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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 13:40
Sangaris, trois longues et dures années pour la France en RCA

 

 

Par Olivier Fourt RFI  le 31-03-2016 Modifié le 31-03-2016 à 18:15

 

La France va mettre fin en 2016 à son opération militaire en Centrafrique. Sangaris aura permis de faire cesser les massacres, mais pas l'insécurité. L'opération française se voulait au départ comme une force de transition, engagée sur une courte durée. La présence militaire française dans le pays s'inscrira désormais dans le cadre de la force européenne EUTM - RCA ou dans celui de l'ONU. Près de 300 hommes devraient rester positionnés en RCA.

 

A l'origine, une brève opération de police

 

C'était à l'automne 2013. A cette époque, le ministère de la Défense parlait d'une opération de quatre à six mois. Effectivement, on ne parlait même pas d'opération de guerre à l'époque à Paris, mais bien d'une force de transition, une force relais qui devait passer la main à la force africaine Misca, laquelle devait monter alors à 3600 hommes pour devenir ensuite la Minusca sous casque bleu.

 

A l'époque, les stratèges français estiment que la situation dans la ville de Bangui serait réglée en quelques semaines, permettant un déploiement en région. L'idée, c'était d'avoir 1200 soldats français en RCA, avec des blindés et des hélicoptères, en mesure de s'interposer, de stopper les massacres, et de permettre un retour au calme.

 

Deux soldats tués dès le début des opérations

 

Il n'était pas rare à l'époque d'entendre de hauts gradés français assurer qu'au premier coup de feu, les éléments séléka allaient partir en débandade. Mais cela ne s'est pas du tout passé comme prévu. D'une part, parce que les ex-Séléka ne se sont pas laissés impressionner, mais aussi parce qu'ils ont eu tout le temps se préparer en stockant de grandes quantités d'armes et d'explosifs, la France ayant commencé à évoquer publiquement une opération dans le pays des mois avant le lancement de Sangaris.

 

Au final, il y a eu de la casse et des morts pendant la bataille de Bangui. Dès le premier jour des opérations de désarmement, la France allait perdre deux de ses soldats, les premières classes Le Quinio et Volkaer. Et les pics de violences dans Bangui allaient se succéder encore durant de longues semaines puisque le déploiement en région, vers Berbérati puis Bouar n'allait intervenir que deux mois plus tard.

 

Petit à petit, la montée en puissance de la force onusienne Minusca a permis à Sangaris de se concentrer sur les opérations en brousse. Sangaris opère alors dans le triangle Sibut, Kagabandoro, Bambari. Objectif : empêcher des éléments de l'ex-Séléka de redescendre sur Bangui. Les accrochages sont parfois violents, comme à Boguila en mai 2014, Batangafo en août, ou à Sibut en octobre 2015.

 

La sale guerre ?

 

Quand la France s'engage, le 5 décembre 2013, l'armée française est encore dans la dynamique Serval, l'opération au Mali : une victoire rapide et spectaculaire face à un ennemi bien identifié, les groupes armés jihadistes en zone désertique dans l'Adrar des Ifoghas dans le nord du Mali.

 

A Bangui, c'est plus compliqué. Dès les premières patrouilles, les soldats français ont bien du mal à savoir qui est vraiment leur adversaire. Dans la même journée, ils peuvent être la cible d'encouragement, d'insultes, de jets de pierre ou de grenades. Souvent, quand ils arrivent sur le lieu d'un affrontement, c'est trop tard. Particulièrement en région, où ils en sont parfois rendus à ramasser les cadavres.

 

A Bangui, ils se retrouvent un peu entre le marteau à l'enclume. Les anti-balaka demandent aux Français de les aider à tuer des musulmans, et dans les quartiers musulmans, on leur reproche d'avoir fait fuir les ex-séléka les laissant sans défense face aux milices chrétiennes. Début 2013, la capitale se vide de ses populations musulmanes, sous les yeux des militaires français. Le retour des commerçants musulmans se fera au compte-goutte.

 

Le traumatisme des soldats de Sangaris

 

Dans la capitale centrafricaine, les militaires tricolores vivent dans des conditions déplorables. Le camp de Mpoko prévu pour accueillir 400 militaires est complètement saturé. Les égouts débordent. Les soldats vivent sous des tentes, dans des hangars. Certains au début n'avaient même pas de moustiquaire. Les épidémies font rage, le paludisme menace les soldats. L'eau courante est rationnée. Sangaris en viendra même à lancer un forage sur le camp.

 

Au printemps, dès le deuxième mandat de Sangaris, le moral des soldats est en chute libre. Comme l'avait révélé RFI, en avril, ils ne touchaient toujours pas leur prime d'opération extérieure à cause de problèmes de comptabilité informatiques. Et surtout, ils sont confrontés à un déferlement de violences qui va laisser des traces : 12 % des militaires français de retour de RCA souffraient de stress post-traumatiques et beaucoup n'ont pas été traités pour des troubles psychiques une fois rentrés en France.

 

La mission, enfin, aura été entachée d'accusations d'abus sexuels par des soldats français sur des enfants. Ls enquêtes sont toujours en cours.

 

Sangaris s'en va, les Français restent

 

L'opération se termine dans l'année. Mais les Français ne quittent pas pour autant la RCA. Le nombre de militaires français va retomber au niveau du dispositif Bouali, donc d'avant 2013. C'est-à-dire 250, 300 hommes, qui rejoindront la mission européenne EUTM - RCA ou qui seront intégrés à la Minusca qui compte aujourd'hui près de 10 000 militaires et policiers. Certains matériels, comme les hélicoptères, sont déjà amenés à rejoindre l'opération Barkhane au Sahel.

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