.


Le débat sur l’embargo sur les armes et la Réforme du Secteur de la Sécurité : le gouvernement a de manière répétée lancé un appel visant à mettre fin à l’embargo sur les armes. Le Panel note cependant que « aucune requête formelle n’a été soumise au Conseil de Sécurité ». D’après les élites politiques, « l’embargo perpétue un déséquilibre des forces entre les forces nationales et les groupes armés puisque ces derniers continuent de bénéficier du commerce illicite des armes ». Toutefois, le Panel considère que la levée de l’embargo représente un enjeu complexe compte tenu des abus commis par les Forces Armées Nationales (FACA) ainsi que le manque, jusqu'à ce jour, de réformes effectives au sein des FACA.


En effet, suite aux violences du mois d’Octobre 2015, les autorités de la transition avaient souhaité que certains soldats conservent leurs armes chez eux. Ces « unités FACA irrégulières », placées hors de la chaine de commande centrale et de la supervision des troupes de la Minusca, avaient permis dans un premier temps de restaurer le calme dans la capitale, mais elles ont rapidement commencé à racketter la population et à commettre des abus à des barrières non-officielles. Pour exemple, un soldat de la Minusca a été tué par l’une de ces unités irrégulières. A ce jour, celles-ci continuent d’opérer. Le Panel indique que le manque structurel de capacité à maintenir et contrôler des unités FACA sur le terrain est en enjeu de taille.


Le mandat de la Minusca inclut une assistance au gouvernement en vue de développer une réforme du secteur de la sécurité qui doit permettre d’intégrer un nombre restreint de combattants au sein des services de l’État. L’intégration suppose un accord visant à définir les critères d’éligibilité et mettre en place une procédure de veto, mais jusqu'à ce jour, ces accords n’existent pas. Un processus de vérification des FACA est en cours mais tous ne jouissent pas de chances égales pour s’enregistrer à Bangui, en particulier ceux issus des factions ex. Seleka ou vivant en zones contrôlées par les ex. Seleka. Toutefois, le peu qui sont enregistrés continuent d’opérer au sein des groupes armés. Par exemple, parmi le MPC – l’une des faction ex. Seleka – 14 combattants sont enregistrés et continuent de recevoir un salaire en tant que soldats FACA. Le Panel donne l’exemple d’un soldat FACA enregistré et qui est actuellement le Directeur Général de la gendarmerie contrôlée par le MPC dans la ville de Kaga-Bandoro.


Justice et Réconciliation, des pistes de sortie de crise


Le rapport du Panel d’Experts de l’ONU nous rappelle que le gouvernement et la communauté internationale échouent à adresser les causes profondes du conflit en République Centrafricaine. Le manque de consensus entre le gouvernement (accusé de recycler l’élite issue du régime de Bozizé) et les groupes armés, risque de déboucher sur une réunification des forces Seleka qui pourrait avoir un effet néfaste durable sur les efforts de paix. Afin de mettre fin aux hostilités, le gouvernement de la RCA devra considérer un changement de stratégie, en incluant notamment deux piliers toujours cruciaux - la fin de l’impunité pour les auteurs de crimes ; et la mise en œuvre d’un plan effectif de cohabitation pacifique entre communautés avec pour objectif la réconciliation, qui passera notamment par une inclusion politique de la minorité musulmane.

République Centrafricaine : Un récent rapport d’enquête des Nations Unies révèle les échecs à résoudre les causes profondes du conflit
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