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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 07:02

 

 

 http://lepays.bf/  MARDI 22 MARS 2016

 

Au Congo-Brazzaville, après le premier tour du scrutin présidentiel du 20 mars dernier, l’on est dans l’attente des résultats pour savoir qui de Denis Sassou Nguesso ou de l’un de ses huit adversaires, aura l’onction du peuple congolais pour présider à ses destinées pour les cinq années à venir. Mais d’ores et déjà, il est peu probable qu’au Congo, l’on assiste à un scénario à la béninoise, où en moins de 24 heures, l’un des candidats a appelé son challenger pour le féliciter, avant même la publication du moindre résultat par l’instance habilitée  à le faire. Et pour cause, au royaume de Denis Sassou Nguesso, toutes les communications étaient coupées pour 48 heures depuis le jour du vote, afin d’éviter (c’est la raison officielle) la proclamation de résultats parallèles à ceux de la CNEI (la Commission nationale des élections officielle), comme le prévoyait l’opposition. Mais si au Bénin, les choses sont allées très vite et bien, c’est que les conditions d’une élection transparente étaient réunies pour éviter toute contestation. Ce qui a permis aux différents candidats d’avoir une idée assez précise de leurs scores, au fur et à mesure de la compilation des résultats. C’est la raison pour laquelle avant même que la Commission électorale n’ait annoncé le moindre chiffre, le candidat du parti au pouvoir, Lionel Zinsou, a pu prendre les devants, presqu’à la surprise générale, pour appeler son rival Patrice Talon et le féliciter pour sa nette victoire. Cela dénote non seulement de la transparence de ce scrutin, mais aussi de la confiance que les candidats avaient dans l’institution chargée de l’organisation de ces élections. Tout le contraire du « Sassouland » où 24 heures après la tenue du vote, c’est toujours le black-out total sur le déroulement du scrutin en lui-même et encore plus sur les tendances des résultats. Et pour cause, aucune communication téléphonique ni internet ne fonctionnait au pays de Sassou, par la seule volonté du prince régnant qui en a décidé ainsi pour couper l’herbe sous les pieds de ses adversaires qui se préparaient, par leurs propres moyens, à avoir un œil sur la compilation des résultats.

 

A présent, c’est la Françafrique qui peut se frotter les mains

 

Mais comme Sassou une ruse de renard et la fermeté d’un dictateur, il leur a simplement enlevé le seul moyen qu’ils avaient de prétendre contrôler les résultats : les télécommunications. Si fait qu’à l’heure actuelle, personne ne peut dire avec certitude ce qui se passe dans les différents centres de compilation des résultats. Mais comment pouvait-il en être autrement quand on voit comment le septuagénaire de président congolais a tordu le cou à la loi fondamentale de son pays pour se remettre dans la course à un pouvoir qu’il empoigne depuis plus de trois décennies ? En réalité, l’homme qui a battu campagne entouré de  chars de combat, n’a qu’une seule idée en tête : se succéder à lui-même, par tous les moyens, y compris, fait inédit, par le rejet des moyens modernes de communication qui ont pourtant fait la preuve de leur contribution à la transparence lors de scrutins sous d’autres cieux. Il est donc clair que la victoire de Sassou ne fait pas l’ombre d’un doute. C’est  juste une question de score et il n’est pas question de la laisser ternir de quelque manière que ce soit par quiconque. C’est pourquoi  l’on ne peut s’empêcher de penser que tout ce silence ne vise qu’à fabriquer des résultats à la hauteur du grand timonier de Brazzaville. Et ceux qui rêvent d’un éventuel deuxième tour au Congo, peuvent préparer leurs mouchoirs pour pleurer et faire le deuil de l’alternance car, au grand jamais, Sassou n’acceptera l’insulte d’un quelconque ballotage à un scrutin d’une telle envergure. Tant il est, depuis le début, dans une logique de confiscation du pouvoir qui lui commande de mettre toutes les chances de son côté pour s’assurer une victoire sans bavure au premier tour. En tout cas, l’alternance au Congo semble aujourd’hui tenir plus de la nature que des urnes. D’autant plus que l’insistance de Sassou Nguesso est à la hauteur de l’étendue des casseroles qu’il traîne et des cadavres qui remplissent ses placards.  Il est donc clair que ce ne sont pas les raisons d’avoir peur de l’après-pouvoir qui manquent : des disparus du Beach à la question « des biens mal acquis » en passant par les explosions de M’pila, il y a suffisamment de quoi justifier le forcing et la fébrilité que cachent mal les récentes décisions  du maître de Brazzaville. En tout état de cause, ce scrutin reste sans véritable enjeu ; le vainqueur étant connu d’avance. Car, après le pénalty qu’il s’est octroyé avant même le coup d’envoi, tout porte à croire que Denis Sassou Nguesso a posé le ballon sur la ligne de but pour tirer dans un goal sans gardien de but, afin d’être sûr de son coup.  Et l’arbitre de la rencontre qu’est la CNEI, n’aura pas d’autre choix que de valider le but  de la victoire de Sassou par un coup K.-O. L’opposition qui envisageait de s’ériger en arbitre de touche pour signaler un hors-jeu, est désormais définitivement mise sur la touche et elle n’aura que ses yeux pour pleurer. A présent, c’est la Françafrique qui peut se frotter les mains, surtout après le cas béninois qui est perçu par beaucoup comme un retentissant camouflet pour l’Hexagone, avec la déconfiture de celui qui était perçu comme son candidat ou prétendu tel, à l’issue d’un scrutin qui s’est tenu le même jour. Est-ce un signe des temps ? L’histoire le dira. Mais en attendant,  si Sassou est vraiment réélu dans de telles conditions comme l’on peut s’y attendre,  de quelle légitimité pourrait-il se prévaloir ? Question à mille inconnues. Mais de légitimité, en a-t-il seulement besoin ? Rien n’est moins sûr.

 

Outélé KEITA

Lu pour vous : PRESIDENTIELLE CONGOLAISE : Silence, Sassou fabrique ses résultats !

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