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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 12:48

 

 

Par JusticeInfo - 30/08/2016

 

Didier Niewiadowski est un juriste français et ancien conseiller à l’ambassade française à Bangui (2008-2012)

 

Didier Niewiadowski est un juriste français et ancien conseiller à l’ambassade française à Bangui (2008-2012). Dans une interview avec JusticeInfo en Juin dernier, il a exhorté le nouveau président de la République centrafricaine Faustin Archange Touadéra à mettre en place rapidement un processus de justice transitionnelle. Il est désillusionné aujourd’hui. Il pense que le nouveau gouvernement a mis de côté la justice transitionnelle. Il souligne le fait que les chefs de guerre de l’ex-Séléka * continuent de commettre des exactions sur des civils, et à la récente libération conditionnelle de l’ancien ministre de la Défense Jean-Francis Bozizé, fils de l’ex-président **.


Comment voyez-vous la libération conditionnelle de Jean-François Bozizé à un moment où les Centrafricains veulent la justice?

 

Sa libération conditionnelle est une plaisanterie qui ne fait pas rire les Centrafricains. Le procureur du pays n’a-t-il pas émis un mandat d’arrêt contre lui le 14 mai 2014, pour des accusations très graves? Il faut aussi rappeler que les chefs de guerre de l’ex-Séléka circulent librement bien qu’il y ait des mandats d’arrêt pour eux aussi, car ils ont commis des exactions sur d’innombrables Centrafricains. N’oublions pas que près d’un million de réfugiés Centrafricains et des personnes déplacées vivent sous la tente dans la plus grande misère.

 

Vous pensez donc que le nouveau gouvernement n’est pas pressé de lancer un processus de justice transitionnelle?

 

Le Président Faustin-Archange Touadera et le Premier ministre Mathieu Simplice Sarandji ne semblent pas conscients des avantages de la justice transitionnelle. La seule chose qui compte est pour eux le financement de séminaires et d’autres initiatives de sensibilisation qui lui sont liés. En RCA tout le monde est plus ou moins impliqué dans le détournement de fonds, falsification, corruption et ainsi de suite. L’impunité est la condition de survie politique, car tôt ou tard vous serez pris. Comme d’habitude, seul le menu fretin sera remis au système de justice. De même, aucune personnalité politique de la transition ne sera inquiétée, et encore moins de la période de la présidence Bozizé, puisque beaucoup de gens qui se trouvaient dans ce régime autocratique et corrompu sont maintenant de retour au sein du gouvernement.

 

Donc, quelles pourraient être les conséquences pour lui-même et le président Touadera pour la République centrafricaine?

 

Quand il était premier ministre sous Bozizé (2008-2013), Touadera était fortement sous l’influence de Sylvain Ndoutingaï, ministre d’État et le neveu du président, et bien sûr le clan Bozizé. Touadera est un homme qui a le sens de l’intérêt public, modeste et pas tellement intéressé par l’argent. Il est avant tout un universitaire qui est un peu perdu dans ce monde de roues-traitant qui est de la République centrafricaine. Les Centrafricains l’ont élu sachant ce qu’ils faisaient. Malheureusement, il a de mauvais conseillers et les gens qu’il a nommés au cabinet et le gouvernement ne sont guère compatibles avec son slogan « rupture avec le passé. » Les Centrafricains sont déçus et ont l’impression qu’ils ont été pris pour un tour. Il est comme Bozizé à nouveau sans Bozizé. Il pourrait finir de la même façon.

Une table ronde des donateurs doit avoir lieu en novembre sur le programme de (DDRR) désarmement, la démobilisation, la réintégration et rapatriement en RCA. Pensez-vous que les donateurs potentiels peuvent hésiter à cause de ce manque de mesures concrètes sur la justice transitionnelle?

 

Le gouvernement de l’Afrique centrale met le coût du programme DDRR à 45 milliards de francs CFA. Le projet de loi sera présenté à Bruxelles en Novembre à la table ronde. En RCA, tout recommence sans tenir compte du passé. Ce sera la troisième table ronde à Bruxelles. La plupart des participants d’Afrique centrale ont pris part, avant. D’autre part, les experts et les diplomates internationaux découvrent les problèmes de la RCA pour la première fois. Donc, ils sont sensibles aux arguments présentés. Les missions diplomatiques devraient faire en sorte qu’ils aient de bonnes archives de sorte qu’ils ne soient pas dupés par les politiciens qui obtiennent toujours de revenir au pouvoir en dépit de leur passé.


Le gouvernement présentera les choses que les donateurs veulent entendre. Il suffit pour le gouvernement de connaître les exigences des donateurs et il adaptera. Donc, il présentera le budget que le FMI veut. Par exemple en réactivant une Cour des comptes abandonnée pendant des années pour poursuivre une commission électorale de 2011 de transition illusoire, alors que la commission électorale indépendante de l’année 2010 ne soit pas tenu responsable. Ou le sondage dans un Haut Conseil de la Communication 2011 dont le président est mort. Ils jouent à la galerie, mais les donateurs mordent l’appât à chaque fois. Ils ont mis en prison un pauvre petit fonctionnaire en grande pompe médiatique alors que les ministres ne seront pas touchés. Voilà comment il en a toujours été en République centrafricaine.

Y justice transitionnelle et DDRR étroitement liée à la République centrafricaine, comme certains le disent? Peut-on réussir si l’autre échoue?

 

Malgré les avantages potentiels évidents de la mise en place des mécanismes de justice transitionnelle, je ne pense pas que le gouvernement actuel envisage un instant de faire. De la même manière, DDRR est une machine ridiculement complexe inventée par les technocrates de l’ONU dans les bureaux climatisés de New York. Il est repris par des soldats retraités, souvent généraux, qui voient des opportunités intéressantes, d’autant plus que les sommes d’argent en jeu sont considérables. Pensez – vous que les chefs de guerre, souvent étrangers, qui règnent sur les mines et la population locale vont renoncer à leurs belles vies pour retourner dans leurs villages pour des sommes d’argent, ou pour l’intégration de bas niveau dans l’armée? Je suis très sceptique quant à ces programmes technocratiques, et je crains que la RCA poursuivra son inexorable délitement, avec un pays découpé en une multitude de fiefs. Comme en Somalie, le pouvoir du gouvernement reconnu par l’ONU couvrira environ quelques km2 dans la capitale et ses membres seront basés dans quelques grands hôtels fortement protégés. Le gouvernement actuel à Bangui contrôle à peine un quart du pays. Comment est – il censé mettre en œuvre DDRR dans les trois autres quarts?


Que peut-on faire pour arrêter la RCA de devenir comme la Somalie?

 

Malheureusement, la Constitution ne nous permet pas vraiment d’envisager une solution à la crise. Il a été établi plutôt comme amateur sans réelle volonté de changer la gouvernance, et adoptée par référendum dans la plus grande opacité en Décembre 2015, quelques jours seulement avant les élections présidentielles et législatives. Je ne pense pas que la création d’un Sénat et d’une copie exacte de la Constitution française sera en mesure de donner un regain d’espoir à la population. Ce qui était nécessaire était de réduire les pouvoirs centraux et d’introduire une réelle décentralisation, abolir l’ élection du président au suffrage universel pour créer une forme de gouvernance parlementaire, rétablir l’autorité politique et administrative des chefs traditionnels, donner la priorité absolue à l’éducation et non à l’armée et interdire les politiciens corrompus en les rendant inadmissibles à tous les postes politiques et administratifs élus.

 


* Séléka est une coalition rebelle qui a chassé le président François Bozizé du pouvoir en Mars 2013 et qui est liée à des atrocités de masse contre la population. Le Séléka ont combattu par la milice anti-balaka auto-défense qui, à son tour commis de graves abus.


** Jean-Francis Bozizé est chargé dans le cadre de détournement de fonds publics et les actes de violence perpétrés en 2013 lorsque son père, l’ex-président François Bozizé, a été évincé. Après trois ans d’exil au Kenya, Bozizé le cadet se présenta au début d’Août à la Mission de l’ONU en RCA, ce qui lui a remis aux autorités centrafricaines. Ils lui ont accordé une libération conditionnelle.

Lu pour vous : Centrafrique : «L’impunité est une condition pour la survie politique» (Ephrem Rugiririza)

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