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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 00:03

 

INVITÉ AFRIQUE

 

Par Laura Martel  RFI mercredi 30 mars 2016

 

C’est ce mercredi 30 mars que Faustin-Archange Touadéra doit être investi président de la République centrafricaine (RCA). L’espoir, pour les Centrafricains, de tourner la page de trois ans de crise meurtrière. L’ancien Premier ministre du président Bozizé a été élu en candidat indépendant, il devra donc attendre le résultat du deuxième tour des législatives qui aura lieu ce jeudi, avant de former son gouvernement. Parmi les nombreux défis qui l’attendent, quelles seront ses priorités ? Qui pourrait être à ses côtés pour les relever ? Didier Niewiadovski, universitaire, ancien coopérant basé à Bangui entre 2008 et 2012 et proche du Faustin Archange Touadéra, répond à Laura Martel.

 

Réconciliation, désarmement, retour des réfugiés déplacés, redéploiement de l’Etat. Les défis qui attendent Faustin-Archange Touadéra sont nombreux. Quel est, selon vous, le premier chantier auquel il pourrait s’attaquer ?

 

Didier Niewiadowski : Il y a deux impératifs prioritaires. La priorité absolue, c’est la réconciliation nationale qui devra être faite dans les plus brefs délais. Mais déjà le président Touadéra s’est rendu dans des régions qui avaient été oubliées depuis de nombreuses années. Je pense à ses voyages la semaine dernière à Obo, et également dans le nord-est à Birao et à Ndélé. Et le second impératif, c’est de traiter tout ce qui a été commis durant ces dernières années, notamment les crimes de sang et les crimes économiques et financiers, avec des institutions nationales. Je pense notamment à la Cour spéciale pénale qui a été créée, mais qui n’est pas encore opérationnelle, puis aussi revivifier les institutions de contrôle qui n’ont jamais vraiment existé en Centrafrique, je pense notamment à la Cour des comptes et aux inspections générales des finances et inspections générales d’Etat.

 

Comment cet impératif de réconciliation nationale peut-il influencer la manière de gouverner du nouveau président ?

 

Cela passe par les principes d’une forte décentralisation territoriale avec des élections évidemment au niveau local et des projets de développement économique régionaux. Avec aussi une meilleure intégration à des espaces économiques comme la CEEAC [Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale] ou la CEMAC [Communauté économique et monétaire des Etats de l'Afrique centrale]. Ces principes de décentralisation et d’intégration régionale permettront de réaliser à moyen terme une réconciliation nationale avec évidemment, au niveau politique, une participation des personnalités originaires de toutes les régions au gouvernement et bien sûr à la haute administration publique.

 

Peut-on envisager que le président s’appuie particulièrement sur son Premier ministre pour pouvoir, lui, se placer un peu au-dessus de la mêlée.

 

C’est fort possible d’autant plus qu’il y a des élections législatives qui sont encore en cours. Donc le président Touadéra devra nommer un Premier ministre qui, nécessairement, devra avoir sa majorité parlementaire pour gouverner. Donc nous avons là déjà les prémisses d’un régime semi-parlementaire qui n’existait pas vraiment auparavant et étant donné qu’il y avait aussi une sorte de parti unique, le parti du président. Ce n’est pas le cas aujourd’hui : la plupart des députés sont des candidats indépendants. Il est fort possible que nous ayons donc un président qui assume toutes les responsabilités d’un chef de l’Etat, mais qui délègue une partie du pouvoir exécutif au Premier ministre. D’ailleurs c’est la Constitution. Nous aurons donc un régime beaucoup plus équilibré qu’auparavant avec un bicéphalisme au niveau exécutif et une Assemblée nationale qui ne sera pas aux ordres d’un parti présidentiel.

 

Le deuxième tour des législatives, c’est ce jeudi. Le président Touadéra n’a pas de parti propre. Devrait-il tout de même pouvoir s’assurer une majorité à l’Assemblée ?

 

Oui, étant donné le nombre important de candidats indépendants qui évidemment commencent à se rallier plus ou moins au président Touadéra, je pense que le président n’aura pas beaucoup de difficultés à réunir la plupart de ces candidats indépendants, dans une sorte de majorité présidentielle. Mais évidemment dans un premier temps, ce ne sera pas un parti politique. Ce sont des personnalités qui se rallient à un programme, qui soutiendront d’abord le Premier ministre, mais bien sûr in fine, le président de la République.

 

De quelles personnalités pourrait-il s’entourer ?

 

Le président Touadéra a déjà une équipe assez ancienne. Il a conservé quasiment la même équipe que lorsqu’il était Premier ministre. Il est fort possible évidemment qu’il puise dans ce vivier pour trouver ses proches collaborateurs au niveau gouvernemental, et peut-être même au niveau du Premier ministre. En ce qui concerne le poste de Premier ministre, évidemment des noms circulent : Karim Meckassoua qui est son ancien ministre d’Etat au Plan et à l’économie, c’est une personnalité qui a été également candidate à la présidentielle, qui a eu un score tout à fait honnête et qui surtout s’est présentée aux élections législatives et a été brillamment élue au premier tour avec plus de 60% des voix à Bangui. Donc Karim Meckassoua est une personnalité quasiment incontournable. Sera-t-elle membre du gouvernement ? Sera-t-elle Premier ministre ? Le président Touadéra décidera, mais c’est une personnalité sur laquelle il faut compter d’autant plus qu’il représente aussi un courant important de la société centrafricaine, et notamment la communauté musulmane. Ce serait un atout peut-être pour le président Touadéra. Il y aussi d’autres noms qui circulent : Charles Armel Doubane qui était un ambassadeur remarqué de la République centrafricaine à l’ONU ; c’est un diplomate de carrière, énarque français, qui pourrait être donc un Premier ministre, voire un ministre des Affaires étrangères dans la prochaine équipe du président Touadéra. Il y a aussi des personnalités qui ont été ses adversaires, comme d’ailleurs Meckassoua, je pense notamment à Anicet-Georges Dologuélé qui a été le challenger au second tour de la présidentielle. Anicet-Georges Dologuélé a agi en homme d’Etat en reconnaissant très rapidement sa défaite. Mais il n’est pas impossible de voir Dologuélé rejoindre le gouvernement ou un poste important à l’Assemblée nationale. C’est un homme sur lequel il faut compter. Et dans la perspective encore une fois de la réconciliation nationale, il est possible que Anicet-Georges Dologuélé fasse partie des hommes proches du président Touadéra.

Didier Niewiadowski sur RFI : en RCA, «la priorité absolue, c’est la réconciliation nationale»
Didier Niewiadowski sur RFI : en RCA, «la priorité absolue, c’est la réconciliation nationale»

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