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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 11:47

 

 

 

L’alignement des planètes semble plus que jamais favorable pour la Centrafrique depuis plusieurs mois. Tout semble illustrer qu’il y règne la paix, du moins relative, avec la quasi disparition des violences meurtrières. Il faut s’en réjouir. Quelles en sont les raisons ? Sont-ce -- le voyage de Pape François à Bangui vers la fin novembre 2015 qui a marqué les esprits et poussé à la réconciliation entre les chrétiens et musulmans? – la réorganisation plus efficace des Casques Bleus en Centrafrique (MINUSCA) afin de pallier les lacunes qu’on leur reprochait ? – la volte-face des milices armées (ex-Séléka et Antibalaka) qui, de guerres lasses, ont mis bas les armes ? – la lassitude des brigands, fort nombreux (coupeurs de routes et autres criminels de droits communs) ? Sans doute une conjonction de tout cela.

 

Se souvient-on ? La République Centrafricaine a eu sa période glorieuse de concorde sociale, de sérénité et du bien-vivre pendant les années 60 jusque dans les années 70. Bien des gens pouvaient manger à leur faim, les différentes composantes ethniques  pouvaient se fréquenter, partager le même espace territorial, nouer des alliances matrimoniales. Les ressortissants des pays frontaliers venant en Centrafrique étaient accueillis volontiers, Bangui étant le réceptacle d’une tradition d’accueil. Ainsi on y trouve des quartiers dits Camerounais, Bacongo, Moustafa pour les Ouest-africains ou Sara pour les ressortissants du Tchad. Le Km5 fut le quartier populaire pour les jeux d’argent, le dancing et les filles et où allait s’encanailler un grand nombre de Banguissois.

 

La RCA accueillait les réfugiés du Congo Kinshasa durant la rébellion de Pierre Mulélé dans  les années 60, puis ceux du Soudan fuyant les rebelles de John Garang au début des années 70. Elle recevait des Rwandais victimes du génocide de 1994.

 

Tourner la page

 

La population centrafricaine a fait preuve de maturité lors des dernières élections démocratiques du mois de décembre ; les gens sont allés voter massivement au péril de leur vie alors même que les menaces des milices armées grondaient. Ils ont voté pour leur nouvelle constitution puis les présidentielles et législatives groupées. Beaucoup ont souffert dans leur chair et leur âme, ceux qui ont perdu des parents ou tous leurs biens, tout au cours des trois dernières années de la crise politico-religieuse. Des communautés diversifiées qui vivaient ensemble des décennies durant se sont levées un jour pour s’entredéchirer jusqu’aux massacres. Ces abominations en RCA, pays de Boganda, qui l’eût cru ? Ce pays dont on disait dans les années 60 qu’il était la Suisse africaine, calme, sereine, un pays effacé, relatait-on.

 

La population centrafricaine profondément meurtrie ne peut souffrir une nouvelle crise ; elle veut tourner la page et s’engager résolument vers la paix. C’est en cela que le nouveau régime du président Touadéra devra changer de logiciel par rapport à ses prédécesseurs, faire preuve de tacts, de lucidité pour trouver des solutions à l’immensité des problèmes de la Centrafrique. Comme elle, d’autres pays africains ont connu des périodes sombres dans leur histoire; ils s’en sont sortis, ont élevé et bâti à la place des ruines de guerre des cités admirables et une économie prometteuse. C’était le cas dans les années 80 de l’Angola et de l’Ethiopie entre autres.

 

Préparer l’avenir

 

Maintenant qu’un nouveau président est élu démocratiquement, et qu’une assemblée nationale se met en place, il va falloir que les Centrafricains s’en tiennent résolument à la paix relative dans le pays et qu’ils surmontent le traumatisme qu’ils ont subi, tout en maintenant la cohésion entre les diverses communautés ethniques et religieuses. C’est dans ce contexte que la résilience à l’échelle de la communauté nationale prendra tout son sens. Autant la résilience peut concerner quelqu’un individuellement, elle pourra s’adresser aussi bien à toute la communauté nationale. Le travail sur le dépassement du traumatisme que chaque individu ou groupes d’individus ont subi peut s’inscrire dans une démarche collective, car chaque homme ou femme est forcément lié à son entourage, au milieu où il/elle vit.

 

La crise centrafricaine dans sa brutalité (massacres, viols, pillages) n’a épargné personne. Outre le traumatisme physique, le traumatisme psychologique reste profond. Une des clés du dépassement de cette blessure pourrait être cherchée dans la prise de conscience de l’histoire de la Centrafrique. Les différentes communautés ethniques et religieuses y ont vécu en bonne intelligence, ont partagé souvent le même espace territorial, nous l’avons dit ; par conséquent, leurs membres sont capables de trouver des solutions pour combler leurs fractures ethniques et religieuses et de continuer à vivre ensemble. Une résilience aura d’autant plus de réussite lorsqu’elle sera menée collectivement et construite autour des solutions ou méthodes ayant fait leurs preuves par le passé, ou ayant été utilisées avec succès dans d’autres régions et qu’on pourra adapter. Une des clés de réussite réside surtout dans les offres d’activités qu’on proposera aux différentes communautés et qui pourront améliorer le quotidien de leurs membres.

 

Créer des activités contribuera au renforcement des liens ; en même temps, on pourra organiser des groupes de travail ou de réflexion afin que ces membres  participent à l’élaboration des solutions. Des facteurs pouvant permettre le développement de la résilience nationale centrafricaine :

 

1-L’apport de la diaspora : chercheurs, scientifiques,  intellectuels inemployés à l’étranger pourront être mis à contribution.

 

2-L’Université de Bangui.

 

3-Des journalistes : la presse étant un vecteur de taille pour la promotion de ces initiatives.

 

4-Le soutien des mécènes.

 

Tout un pan d’activités sont sinistrées ou abandonnées durant des décennies de crises, dans l’économie, dans l’art et la culture. Il y a en RCA des artistes de grandes valeurs, et dans tous les domaines : peinture, sculpture (ébène, tek, bois rouge ou jaune), céramique. La musique moderne est quasi inconnue sur le plan international et peine à s’imposer par manque de moyens. Pourtant, dès les années 50 il y avait des musiciens talentueux comme Jean-Marc Lesoi, Jean Magalet, Dominique Eboma etc. qui jouaient des ballades en langue Sango. En peinture, quelques d’artistes  se sont imposés, notamment Hyppolite Nadonamse, Béatrice Mossongo, Nestor Penzi, Pierre Malitovo en sculpture, Dieudonné Wambeti Sana. En littérature, les nouvelles publications sont insuffisantes, mis à part les ouvrages d’anciens auteurs de renom comme Pierre Samy Macfoy, Makombo Bamboté, Etienne Goyémidé …

 

Créer des Petites et Moyennes Entreprises pour relancer l’économie du pays reste le défi à relever. La RCA est une zone peu mise en valeur en termes de Technologie de l’Information et de la Communication et demeure en marge des opportunités qu’offre cet outil pour créer des activités économiques. L’internet est incontournable pour les chefs d’entreprises des PME, les exploitants agricoles. L’économie du savoir est un secteur d’avenir et l’internet en devient  l’outil central permettant la diffusion de l’information et des connaissances auprès de la population.

Tel le phénix, oiseau d’origine éthiopienne qui a le pouvoir, d’après la légende, de se consumer sur le feu mais renaître toujours de ses cendres, la Centrafrique tombée en ruine aspire à se renouveler. Si tel est le cas, son sort dépend de la volonté ou non de ses fils ou ses filles  de bâtir les conditions pour un devenir meilleur.

 

Carlos MBETI

 

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