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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 13:10

 

 

Par Marie Bourreau (New York, Nations unies, correspondante) et Cyril Bensimon

 

LE MONDE Le 01.04.2016 à 06h49 • Mis à jour le 01.04.2016 à 11h47

 

Un nouveau scandale menace l’honneur des Nations unies et de l’armée française. Des enquêteurs du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) ont recueilli, mi-mars, les témoignages d’une centaine de filles en République centrafricaine (RCA) affirmant avoir été abusées sexuellement par des soldats des forces internationales. Les faits allégués, révélés mercredi 30 mars par l’ONG AIDS-Free World, se seraient produits principalement à Dékoa, à environ 260 km au nord de la capitale, entre 2013 et 2015. Cette même organisation américaine avait déjà, onze mois plus tôt, rendu publiques des accusations de pédophilie, émanant de jeunes garçons, à l’encontre de treize militaires français de l’opération « Sangaris » et de cinq soldats africains de la Misca, la mission de l’Union africaine ayant précédé celle de l’ONU.

 

Comble du sordide, cette fois, trois filles ont raconté qu’en compagnie d’une quatrième, décédée depuis, elles ont été, en 2014, « ligotées et dénudées à l’intérieur d’un camp [militaire] par un officier de “Sangaris” puis forcées à avoir des relations sexuelles avec un chien ». Chacune aurait reçu ensuite 5 000 francs CFA, soit moins de 8 euros.

 

Alors que l’ambassadeur de France à l’ONU a déclaré que Paris « veut faire toute la lumière » sur les accusations visant ses soldats, un membre de l’entourage du ministre de la défense fait part de son incrédulité. « C’est trop énorme, dit-il. Nous avons mené une enquête interne fin 2014-début 2015 sur cette affaire du chien et l’on a découvert qu’il s’agissait d’une vidéo zoophile qui se transmettait de portable à portable, dans laquelle il n’y a aucun militaire français et qui n’a pas été tournée en Centrafrique. » « Il faut que l’on démonte au plus vite cette affaire », conclut cette source.

 

Saisi par les Nations unies, le ministère de la défense indiquait, jeudi, que le dossier allait être immédiatement transmis au parquet de Paris. Ce dernier avait ouvert une enquête en 2015 après les premières accusations venues de Bangui. Sur la trentaine de soldats français auditionnés sur les soupçons de viols d’enfants, deux ont été placés en garde à vue, mais aucune mise en examen n’a été prononcée.

 

Consternation et dégoût

 

Au sein des Nations unies, ces nouvelles accusations d’abus sexuels visant, cette fois, des contingents burundais et gabonais provoquent colère, consternation et dégoût. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est dit « profondément choqué » après que « des soldats envoyés pour protéger les habitants ont au contraire plongé au cœur des ténèbres »« Aucun effort ne doit être ménagé dans l’enquête des Nations unies sur ces allégations révoltantes », a déclaré pour sa part le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.« D’importants efforts sont en cours pour enquêter sur ces allégations », précise le communiqué de Zeid Raad Al-Hussein, alors que des investigations se poursuivent dans d’autres parties de la RCA. Selon une source sûre, des cas de viols ont été documentés à Bambari, et, à Boda, des soldats burundais auraient acheté le silence de familles après avoir abusé de jeunes filles.

 

La misère, la vulnérabilité des populations, l’absence de relèves pour de nombreuses troupes, l’ampleur des viols dans ce pays et l’impunité qui les accompagne – un rapport de l’ONU recense près de 30 000 cas de violences sexuelles en RCA perpétrés entre janvier et octobre 2015 – peuvent expliquer pour partie que la Minusca soit la mission de l’ONU la plus touchée par le phénomène, avec 25 abus recensés depuis le début de l’année, sans compter les dernières. Reste qu’aucun des soldats mis en cause n’a encore été poursuivi par la justice de son pays.

 

Le département des opérations de maintien de la paix de l’ONU, critiqué au début pour son manque de réactivité, a mis en place une série de mesures. Depuis qu’il a remplacé en août 2015 Babacar Gaye, emporté par les premières accusations, le patron de la Minusca, Parfait Onanga-Anyanga, proclame qu’il appliquera une politique de tolérance zéro pour les personnels de l’ONU suspectés d’abus sexuels.

 

«DES SOLDATS ENVOYÉS POUR PROTÉGER LES HABITANTS ONT AU ­CONTRAIRE PLONGÉ AU CŒUR DES TÉNÈBRES», SE DÉSOLE BAN KI-MOON, LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LONU

 

Le 11 mars, le Conseil de sécurité a adopté une résolution prévoyant le rapatriement des contingents soupçonnés. Les Etats membres ont six mois pour rendre compte des suites judiciaires données à l’affaire. Si rien n’est fait contre les soldats mis en cause, l’ONU pourrait écarter ce ou ces Etats des futures opérations de maintien de la paix. Le contingent de la République démocratique du Congo a été rapatrié de Centrafrique, de même que 120 soldats du Congo-Brazzaville. Ces mesures disciplinaires pourraient cependant poser problème à l’ONU tant le vivier de casques bleus est limité. A Bangui, une source au sein de la Minusca résume le dilemme actuel : « Nous annonçons une politique de tolérance zéro,mais les pays qui sont cités menacent de retirer leurs troupes et les contributeurs ne se bousculent pas pour les remplacer. »

 

« La médiatisation de ces affaires fatigue les bailleurs et le public, prévient un fonctionnaire des Nations unies. Il ne faudrait pas qu’on finisse par se désintéresser de la Centrafrique à cause de ces abus. Le désengagement de la communauté internationale serait dramatique dans le contexte actuel. »

 

Marie Bourreau New York, Nations unies, correspondante

 

Cyril Bensimon


http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/04/01/les-forces-internationales-accusees-de-nouveaux-viols-en-centrafrique_4893712_3212.html#uAaLpg8fF52r4Bj9.99

 

 

Abus sexuels par des soldats français en Centrafrique: Paris veut faire "toute la lumière"

 

31/03/16 (AFP)

 

La France veut faire "toute la lumière" sur les accusations d'abus sexuels par ses soldats en Centrafrique, a affirmé jeudi l'ambassadeur français auprès des Nations unies.

 

"Les cas d'abus et d'exploitation sexuels allégués sont particulièrement révoltants et odieux", a expliqué François Delattre dans un communiqué.

 

"Il est clair que si les faits étaient établis, des sanctions disciplinaires exemplaires seraient prononcées, en complément de la réponse pénale", a ajouté M. Delattre.

 

Le secrétaire général de l'ONU, Ban ki-Moon, s'est dit de son côté "profondément choqué" par ces accusations d'abus sexuels, y compris de bestialité, commis par des soldats de la force française Sangaris et aussi par des soldats de l'ONU, a rapporté son porte-parole jeudi.

 

"Nous sommes confrontés au fait que des soldats envoyés pour protéger les habitants ont au contraire plongé au coeur des ténèbres", a déclaré Stephane Dujarric.

 

L'ONU a ouvert une enquête sur ces nouvelles accusations "extrêmement troublantes".

 

Le Haut-commissaire aux droits de l'homme Zeid Ra'ad Al Hussein a qualifié jeudi à Genève de "révoltantes" ces allégations et a déclaré "qu'aucun effort ne doit être ménagé" dans l'enquête des Nations Unies.

 

Les autorités françaises ont été informées qu'une équipe de l'ONU avait reçu des rapports faisant état de soldats français de Sangaris qui auraient forcé en 2014 des jeunes filles à avoir des rapports sexuels avec des animaux en échange d'une somme d'argent, a indiqué à l'AFP un responsable de l'ONU à New York.

 

Selon un rapport de l'ONG AIDS-Free World, trois jeunes filles ont affirmé à un officier des Nations unies qu'en 2014, elles avaient été déshabillées et attachées par un militaire de Sangaris à l'intérieur d'un camp et auraient été forcées d'avoir des relations sexuelles avec un chien. Chacune a ensuite reçu de l'argent, selon l'ONG.

 

La France avait envoyé sa force d'intervention Sangaris en Centrafrique en décembre 2013. Ces soldats ne font pas partie des Casques bleus de l'ONU mais le Conseil de sécurité les avait chargé d'aider au rétablissement de la paix dans le pays.

 

Outre la France, ces allégations concernent les contingents burundais et gabonais de la mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca) présents dans la région de Kémo entre 2013 et 2015.

 

 

Centrafrique: nouvelles "allégations troublantes" de violences sexuelles par des soldats français et de l'ONU

 

31/03/16 (AFP)

De nouvelles allégations "extrêmement troublantes" de violences sexuelles exercées par des soldats de la force français Sangaris et de l'ONU en Centrafrique sont parvenues aux Nations unies, a indiqué mercredi l'ONU.

 

Les autorités françaises ont été informées qu'une équipe des Nations unies avait reçu des rapports faisant état de soldats français de Sangaris qui auraient forcé des jeunes filles à avoir des rapports sexuels avec des animaux en échange d'une somme d'argent, a indiqué à l'AFP un responsable de l'ONU.

 

"Nous avons reçu des rapports sur des cas de bestialité impliquant des soldats français, mais à ce stade nous n'avons pas de confirmation", a-t-il ajouté.

 

"Le nombre exact et la nature de ces allégations extrêmement troublantes restent à déterminer", a de son côté indiqué un communiqué de l'ONU.

 

Des soldats des contingents du Burundi et du Gabon servant dans la mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca) ont été confinés dans leurs casernements durant les enquêtes ouvertes sur les faits les concernant, ajoute le communiqué sans préciser ces faits.

 

Les violences sexuelles présumées auraient eu lieu entre 2013 et 2015 dans la préfecture de Kemo, au nord-est de Bangui. Une équipe de l'ONU a été envoyée sur place pour des entretiens avec les victimes et pour recueillir des informations.

 

Selon un rapport de l'ONG AIDS-Free World, trois jeunes filles ont affirmé à un officier des Nations unies qu'en 2014 elles avaient été déshabillées et attachées par un militaire de Sangaris à l'intérieur d'un camp et auraient été forcées d'avoir des relations sexuelles avec un chien. Chacune a ensuite reçu de l'argent, selon l'ONG.

 

Lundi, les Nations unies ont rapporté deux nouveaux cas d'abus sexuels, dont un sur une jeune fille de 14 ans, par des soldats marocains et burundais de la Minusca.

 

Plus de 25 cas d'abus ou d'exploitation sexuels ont été rapportés par l'ONU depuis le début de l'année.

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU devait entendre jeudi à huis clos un rapport sur les dernières allégations de violences sexuelles.

 

Le Conseil a adopté le 11 mars une résolution, proposée par les Etats-Unis, qui prévoit de rapatrier des contingents entiers de Casques bleus en cas de soupçon d'abus sexuels ou d'exploitation sexuelle.

 

Abus sexuels en Centrafrique: l'ONU veut forcer les Etats pourvoyeurs de Casques bleus à agir

 

31/03/16 (AFP)

 

Le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU Hervé Ladsous, en visite à Bangui, veut "obliger les Etats contributeurs à agir" contre les abus sexuels perpétrés par des Casques bleus, un phénomène "abominable et inacceptable", particulièrement aigu en Centrafrique.

 

Question: Une quarantaine de cas d'abus sexuels ont été recensés depuis le début du mandat de la Minusca en Centrafrique (septembre 2014). Quelle est votre réaction?

 

Réponse: C'est abominable. Lamentable, inacceptable. Il faut obliger les Etats contributeurs à agir contre ce phénomène, car la vraie clé est chez eux, d'abord dans la façon dont ils recrutent les Casques bleus.

 

En ce qui me concerne je cherche à pousser deux idées: un, obtenir que les pays contributeurs acceptent d'organiser des cours martiales in situ, dans le pays.

 

Et deux, quand des Casques bleus sont recrutés, que l'on puisse enregistrer leur ADN, de façon confidentielle bien sûr, pour que, si plus tard il y a des accusations de viol, de paternité, ce soit plus facile à reconstituer. Cela aura un effet dissuasif. Et puis il faut s'occuper des victimes, ne pas les laisser tomber. N'oublions pas que le coeur de notre mandat c'est la protection des civils.

 

Q/ Comment jugez-vous la situation en Centrafrique aujourd'hui, alors que le nouveau président Faustin Archange Touadéra vient de prêter serment ?

 

R/ Entre la situation il y a trois ans et aujourd'hui, il n'y a pas photo. La sécurité globalement est revenue, même si ce n'est pas partout. Le président a été élu dans des conditions incontestables, sa victoire a été reconnue par son concurrent. Ce n'est pas si fréquent en Afrique.

 

La page de la transition est fermée, il faut maintenant que les législatives se déroulent bien, que très vite un gouvernement puisse être désigné et mis en place, le plus large et le plus représentatif possible, et que tout le monde - la sous-région, l'Union africaine, les Nations unies, les institutions financières internationales, se mettent d'accord sur le programme de travail.

 

Q/ Quelles sont les priorités ?

 

R/ Il faut désarmer les ex-combattants, avancer sur la réconciliation nationale, lutter contre l'impunité et mettre en place cette cour pénale spéciale pour juger tous les criminels centrafricains. Il y a besoin de justice. Concernant le programme DDR (Désarmement démobilisation réintégration), il va falloir faire un tri assez précis pour identifier ceux qui ont des choses à se reprocher, qui ont du sang sur les mains, et les autres, ceux qu'on peut intégrer dans les corps armés.

 

Il faut aussi aider le pays à se structurer, recréer son administration, que l'Etat fasse sentir sa présence sur tout le territoire. Aujourd'hui, il n'y a plus de taxes perçues. Que deviennent les troncs d'arbres précieux sciés clandestinement, les diamants ? Que deviennent les ressources centrafricaines ? Il y a toute une série de ressources qui échappent à l'Etat, aux services fiscaux.

 

(Propos recueillis mercredi à Bangui par Cécile FEUILLATRE)

Les forces internationales accusées de nouveaux viols en Centrafrique

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