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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 12:08

 

TRIBUNE

 

www.liberation.fr  Par Benoît Koukébéné, Ancien ministre du Congo Brazzaville, opposant en exil — 19 mars 2016 à 09:41

 

L'élection présidentielle au Congo Brazzaville dimanche suscite bien des inquiétudes, alors que l’homme fort du pays Denis Sassou Nguesso (72 ans) ambitionne de se faire réélire une troisième fois et même dès le premier tour. Alimentant du coup, les craintes de fraude massive, celles qui pourraient être orchestrées par l’inamovible président après plus de trente ans au pouvoir. Ancien ministre et désormais opposant en exil, Benoît Koukébéné alerte, lui, sur les risques d’explosion au cas où Sassou Nguesso persisterait à passer en force.

 

C’est le risque le plus grave qui doit retenir la vigilance des organisations internationales et susciter des mises en garde fermes de la part des chancelleries africaines et occidentales.

 

En effet, il apparaît désormais très peu probable voire impossible que Denis Sassou Nguesso l’emporte, dès le premier tour des élections du 20 mars 2016. Car, pour y parvenir, il lui faudra réussir «sa» fraude électorale. Or, pour parer cette éventualité, l’ensemble de l’opposition républicaine vient de mettre en place une «Commission technique électorale» qui a une triple mission : surveiller le bon déroulement des élections, contrôler le dépouillement des bulletins de vote et procéder, en temps réel, à la publication des résultats.

 

Ainsi, dès la nuit du 20 mars, par le «sondage sorti des urnes» et consolidé par l’ensemble des photocopies des procès-verbaux de chacun des 5 800 bureaux de vote, les grandes tendances seront connues de tous.

 

Battu dans les urnes par le corps électoral mais victorieux par les «estimations» de la Commission nationale électorale indépendante, tel sera le paradoxe du président sortant. Pour en sortir, il n’aura d’autre choix que d’user de la force dont il est coutumier. Mais, dans cette matière, il n’est plus le maître incontesté du feu (armes) ni de la force (répression).

Victorieux dans les urnes et perdant dès les premières «estimations» de la CNEI, le corps électoral entrera en colère.

 

Cette élection, qui prolonge les manipulations éhontées de la Constitution congolaise par Denis Sassou Nguesso, est donc un baril de poudre. Un rien, une nervosité, une étincelle, ce sera le chaos et un affrontement sanglant entre les deux forces en présence : le peuple et le président battu.

 

C’est pourquoi, en responsabilité devant l’histoire, il nous incombe d’anticiper et de désamorcer tout bain de sang. Pour ce faire, j’en appelle tout d’abord au président François Hollande dont la responsabilité est grande, afin qu’il somme le président sortant de ne pas s’entêter à organiser «son» évidente fraude électorale. Au reste, le président français, à titre préventif, devrait mobiliser les forces armées françaises pour qu’elles protègent la communauté française du Congo Brazzaville et que, par cette présence dissuasive, Denis Sassou Nguesso n’ait pas la tentation de recourir aux armes pour se maintenir au pouvoir. Ensuite, je demande solennellement au Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, de mettre en garde par note verbale le président sortant contre toute utilisation de la force contre le peuple congolais, au risque de supporter toutes les conséquences juridiques qui découleraient des massacres. Enfin, je prie également le président de l’Union africaine, son excellence Idriss Déby Itno, d’organiser, dès à présent, une médiation pour la sortie en douceur du président Denis Sassou Nguesso après sa défaite électorale.

 

L’exemple récent du Burkina Faso, où l’insurrection populaire a eu raison des modifications intempestives de la Constitution, tout comme les élections en cours au Niger, où le peuple a porté au second tour un opposant emprisonné, et le cas emblématique du Bénin où les électeurs ont déjoué tous les pronostics, tous ses exemples sont autant de signes qui attestent d’un grand besoin de démocratie exprimé par les peuples africains.

 

Que nul ne vole au peuple congolais la défaite qu’il s’apprête à infliger à un président sortant. Comme disent Matthieu, Marc et Luc : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.»

 

Benoît Koukébéné Ancien ministre du Congo Brazzaville, opposant en exil

 

 

ANALYSE

 

Congo : le président Denis Sassou-Nguesso, seul face à son peuple

 

Par Joan Tilouine LE MONDE  Le 19.03.2016 à 16h45 • Mis à jour le 20.03.2016 à 08h16

 

Denis Sassou-Nguesso, dit-on, rêvait de marquer l’histoire du continent africain, de laisser de lui l’image d’un architecte de la stabilité, d’un « homme de paix ». Mais le chef d’Etat congolais, qui veut aussi se succéder à lui-même lors de l’élection présidentielle de ce dimanche 20 mars, se retrouve pris dans le piège de son propre système, aveuglé par le pouvoir et la nécessité de le garder.

 

La constitution qui l’empêchait de se représenter ? La voilà changée en octobre 2015 lors d’un référendum contesté par tous, sauf par lui et son parti. Il passe en force. Et c’est bien là la principale faiblesse de cet ancien général putschiste devenu chef de guerre et président. L’alternance réclamée par une partie des Congolais ? Il n’en veut pas, pour le moment. Lui seul décidera quand le moment sera venu.

 

« Manque de vision »

 

Denis Sassou-Nguesso aime à rappeler sa présence au protocole de Brazzaville, en 1988, et son rôle pour l’indépendance de la Namibie. A 72 ans, usé par trente-deux ans de pouvoir dont de longs mois de guerre civile, il ne manque pas de montrer les photographies de lui-même aux côtés de Nelson Mandela, en 1991, à Brazzaville. Une scène qu’il répète dans le documentaire à sa gloire, « Le pouvoir et la vie », co-réalisé par François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique et diffusé sur la télévision publique quelques jours avant l’élection présidentielle. Le documentaire oublie de mentionner que M. Mandela a quitté le pouvoir en 1999, après un seul mandat de cinq ans.

 

Ces dernières années, devant les diplomates occidentaux et régionaux, M. Sassou-Nguesso a joué le rôle qu’il préfère : médiateur de la crise en Centrafrique. « Il n’a que très rarement évoqué les difficultés du Congo. Il aime discuter de la situation régionale, dit un diplomate. Son régime tient le pays mais le principal problème du Congo, c’est la gouvernance économique, et le manque de vision de Sassou. »

 

A défaut de vision, le candidat s’est présenté durant cette campagne, qui s’est tenue du 4 au 18 mars, comme un bâtisseur au sens premier du terme. Routes, ponts, usine, université, hôpital, le président Denis Sassou-Nguesso a inauguré en grande pompe une série de chantiers à travers le pays, qu’il a sillonné en jet privé et en convoi escorté par l’armée, n’hésitant pas à mobiliser des moyens de l’Etat et des ministres pour sa campagne.

 

Le bâtisseur et son clan

 

Kintélé, à une vingtaine de kilomètres au nord de Brazzaville, est la vitrine de cette folie des grandeurs qui réjouit les patrons chinois de sociétés de construction. Plus de 800 millions d’euros ont été dépensés par l’Etat pour bâtir un stade de 60 000 places qui n’a servi que deux semaines, pour les XIe jeux africains de Brazzaville en 2015, et pour lancer le chantier de la future Université Denis Sassou-Nguesso. « Il a transformé une vision théorique du développement en pratique, il mise sur les infrastructuresabonde un patron français qui lui est resté fidèle. Sassou reste car il n’a trouvé personne pour lui succéder, le moins bien est mieux que le pire. »

 

Parmi le « pire », il y a peut-être des opposants inexpérimentés et revanchards. Et dans son propre camp, son fils cadet, Denis Christel Sassou-Nguesso. Surnommé « Kiki », cet homme d’affaires, pétrolier réputé corrompu et député d’Oyo, le village familial, a caressé le rêve de succéder à son père. En vain. « Tu imagines un Zaïrois à la tête du Congo ? », dit en privé Denis Sassou-Nguesso à son sujet, rappelant l’origine de l’autre côté du fleuve, en République démocratique du Congo, de sa défunte épouse et mère de « Kiki ».

 

De son palais présidentiel, boulevard Denis Sassou-Nguesso, l’ancien agent de renseignement règne en maître absolu. Il gouverne seul, entouré des siens, ceux qui lui sont restés fidèles durant sa « traversée du désert » après sa défaite électorale en 1992 face à Pascal Lissouba. Battu, il se réfugie dans son village d’Oyo, au nord du pays, puis s’installe avenue Rapp, à Paris, plein d’amertume. Il se sent trahi, abandonné par son « ami » Jacques Chirac et par les pétroliers d’Elf (devenu Total). Lesquels le soutiendront pourtant dans sa reconquête du pouvoir par les armes en 1997, avec l’appui militaire de l’Angola. Encore aujourd’hui, il ressent comme une humiliation cet exil parisien ennuyeux et long de près de cinq ans. Sa gouvernance clanique, empreinte d’un zeste de paranoïa et d’interminables calculs d’arithmétique politico-tribale, le rassure.

 

« Le peuple n’a rien »

 

A ses côtés, il y a désormais sa fille Claudia, députée et conseillère de son père pour la communication et quelques affaires stratégiques. Son fils Edgard est à la tête du domaine présidentiel. Ses cousins, neveux, et autres membres éminents de son ethnie Mbochi parsèment l’organigramme du régime. Les querelles de pouvoir et de répartition des revenus du pétrole massivement détournés se résolvent en conseil de familles, ou chez les sages d’Oyo.

 

Entre-temps, des enquêtes ont été ouvertes en France, au Portugal et en Suisse, où les dépenses extravagantes de la famille ont attiré l’attention de la justice et des ONG anti-corruption. « Le président est las de ces affaires et des dérives de ses enfants devenus millionnaires sans rien faire. Ça l’use et attriste », entend-on dans son entourage. Pourquoi alors occupent-ils des postes stratégiques au sein de l’Etat et du secteur pétrolier ? « Il n’a plus le choix, il est en quelque sorte prisonnier de son clan », estime un diplomate africain, habitué du palais présidentiel de Brazzaville.

 

Le contexte ne lui est plus favorable : les cours du baril se sont effondrés, les agences de notation ont abaissé la note du pays, la dette se creuse et devrait atteindre 48 % du PIB en 2017, selon Moody’s. Et plus de 50 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. « Le Congo a gagné en 2013 plus de 5 milliards de dollars, mais nul ne sait où va cet argent,s’indigne l’ancien ministre des hydrocarbures (1993-1997), Benoît Koukébéné, opposant virulent au régime. Le bilan de Denis Sassou-Nguesso ? A part quelques routes, qu’a-t-il fait ? L’économie est en lambeaux, son clan vit dans l’opulence et le peuple n’a rien. »

 

Un constat partagé au sein d’une opposition hétéroclite menée notamment par d’anciens ministres de Denis Sassou-Nguesso et de Pascal Lissouba et par le celui qui veut incarner une troisième voie, le général Jean-Marie Michel Mokoko, 69 ans, candidat sans parti. Cet ancien chef d’Etat major et ancien conseiller du président semble être aujourd’hui un trait d’union entre les différents leaders de l’opposition, et cristalliser l’espoir de l’alternance.

 

Sassou et ses « créatures » face à l’opposition

 

En public, Denis Sassou-Nguesso se montre serein, voire provocateur lorsqu’il affirme qu’il va l’emporter au premier tour. En privé, il se révèle inquiet et agacé, selon des proches. Le président veut affaiblir cette opposition et briser l’élan de M. Mokoko. Il sait bien que ce général, qui joue la carte de l’intégrité, est son principal adversaire. Et il se méfie de son entregent militaire et diplomatique constitué durant ses nombreuses missions au service de l’Union africaine.

 

Depuis le retour de Jean-Marie Michel Mokoko à Brazzaville le 9 février, Denis Sassou-Nguesso s’est bien gardé d’intervenir face aux tribulations de son adversaire : l’encerclement de sa résidence, les convocations par la police et la justice, les perquisitions, les manipulations mises en œuvre par les services secrets. « Mokoko a une volonté de créer des tensions dans le pays, il est en perdition, et on a aucune raison de l’aider à s’en sortir », confiait il y a un mois Thierry Moungalla, ministre de l’information devenu directeur de campagne du président. « C’est vraiment un pays d’un autre âge, me voilà ennemi numéro un, répliquait alors M. Mokoko, en s’esclaffant au téléphone. Vaut mieux en rire, non ? »

 

Mais lorsque la campagne du général a semblé prendre de l’ampleur, Denis Sassou-Nguesso a dû arbitrer. Son neveu, le patron du renseignement, Jean-Dominique Okemba (« JDO »), fin stratège, était en faveur d’un laisser-faire, pour éviter une scission dans l’armée. Alors que le directeur général de la police, Jean-François Ndenguet, connu pour ses méthodes musclées, plaidait pour sa part l’élimination de Mokoko. C’est la ligne « JDO » qui l’a emporté, mais avec la multiplication d’obstacles pour la campagne de M. Mokoko : convocations incessantes chez les services de sécurité intérieure, et interdiction de certains meetings de campagne.

 

Piliers du dispositif sécuritaire, M. Okemba et M. Ndenguet sont des « créatures » de Denis Sassou-Nguesso. A la fois brutal et stratège, il est la synthèse de ces deux hommes dont il ne peut se passer pour surveiller les populations. Le chef d’Etat redoute plus que tout un soulèvement populaire de masse. Il ne peut s’empêcher de penser à la chute de son ami Blaise Compaoré, au Burkina Faso, en 2014. Un scénario qui le hante même s’il sait qu’au Congo, les traumatismes de la guerre civile de 1997 freinent les desseins révolutionnaires.

 

Un autocrate isolé

 

Alors les vieux réflexes de militaire reviennent et ses troupes sont déployées dans les villes et le long des routes. Songe-t-il à renforcer l’équipement de son armée ? Un responsable « Afrique francophone » du groupe sud-africain d’armement Paramount a en tout cas fait le déplacement à Brazzaville le 15 février, en provenance de Johannesbourg. C’est cette entreprise qui loue les deux Mirage avec pilote dont dispose l’armée congolaise.

 

En parallèle, « JDO », le patron du renseignement, a été discrètement envoyé à Paris où il s’est entretenu avec ses homologues français. Pendant ce temps, d’autres émissaires faisaient les va-et-vient entre Brazzaville et Luanda dans l’espoir d’obtenir un soutien de l’Angola, la puissance militaire régionale, en cas de débordements à Brazzaville. En vain. Le président angolais, José Edouardo Dos Santos, arrivé au pouvoir en 1979, comme Denis Sassou-Nguesso, a annoncé qu’il quittait la vie politique en 2018. Et a refusé le principe d’une intervention au Congo. « Les Angolais se méfient des changements démocratiques mais ont peu de considération pour Sassou », confie un diplomate africain.

 

De fait, l’influence régionale du président congolais s’est considérablement réduite et ses relations avec les pays frontaliers se sont dégradées. Jugé arrogant par ses homologues, Denis Sassou-Nguesso est de plus en plus isolé. Nul parmi les pays voisins ne serait plus opposé à son départ. Il n’est pas non plus le bienvenu en France, où les relations avec François Hollande sont « courtoises mais froides ». Les relations sont pires encore avec les Etats-Unis depuis que ses partisans ont insulté l’ambassadrice américaine en poste à Brazzaville, jugée trop proche de l’opposition. L’Union européenne a décidé ne pas envoyer d’observateurs à cette élection, qui se déroule dans des conditions opaques et propices à la fraude.

 

L’« homme de paix » qui voulait rayonner en Afrique a ainsi échoué, malgré sa longévité, à devenir le grand personnage de ses chimères. Il lui est arrivé, durant cette dernière campagne, pour se justifier, d’invoquer le général de Gaulle : « Je crois qu’aux Etats-Unis, en France et ailleurs, on a vu des chefs d’Etat rester longtemps au pouvoir. Le général de Gaulle est resté longtemps au pouvoir. » Dix ans et dix mois pour le général de Gaulle, 31 ans et onze mois pour Denis Sassou-Nguesso, sans compter son probable nouveau mandat de cinq ans, renouvelable jusqu’en 2031. Un pouvoir sans partage pour un homme retranché dans son pays, seul avec lui-même et face à son peuple.

 

Joan Tilouine

Lu pour vous : Congo Brazaville: et si nous vivions un bain de sang? par Benoît Koukébéné

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