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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 17:26

 

 

25 août 2016 à 15h17 jeune Afrique 

 

par Didier Niewiadowski Didier Niewiadowski est universitaire et ancien conseiller de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France à Bangui (Centrafrique) et à celle de Praia (Cap-Vert).

 

Les Camerounais ont toujours manifesté un peu de condescendance envers les Centrafricains. De même, les autorités camerounaises se sont résignées à l’instabilité chronique qui règne à Bangui et aux inconséquences d’une classe politique dépourvue de scrupules pour se maintenir au pouvoir.

 

Alors que depuis 1960, le Cameroun n’a connu que deux chefs de l’État, le palais de la Renaissance de Bangui a vu passer neuf locataires, dont deux fois David Dacko.

 

Les tourments actuels du président Paul Biya viennent, bien sûr, de Boko Haram qui met la région de l’Extrême nord en état de siège, mais aussi des conséquences de la crise centrafricaine qui s’installe dans la durée. Si la lutte contre Boko Haram est une affaire régionale avec le concours du Niger, du Tchad, du Nigeria et l’appui des Occidentaux, en revanche, il revient au Cameroun, seul, de prendre la mesure des problèmes collatéraux venant de la crise centrafricaine et d’y faire face.

 

Si l’élection de l’ancien Premier ministre du président Bozizé a été plutôt bien accueillie, en revanche, beaucoup doutent de la capacité du gouvernement centrafricain actuel pour réussir la réconciliation nationale et lutter contre l’impunité, cause majeure du recyclage des élites centrafricaines et de la mauvaise gouvernance. Devant cette situation dégradée, les autorités camerounaises entendent prendre des mesures unilatérales qui risquent de compliquer davantage le programme politique du président centrafricain. Trois exemples récents peuvent être mis en exergue :

 

La question des réfugiés centrafricains au Cameroun

 

Près de 200 000 Centrafricains, en majorité de confession musulmane, vivent au Cameroun, depuis maintenant plus de deux années. Une grande partie de ces réfugiés vivent dans une petite dizaine de camps, administrés par le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) et dans des conditions particulièrement difficiles. Les réfugiés isolés dans les villages de la région Est souffrent également des tensions avec les villageois dont ils ne partageant souvent ni la langue ni la religion.

 

La détresse de ces Centrafricains constitue une bombe à retardement et peut engendrer une maturation du radicalisme islamiste. Alors que le HCR est à court de financements et que le Cameroun a d’autres préoccupations avec le terrorisme dans l’Extrême nord, ces camps sont délaissés par l’État centrafricain. Beaucoup de réfugiés ont perdu leur état civil, leurs titres fonciers et leurs biens immobiliers, sans réaction des autorités centrafricaines.

 

Le Cameroun peut difficilement s’accommoder de cet abandon. Le rapatriement de ces réfugiés dans leur pays d’origine constitue désormais une possibilité de plus en plus probable pour le Cameroun, quel que soit le contexte centrafricain.

 

Le corridor Douala-Beloko-Bangui, foyer de toutes les illégalités

 

Ce cordon ombilical de la Centrafrique, n’a jamais été aussi problématique. À Douala, le Guichet unique centrafricain des opérations d’import-export est devenu un foyer de l’illégalité : fraude documentaire, usurpation d’identité, faux diplomates, corruption endémique, trafics de marchandises illicites, non respect de l’embargo sur les importations d’armes et les exportations de diamants. La liste est longue des pratiques illégales qui irradient la région du Littoral.

 

Les autorités centrafricaines sont peu réceptives aux demandes réitérées d’assainissement. Le parcours camerounais du corridor est aussi semé de « tracasseries » sonnantes et trébuchantes pénalisantes pour le transport des marchandises centrafricaines mais qui contribuent aussi à développer les mauvaises pratiques au Cameroun.

 

Quant au trajet centrafricain, de Beloko à Bangui, en dépit de la protection assurée par les Casques bleus, il pourrait fournir un scénario à un remake du film Le salaire de la peur. De nombreux chauffeurs camerounais y ont perdu la vie. À défaut d’une réelle implication des autorités centrafricaines et d’une plus grande implication de la Minusca, le gouvernement camerounais pourrait prendre des mesures conservatoires afin de mieux le contrôler et de protéger ses ressortissants.

 

La protection de la frontière avec la Centrafrique devient une priorité

 

La porosité de la frontière avec la Centrafrique, longue de 800 km, permet les incursions criminelles des bandes armées, de plus en plus fréquentes et déstabilisatrices. Les autorités camerounaises ont décidé de réagir avec fermeté en renforçant les effectifs militaires et notamment de la gendarmerie, en multipliant les contrôles approfondis de l’émigration-immigration et en assurant un véritable suivi des opérateurs économiques et des mouvements de transhumance des Peuls Mbororos.

 

À ces mesures d’ordre interne s’ajoute la décision de renforcer le contingent camerounais au sein de la Minusca. Les 750 Casques bleus camerounais affectés à la mission de pacification en Centrafrique pourraient aussi jouer un rôle de prévention de l’ordre public au Cameroun. De manière inhabituelle, ce contingent avait été reçu, avec solennité à Yaoundé, avant leur départ.

 

Chaque Casque bleu a été invité à signer un contrat individuel et les indemnités mensuelles ont été portées à 450 000 CFA. Certes, les mouvements d’humeur des anciens Casques bleus ont joué dans cette nouvelle considération envers ces militaires mais on peut aussi y voir la volonté de dépasser la seule mission internationale pour prendre en compte aussi des considérations nationales d’ordre public.

 

Déjà, deux députés centrafricains se sont plaints des militaires camerounais, ayant un comportement proche de celui d’un corps expéditionnaire. Par pure coïncidence, c’est avec une publicité inhabituelle qu’a été annoncée, à la mi-juillet 2016, la libération des onze otages camerounais, détenus dans cette région depuis mars 2015. Une zone tampon de défense préventive est peut-être en voie de création dans cette région du nord-est de la Centrafrique où l’insécurité est loin d’avoir été éradiquée.

 

Le Cameroun a perdu, depuis longtemps, toute illusion sur l’efficacité de la Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (Cemac). Les règles communautaires tenant à la libre circulation des personnes et des marchandises ne sont pas considérées comme des dogmes. En signant unilatéralement un Accord de partenariat économique avec l’Union européenne, le Cameroun a rappelé que la défense de ses intérêts nationaux l’emportait sur la solidarité communautaire.

 

Didier Niewiadowski

Lu pour vous : Pourquoi le Cameroun se raidit face à la crise centrafricaine

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