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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 11:36
Lu pour vous : La Centrafrique, république des ONG
Lu pour vous : La Centrafrique, république des ONG
Lu pour vous : La Centrafrique, république des ONG

 

 

 

http://www.la-croix.com/  Pierre Cochez (à Bangui, Kaga-Bandoro et Kabo), le 01/03/2016 à 8h34

 

En République centrafricaine, trois ans de guerre civile ont fait fuir tout ce qui ressemblait à l’État.

La solidarité internationale – militaires, humanitaires, onusiens – tente de maintenir un semblant de solidarité et d’ordre au cœur d’une population souvent traumatisée.

 

Le centre de Kaga-Bandoro, ville au cœur de la savane centrafricaine, n’est qu’un assemblage de camps. Celui de la Minusca, la force onusienne chargée de maintenir la paix dans ce pays déchiré par trois années de guerre civile. Ceux d’organismes onusiens comme le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). Et ceux des ONG comme Save the ChildrenSolidarités International ou la Caritas, qui regroupe autour de la cathédrale plusieurs milliers de déplacés centrafricains. Entre tous ces sites, on peut apercevoir l’ancien bâtiment de la perception, brûlé, celui des douanes, pillé, ou celui de la police, désert. Ici, tout ce qui ressemble à l’État a disparu, s’est évanoui, a fui vers Bangui.

 

Un peu plus loin, dans le village de Bokayanga, la population est de retour après avoir déserté au plus fort de l’insécurité. Maurice, un cultivateur qui produit aussi du miel, espère des lendemains meilleurs : « Si la paix est revenue, les policiers vont pouvoir revenir. »

 

En attendant, les agriculteurs se sentent bien seuls pour contenir la pression des éleveurs peuls. Bien armés, ceux-ci ont profité du vide laissé par les habitants pour investir les champs dans la transhumance de leur bétail depuis le Tchad. « La nuit, je peux entendre de ma case le beuglement de leurs bœufs »,confie, lugubre, Maurice.

 

Nommé « président de la délégation spéciale par décret présidentiel »

 

À Kaga-Bandoro, Sherif Abel n’a pas attendu l’accalmie pour revenir et assurer un semblant d’autorité. Cet ancien chef de quartier et animateur de la maison des jeunes a été nommé « président de la délégation spéciale de Kaga-Bandoro par décret présidentiel », précise-t-il depuis son tout petit bureau recouvert du drapeau centrafricain, histoire de lui donner du courage.

 

Il vient de recevoir « un homme qui n’avait que son slip, car “ils” ont brûlé sa maison pendant la nuit ». Sherif Abel ne peut pas faire grand-chose pour lui.« Nous sommes une commune autonome. Or, les recettes qui pourraient nous faire fonctionner sont encore aux mains des rebelles Séléka. Les abattoirs sont sous leur contrôle comme le parcage des animaux. Ils touchent de l’argent pour cela »,explique-t-il.

 

Les Séléka, ces milices musulmanes, continuent effectivement à faire la police, à rendre la justice dans Kaga-Bandoro. « Ils tranchent les affaires illégalement, en faisant payer les gens pour l’infraction constatée. Or, ils n’ont pas de reçu à donner aux gens et l’argent ne va pas à l’État », se désole-t-il.

 

De son côté, Sherif Abel a envoyé des percepteurs collecter de l’argent auprès des commerçants du marché pour l’emplacement qu’ils occupent à côté du camp des déplacés. C’est le seul revenu qu’il perçoit, et encore, avec difficulté.

 

« Si les ONG n’étaient pas là, ce serait la forêt ici »

 

Alors, comme à peu près tout le monde ici, le maire compte beaucoup sur les ONG. « Si elles n’étaient pas là, ce serait la forêt ici », résume-t-il. Sherif Abel donne un exemple : « Si je veux faire un meeting, une ONG me transporte et les forces de la Minusca me sécurisent. »

 

Ici, à Kaga-Bandoro, les soldats pakistanais de la Minusca veillent à chaque croisement, juchés sur leurs véhicules blindés blancs. En l’absence d’instituteurs, l’école est assurée par des « maîtres parents » formés et payés par l’Unicef. Les distributions de nourriture aux déplacés sont effectuées par Caritas et le Programme alimentaire mondial de l’ONU. La radio est celle des Nations unies. Une liaison aérienne est assurée deux ou trois fois par semaine vers Bangui par l’appareil d’une ­vingtaine de places de l’ONG Aviation sans frontières. Les latrines et la distribution de l’eau sont sous la responsabilité de Solidarités International.

 

Quelqu’un qui s’intéresse à leur vie quotidienne

 

Cet après-midi, le coordinateur de cette dernière ONG, Julien, est en visite dans l’un des quartiers excentrés de Kaga-Bandoro. Il veut comprendre pourquoi les déplacés qui habitent là n’utilisent pas les latrines et les douches mises à leur disposition. Elles doivent être approvisionnées en eau par des jerricanes que les usagers sont censés remplir aux deux pompes du camp.

 

« D’après vous, pourquoi vos enfants ont-ils des diarrhées ? Parce qu’ils n’utilisent pas les latrines », explique-t-il aux femmes. « Les latrines, il suffit de remettre les bouchons pour qu’elles ne sentent pas trop. La première des aides, c’est soi-même », répète-t-il.

 

C’est visiblement la première fois que les habitants du camp rencontrent quelqu’un qui s’intéresse à leur vie quotidienne. George, un expatrié congolais de Solidarités International, résume : « La population, bien souvent, n’a jamais vu une représentation de l’État. »

 

L’ONG gère aussi la santé des troupeaux, sur des fonds européens du programme Écho. Elle assure la vaccination des bœufs en fournissant produits et main-d’œuvre pour prévenir la peste. Solidarités International a fait revenir de Bangui, moyennant finances, le vétérinaire qui avait déserté l’endroit, les Séléka ayant investi son bureau.

 

Une administration parallèle

 

Tous ces organismes étrangers en sont venus à créer une administration parallèle. Chaque jeudi matin, une réunion de coordination les réunit dans les locaux d’Ocha, l’organisme onusien chargé des ONG. Chaque premier mardi du mois, l’Unicef organise une réunion sur tous les sujets liés à l’eau et à l’hygiène. Toutes les deux semaines, le HCR convoque une réunion sur la protection des civils.

 

Les expatriés, occidentaux, pakistanais ou africains, ont aussi leur quartier général informel : chez Ali, un Pakistanais qui a quitté son restaurant de Lahore pour suivre les pas d’un oncle aux États-Unis. Escroqué par un intermédiaire, il s’est replié sur la proposition d’un cousin qui lui proposait de l’acheminer gratuitement à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC). Là-bas, il s’est marié à une Congolaise. Puis, il a suivi les militaires pakistanais de la Minusca à Kaga-Bandoro.

 

À la nuit tombée, il confie son amour de l’Afrique en regardant passer l’imposant convoi hebdomadaire d’une cinquantaine de camions qui arrivent de Bangui dans un nuage de poussière, escortés par la Minusca pour éviter les coupeurs de route.

 

Les ONG sur tous les fronts

 

Un peu plus haut sur la carte, à Kabo, l’État centrafricain est là aussi absent. Autour de l’église, que deux prêtres centrafricains ont quittée il y a deux ans pour l’évêché de Bossangoa, on trouve le camp de Solidarités International, celui de Médecins sans frontières (MSF), qui constitue l’unique hôpital de la région, et la base de l’Office international des migrations (OIM), installé dans la maison paroissiale.

 

À tour de rôle, dix catéchistes assurent l’organisation de la célébration du dimanche qui rassemble plus de 600 personnes. « L’Église appartient aux chrétiens, pas aux seuls prêtres », souligne Solange, l’une des catéchistes, par ailleurs salariée de Solidarités International. « Pour les hosties consacrées, nous les faisons venir de Kaga-Bandoro et nous les payons. » Moyennant quoi, la célébration est priante, accompagnée par une chorale impeccable qui a répété la veille.

 

Pour la visite du pape à Bangui, le 29 novembre 2015, la paroisse de Kabo avait délégué quatre personnes. « Quand un père écoute les cris de ses enfants et vient fouler leur terre, il faut être là. Cela nous a pris sept journées en tout pour aller, assister et revenir. Le président du conseil pastoral, Guy-Barthélemy, a raconté ensuite la visite du pape à la célébration du dimanche. Sans micro, puisqu’on nous l’a volé au début des événements », explique Solange.

 

Un sentiment pourtant partagé sur le travail des ONG

 

En Centrafrique, les ONG s’affairent en essayant de pallier les manques, de panser les blessures de la guerre, de calmer les haines. Et pourtant, à Bangui, certains s’impatientent. Un haut responsable religieux regrette que « le pays soit sous tutelle ».

 

Sur le travail des ONG, il reflète un sentiment souvent partagé par la population au vu des 4×4 des organisations étrangères qui sillonnent la capitale : « Quand on voit tout ce que reçoivent ces ONG et ce qui nous revient au final, on peut se poser des questions. Les gens ont hâte de les voir repartir. »

 

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► UN PAYS EN ÉTAT D’URGENCE HUMANITAIRE

 

2,7 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, ont besoin d’une assistance humanitaire ; 2,4 millions d’enfants sont affectés par la crise.

 

450 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays ; 460 000 Centrafricains sont réfugiés dans des pays voisins.

 

Depuis 2014, l’Union européenne finance des actions humanitaires pour une somme de 270 millions d’euros.

 

En Centrafrique, le système national de santé s’est effondré. Près de 2,5 millions de personnes vivent dans l’insécurité alimentaire. Moins de 35 % de la population a accès à l’eau potable et à des installations sanitaires adaptées.

 

Sur le plan du maintien de l’ordre, la force française Sangaris comprend 900 hommes, dont 600 quitteront le pays en 2016. La Minusca (mission de stabilisation des Nations unies en Centrafrique) comprend 11 644 personnes, dont 9 285 soldats de plusieurs pays, comme la République démocratique du Congo, le Burundi, le Pakistan ou le Bangladesh.

 

Pierre Cochez (à Bangui, Kaga-Bandoro et Kabo)

 

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