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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 12:54

 

 

Par Le Monde Afrique

 

LE MONDE Le 28.06.2016 à 12h10 • Mis à jour le 28.06.2016 à 12h26

 

Selon une enquête de l’ONG Human Rights Watch (HRW) rendue publique lundi 27 juin, dix-huit personnes ont été exécutées de sang froid et sans procédure judiciaire, à Bangui, la capitale centrafricaine, par les membres de l’Office central de répression du banditisme (OCRB), entre avril 2015 et mars 2016.

 

Robert Yékoua-Ketté, ancien directeur de l’OCRB, démis de ses fonctions le 8 juin, serait impliqué directement dans treize de ces meurtres. HRW réclame au nouveau gouvernement de Faustin-Archange Touadéral’ouverture « d’une enquête efficace et transparente sur toutes les exécutions extrajudiciaires qui auraient été commises par l’OCRB » afin de « montrer aux Centrafricains que même les commandants “intouchablesdevront rendre des comptes. »

 

Robert Yékoua-Ketté a été affublé du surnom de « shérif de Bangui » à cause son chapeau de cow-boy et de sa réputation de tuer sans autre forme de procès des criminels présumés. Interrogé par RFI, il a déclaré : « Non, mais écoutez ! Vous parlez de quoi, là ? De tueries extrajudiciaires ? Moi, je ne sais pas. De toute façon, ce n’est pas Yékoua-Ketté qui l’a fait, se justifie-t-il, c’est l’Office central de répression du banditisme. Ce n’est pas un individu, c’est l’OCRB. »

 

Extraits du rapport de HRW sur l’identité des dix-huit victimes et des circonstances de leur exécution.

 

Alfred Yawi, tué entre le 24 et le 26 avril 2015

 

Alfred Yawi, 35 ans, quatre enfants, a été arrêté par M. Yékoua-Ketté et des agents de l’OCRB près du quartier PK13 à Bangui, dans l’après-midi du 24 avril. Un témoin rapporte qu’il n’a pas résisté à son arrestation. Le 26 avril, des membres de sa famille ont entendu une annonce à la radio indiquant qu’un corps avait été retrouvé au bord du fleuve Oubangui dans le 2e arrondissement. La victime, identifiée comme étant Yawi, avait les mains liées dans le dos au moment de son exécution.

 

Nathan Badi et Saint-Cyr Dezoua, tués le 31 juillet 2015

 

Des témoins ont vu Nathan Badi, 28 ans, et Saint-Cyr Dezoua, 25 ans, fuir en courant un véhicule de l’OCRB dans le quartier Miskine le 31 juillet 2015. Ils n’étaient pas armés. Un témoin a déclaré avoir « entendu des coups de feu, environ une minute après les avoir vus fuir ». « Le lendemain, je suis allé directement à la morgue et j’ai vu les garçons. Saint-Cyr avait deux balles dans la poitrine. »

 

Emmanuel Régavé et Isaac, tués le 22 octobre 2015

 

Emmanuel Régavé a été arrêté par la police en même temps qu’un ressortissant congolais connu sous le nom d’Isaac, le 22 octobre dans le quartier Ouango. Les deux hommes étaient accusés de vol. « L’un des hommes de Yékoua-Kétté a tiré deux balles en l’air pour nous faire fuir, puis il a tiré rapidement sur Emmanuel et le Congolais », a rapporté un témoin.M. Yékoua-Ketté était présent. Les corps ont été laissés au sol.

 

Samson Ndakouzou et Urie Kolaba, tués le 24 octobre 2015

 

Ndakouzou, suspecté de vol et Kolaba, complice présumé de Régavé, ont été tués dans un secteur du 7e arrondissement, appelé le Jardin des fleurs, un terrain vague à proximité de quelques maisons. Un témoin a déclaré que M. Yékoua-Ketté avait supervisé l’exécution : « Après avoir tiré sur Urie, ils ont demandé à Samson de se retourner. Il avait les mains attachées dans le dos. Ils ont tiré dans le dos et à la gorge. »

 

Romaric Vounbo, tué le 28 octobre 2015

 

Romaric Vounbo, 28 ans, a été arrêté pour vol et détenu à la prison de Ngaragba. Le 28 septembre, il fut l’un des 500 à 700 prisonniers à s’enfuir lors d’une évasion massive. Des passants l’ont identifié le 28 octobre alors qu’il prenait un verre dans un bar de La Kouanga. La police est venue l’arrêter. Il a ensuite été emmené près du Jardin des fleurs, où M. Yékoua-Ketté l’a exécuté en personne. Il lui a tiré dans le ventre à deux reprises. L’un des témoins a précisé que, comme il ne s’écroulait pas : « Yékoua-Ketté lui a ordonné d’ouvrir la bouche, mais [Vounbo] a refusé. Yékoua-Ketté a mis de force son revolver dans la bouche et a tiré. Sa cervelle a explosé à l’arrière du crâne. » Un autre témoin s’est étonné : « Comment peuvent-ils arrêter quelqu’un à 16 heures et le tuer comme ça à 17 h 30 ? »

 

Gervais Magna, tué le 4 novembre 2015

 

Gervais Magna dirigeait un groupe anti-balaka, ces milices d’autodéfense majoritairement chrétiennes et animistes. Le 3 novembre 2015, une adolescente de 16 ans est morte dans son village et Gervais Magna a pris la tête d’un groupe qui battu à mort une vieille femme accusée d’avoir causé la mort de la jeune fille par sorcellerie. Des témoins ont affirmé que Yékoua-Ketté est arrivé l’après-midi suivant et a emmené Magna. Le lendemain matin, la famille a reçu un appel indiquant que le corps de Magna avait été retrouvé le long de la route principale menant à la capitale.

 

Jordi Befio, tué entre le 5 et le 7 décembre 2015

 

Jordi Befio, 19 ans, a été arrêté le 5 décembre par l’OCRB au cours d’une bagarre au marché de Pétévo. Un témoin a déclaré que M. Yékoua-Ketté est arrivé pendant la lutte et est sorti de son pick-up pour évaluer la situation. Le témoin a expliqué que Befio avait un couteau, mais l’a lâché immédiatement sur les ordres des agents de l’OCRB, qui l’ont arrêté. Le 7 décembre, la famille a retrouvé son corps le long des rives du fleuve Oubangui.

 

Raymond Gongalut, tué le 24 ou le 25 décembre 2015

 

Raymond Gongalut, membre présumé d’un groupe anti-balaka, a été arrêté sur sa moto le 24 décembre 2015. Des témoins ont déclaré qu’il tenait une grenade mais n’a pas résisté quand les agents de l’OCRB l’ont désarmé. Son corps a été retrouvé le lendemain à la morgue avec quatre balles dans le ventre.

 

Senele Ombade, tué le 10 janvier 2016

 

M. Yékoua-Ketté et ses agents ont arrêté Senele Ombade, chauffeur de taxi-moto de 31 ans, le 10 janvier, pour un motif qui reste obscur. Un de ses proches a déclaré : « Lorsque j’ai entendu qu’il avait été emmené par l’OCRB, je me suis rendu immédiatement au quartier général. Il n’était pas là. Ensuite, j’ai entendu dire que des corps avaient été retrouvés à Ouango[un quartier du 7e arrondissement]. J’ai retrouvé son corps sur la route. On lui avait tiré dans la tête. »

 

Cyril Ndourogbo, tué le 14 ou le 15 janvier

 

M. Yékoua-Ketté en personne a arrêté Cyril Ndourogbo lors d’un enterrement, dans la soirée du 14 janvier. La famille de l’interpellé s’est rendue au quartier général de l’OCRB le 15 janvier, mais n’a obtenu aucune information. Elle y est retournée le lendemain. Plusieurs membres de la famille ont déclaré que M. Yékoua-Ketté s’est énervé et a demandé à ses hommes de les expulser de force. Il leur a crié : « J’étais à sa [Ndourogbo]recherche. Quand je l’ai trouvé, je l’ai tué. Vous trouverez son corps dans un sac sur le fleuve Oubangui. » Sa dépouille n’a pas été retrouvée.

 

Rufen Balekouzou, tué entre le 17 et le 20 janvier

 

Le 16 janvier, des agents de l’OCRB ont arrêté Rufen Balekouzou sur son lieu de travail. Le lendemain, des membres de sa famille lui ont rendu visite dans le centre de détention de l’OCRB. Lorsqu’ils y sont retournés le 20 janvier, il leur a été dit que Rufen Balekouzou avait été transféré à la prison centrale de Ngaragba, mais il n’y était pas. Le même jour, une annonce à la radio indiquait la découverte d’un corps le long du fleuve Oubangui. C’était Rufen Balekouzou, criblé de quatre balles.

 

Faustin Ngoudi, tué vers le 20 janvier

 

Faustin Ngoudi, 26 ans, que des connaissances ont décrit comme un criminel endurci, a été tué par les hommes de l’OCRB autour du 20 janvier.« C’était entre 9 heures et 10 heures du matin, a expliqué un témoin.Lorsque le pick-up de l’OCRB est passé avec des agents à l’arrière, je l’ai remarqué [Ngoudi]. Juste après, j’ai entendu huit ou neuf coups de feu près du marché de Kokoro… J’ai couru. » Faustin Ngoudi avait reçu quatre balles dans le ventre.

 

Jean-Noël Bebona, tué le 27 janvier

 

Jean-Noël Bebona, ancien combattant anti-balaka, a été arrêté et exécuté par l’OCRB alors qu’il vendait des produits près du marché de Poumale. Des témoins l’ont vu implorer pour sa vie avant d’être exécuté par balle.

 

Romaric Yakoro, tué le 13 février

 

Romaric Yakoro, 19 ans, alias « Likolo », a été arrêté pour vol la nuit du 12 février par des soldats dans le quartier de Yassi-Mandji. Le 13 février, il a été transféré au poste de l’OCRB à Ngouciment. « Il était environ 11 h du matin. Je m’étais arrêté pour prendre de l’essence lorsque j’ai vu le pick-up de l’OCRB passer à toute vitesse, se souvient un chauffeur de taxi-moto.Likolo à l’arrière. Yékoua-Ketté conduisait. J’ai suivi le véhicule pensant qu’ils allaient amener Likolo à [la prison de] Ngaragba, mais ils ont dépassé la prison. » Une demi-heure plus tard, le véhicule est revenu, phares allumés. Le hayon était ouvert et deux pieds dépassaient. Yakoro avait reçu deux balles dans l’abdomen.

 

Hervé Zangouli, tué le 4 ou le 5 mars

 

Hervé Zangouli a été arrêté par l’OCRB le 4 mars alors qu’il fumait de la marijuana le long du fleuve Oubangui, d’après des témoins. Il a été vu pour la dernière fois à l’arrière d’un pick-up de l’OCRB. Son corps a été retrouvé tôt le lendemain matin au bord du fleuve, une balle dans la poitrine.

 

Versements de rançons à l’OCRB

 

Human Rights Watch a répertorié deux cas dans lesquels M. Yékoua-Ketté a retenu personnellement des prisonniers en échange d’une rançon réclamée à leurs familles.

 

Une femme de 18 ans a été détenue pendant six semaines entre le 22 octobre et début décembre 2015, sans être accusée de quoi que ce soit. Elle a déclaré que M. Yékoua-Ketté l’a menacée de mort à de multiples reprises et qu’elle avait fait une fausse couche dans la prison de l’OCRB :« J’ai dû rester deux jours dans mon propre sang avant qu’ils n’autorisent ma famille à me donner du savon pour que je puisse me laver. » Yékoua-Ketté a réclamé 100 000 francs CFA (environ 152 euros) à sa famille, qui a obtenu de verser moins d’argent.

 

Le 28 avril 2016, M. Yékoua-Ketté et ses hommes ont arrêté le long du fleuve Oubangui un ex-combattant anti-balaka de 25 ans accusé d’avoir commis un vol à main armée. Il a été battu en public et emmené au quartier général de l’OCRB. Le « shérif de Bangui » a ensuite réclamé 100 000 francs CFA pour sa libération, intervenue dix jours plus tard, sans qu’aucune poursuite ne soit retenue contre lui.

 

Le Monde Afrique

 

Exécutions en RCA: HRW demande aux autorités de juger Robert Yékoua-Ketté

 

Par RFI  28-06-2016 Modifié le 28-06-2016 à 04:39

 

En République centrafricaine (RCA), au moins 18 personnes « et peut-être plus » ont été exécutées « illégalement » par une unité de police anti-criminalité, entre avril 2015 et mars 2016. C'est ce qu'affirme Human Rights Watch (HRW), ce lundi 27 juin. L'ONG accuse l'ex-directeur de l'Office central de répression du banditisme (OCRB), Robert Yékoua-Ketté, d'avoir personnellement mené une exécution et d'en avoir ordonné cinq autres. HRW suggère aux autorités centrafricaines de le traduire en justice.

 

Surnommé le « shérif de Bangui », Robert Yékoua-Ketté est accusé par HRW d’une dizaine de meurtres extrajudiciaires, dix-huit exécutions vérifiées, documentées et de douze autres, selon des informations jugées crédibles. Il a été limogé, le 8 juin dernier, par le gouvernement du président Faustin-Archange Touadéra.

 

Robert Yékoua-Ketté affirme ne pas avoir de comptes à rendre à Human Rights Watch et que c’est l’OCRB qu’il faut interroger.

 

« Je n’ai pas de problèmes. Je n’ai pas de comptes à rendre à Human Rights Watch. Il faut voir que c’est l’institution de l’Office central de répression du banditisme qui est en cause. Ce n’est pas Yékoua-Ketté qui a créé l’OCRB. Donc, on ne peut pas indexer Yékoua-Ketté qui a été nommé là pour réprimer le banditisme dans le cadre même des attributions de l’OCRB. C’est tout. Il n’a rien à voir avec cette histoire que nous raconte HRW. Donc, je m’arrête là », a-t-il fait savoir à RFI.

 

Yékoua-Ketté renvoie la balle à l'OCRB

 

Mais alors, que répond-il aux accusations de l’organisation de défense des droits de l’homme portant notamment sur les dix-huit exactions extrajudiciaires ? Robert Yékoua-Ketté insiste et dit ne pas comprendre. « Non, mais écoutez. Vous parlez de quoi, là ? De tueries extrajudiciaires ? Moi, je ne sais pas. De toute façon, ce n’est pas Yékoua-Ketté qui l’a fait, c’est l’Office central de répression du banditisme. Ce n’est pas un individu, c’est l’OCRB », a-t-il insisté.

 

Enfin, sur le fait de savoir pourquoi on l’appelait le « shérif de Bangui» et si ce n'était parce qu’il avait la gâchette trop rapide, Yékoua-Ketté, se veut péremptoire : « J’ai commencé à porter le chapeau depuis mon enfance. Vous parlez de gâchette rapide. Moi, je ne sais pas. Gâchette rapide, ça c’est vous qui le dites », a-t-il souligné.

 

Chapeau de cowboy vissé sur la tête, le « shérif de Bangui » pourrait répondre à la justice centrafricaine si une enquête est ouverte.

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