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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 22:41
Hommage à BAMBOTE MAKOMBO

 

Son cercueil enseveli du drapeau centrafricain, Bambote Makombo a été porté en terre dans un cimetière de Montréal, au Québec, pays où il s'était exilé depuis des lustres, loin de son Bangassou natal resté toujours très cher dans son coeur. Avant de s'en aller, l'illustre disparu a choisi d'honorer régulièrement Centrafrique-Presse de ses précieux et derniers écrits et poèmes. La rédaction lui en sera éternellement reconnaissante et est fière de lui avoir ainsi ouvert ses colonnes, ce qui constitue pour elle un immense privilège. Nous le pleurerons donc à jamais !

 

Nous publions ci-après, les différents écrits en guise d'hommage que sa veuve, Mme Nicole VANDENBOSSCHE nous a gentiment fait parvenir. Nous en la remercions et tenons à lui renouveler nos condoléances les plus émues et toute notre compassion. Il s'agit de M. Gabriel DANZI et de Laetitia ZONZAMBE pour sa chanson. Nous les remercions également en passant. 

 

Adieu BAMBOTE, cher confrère, après une vie aussi bien remplie, tu peux reposer en paix et ta mémoire restera toujours gravée dans nos coeurs ! 

 

Pour la Rédaction

 

Prosper N'DOUBA

 

 

La mort…

La mort…

Quand elle nous touche dans ceux que l’on aime,  elle nous dévaste.

C’est le cas depuis dix jours.

 

Samedi 16 juin2016

 

                        Bamboté a quitté

                       Bamboté m’a quittée

                        Bamboté nous a quittés

 

Il nous laisse son empreinte, ses mots, ses gestes, ses caresses, ses silences et quelques certitudes, celles qui l’ont aidé à bâtir sa vie.

 

D’où venait-il?

 

Il est né en Afrique, au cœur de l’Afrique, en Oubangui-Chari La république Centrafricaine. Il est né un matin à l’heure où le soleil pointe derrière les baobabs et augure la chaleur qui va suivre. Sa  mère, Mandapu a 15 ans.

Son père, c’est Battila.

 

Il m’a dit souvent; ``mon père m’a tout appris``

 

Heureusement car Bamboté se retrouve seul en France, pays si différent, pour y continuer ses études. Il connaît de difficiles épreuves. Comment a-t-il fait pour ne pas perdre pied?

 

Son père lui avait tout appris. L’Afrique lui avait tout appris.

                         L’Afrique, pays des sages,

                                          - De la parole pesée  

                                          - de la parole rare

                                          - du danger toujours guettant que les chants la danse exorcisent.

 

Son père avait été son guide. Il lui répétait

 

  1. qu’il n’était jamais seul, les ancêtres veillaient.
  2.  Que rien ne valait la Nature qu’il fallait évoluer avec elle, la regarder, la respecter.
  3. Enfin qu’il était de la lignée du roi Bangassou avec tout ce que cela comportait.
  4. Au contact de son père, utilisé par le colonisateur comme responsable  de la région de Ouadda, il découvre très vite les  duretés de la vie des hommes et l’implacabilité de la colonisation. Il voit les travaux forcés, les travailleurs obligés de produire du caoutchouc, soumis aux durs impôts, recevant la chicotte ou jetés en prison. Il voit les blessés au dispensaire qui meurent sans soin.

 

 La colonisation qui broie les corps, dévalorise aussi la culture, les croyances.

 

C’est pour échapper à cette condition aliénante que son père l’envoie chez son oncle Sayo Bangassou pour y recevoir l’éducation de la cour. La lignée s’écoule sur 500 ans d’histoire .Il va écouter, voir comment on dirige un état, comment on rend la justice, il va y apprendre l’exigence et l’humilité. Voir, écouter, se taire.

 

    C’est avec ce bagage d’expérience qu’il aborde la France et y fait L’école supérieure de journalisme de Paris Il devient Journaliste. Puis il obtient un diplôme de l’École des Hautes Études des sciences sociales de Paris.

 

Il rentre au pays pour servir. Il devient Directeur Général de l’information et Directeur de l’hebdomadaire gouvernemental ``Terre Africaine``.

 

Il est heureux il peut travailler à la fois dans son domaine et pour son pays. Il commence alors son travail d’écriture,  touché par la détresse et les difficultés que rencontrent les centrafricains.

 

           -Deux oiseaux de l’Oubangui

          - le grand état central

           -Chant funèbre pour un héros d’Afrique

         -Technique pour rien

          - Civilisation des autres

          - La poésie est dans l’Histoire

         - Journal d’un paysan d’Afrique centrale

 

 Après le pustch    du Général  Bokassa, il est nommé Ambassadeur de Centrafrique auprès de l’UNESCO.

 

Il écrit toujours soutenu par une quête du passé, la recherche de l’identité d’un peuple dont il sent bien que celui-ci a besoin. C’est dans l’histoire du peuple Bandia- Zakara

qu’il plonge pour cette recherche d’identité. Il y retrouve

 

-la permanence du sacré

-le culte des ancêtres

 -La présence du rituel initiatique

-les récits cosmogoniques épiques fondateurs.

Bamboté est animiste.

 

À l’UNESCO, Bamboté se sent combattant. À la tête d’un groupe, il travaille à trouver des solutions pour combattre l’illettrisme et les bidonvilles. Il publie ``princesse Mandapu``. Invité à une émission de Pivot il soulève la colère Bokassa.

 

De son passage près du pouvoir, il constate la corruption et la gabegie. Alors que Bokassa décide de s’autoproclamer « EMPEREUR », Bamboté est le premier diplomate centrafricain à poser un acte de bravoure et de lucidité. Il l’écrit dans JEUNE AFRIQUE. Il démissionne de son poste d’ambassadeur et prend une décision importante dans l’espace politique centrafricain.

 

     Il arrive en exil au Canada, il est reconnu `réfugié`` et demeure au Québec.

 

Bamboté, je te remercie et je t’admire pour avoir résisté aux chants des sirènes et à la corruption, de ne pas être devenu un``nègre-blanc`` C’est un laisser-passer pour l’avenir de ton travail, pour tes kilomètres d’écriture, pour ta réputation d’homme éclairé devant tous les centrafricains et ceux à venir.

 

Il aimait ce pays, le Québec! Il l’adoptait. ``Quel beau pays ! me disait-il  ``Quel espace! Pas de cris, personne ne vous agresse!

 

Être un réfugié est difficile, c’est dur, ne plus être reconnu dans ses compétences c’est insupportable, ne pas trouver de travail c’est féroce et injuste. Comment faire vivre sa famille?

 

Il lui a fallu résister, ne pas couler, se conduire selon les principes reçus de son père et à la cour de Sayo, principes qui l’avaient nourri. Et toujours l’exigence de l’écriture qui impose sa discipline où il entrait dans un autre univers…

 

Bamboté, je me suis trouvée dans ton chemin à ce moment- là.  Était-ce prédestiné?

 

Un lien fort s’est tissé d’être humain à un autre être humain.

 

UN être humain qui n’a rien, n’est-il rien?

 

La question était là parmi les dizaines d’autres plus urgentes : il y avait la douleur d’Alexandre et la bagarre pour ne pas le perdre. Il y avait les démarches d’immigration et ses multiples remises, les documents qui n’arrivaient pas. L’argent parcimonieux. Mes enfants déjà présents pour qui la situation n’était pas simple et qui ruaient parfois mais que j’aimais très fort.

 

Et comme un long fleuve peut-être aussi torrentueux, il y eut deux miracles : Le prix des Etudes françaises de l’U.de Montréal pour les `Nouvelles de Bangui` et notre Guillaume héritier de l’énergie de mille ancêtres.

 

 Un troisième miracle arrivait ensuite, notre Jade avec sa belle âme!

 

Il ne nous restait qu’à être heureux avec notre belle famille et plein de petits enfants. Nous  l’étions si fort, si chaque jour toujours avec ton ``écriture``  et ses corollaires. C’est-à-dire : consulter les nouvelles du monde, en discuter. Tu connaissais si bien la géopolitique que tu étais une vraie mine de renseignements et tu m’aidais à comprendre le sens profond d’évènements souvent incompréhensibles à première vue.

 

Toute ta vie tu as écrit, tous les jours nous avons parlé de Centrafrique. Encore une fois nous avons vu se répéter les mêmes dérives les mêmes exactions  dont les centrafricains paient le prix, celui du sang!

 

Mais le 16 juillet, tu nous as quittés. Nous pleurons tous. Jamais nous n’avons autant parlé de toi.

 

Nous te laissons partir mon Bamboté vers Ouadda là-bas, vers Bangassou à la cour de Sayo  ou te baigner dans la rivière Pipi ou dans l’Oubangui. Peut-être comme lorsque tu étais petit t’accroupis-tu dans les herbes pour mieux observer le parcours d’un jeune serpenteau? Les lions et les panthères ne seront pas loin, tu leur parleras!

 

Moi, mon amour, je te porte dans le cœur, chaque jour je te retrouve dans et entre toutes les lignes de tes livres. Et tu me demanderas encore :``Aimes-tu?``

 

Longueuil le 25 juillet 2016

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