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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 09:51
Peut-on encore organiser des élections crédibles en Centrafrique ?

 

 

 

Tout le monde en convient, l’organisation par l’Autorité Nationale des Elections (ANE) du référendum constitutionnel et des scrutins groupés de la présidentielle et des législatives qui viennent d’avoir lieu en Centrafrique est tellement chaotique que les prétendis résultats qui sont issus ne reflètent nullement l’expression de la volonté d’une majorité de Centrafricains. Cette pagaille électorale vient s’ajouter aux mascarades d’élections de 2005 et 2011 pour achever de convaincre certains que c'est impossible d’organiser des élections crédibles en Centrafrique ou que les Centrafricains sont incapables d’organiser de bonnes élections.

 

Des élections présidentielles et législatives avec des résultats crédibles et incontestés ont pourtant été organisées avec succès en 1993 par une certaine Commission Electorale Mixte Indépendante (CEMI), structure voulue et mise en place par le collectif des candidats à l’élection présidentielle d’alors. Pour une première expérience dans le genre en Afrique, il y a tout lieu de s’en féliciter. Ces élections ont vu le président sortant, le général président André Kolingba qui voulait se succéder à lui-même - être battu dès le premier tour de scrutin puisqu’il n’est arrivé qu’en quatrième position - au profit d’Ange Félix Patassé élu au second tour de scrutin contre le Pr Abel Goumba.

 

Douze années après, les élections présidentielles et législatives organisées en 2005 par le président François Bozizé pour légitimer le pouvoir qu’il a pris par coup d’état en mars 2003 ont été en réalité gagnées par Martin Ziguélé qui avait mis le général putschiste en ballottage dès le premier tour de scrutin mais le président du MLPC a été contraint de « reconnaître sa défaite » et de féliciter le « vainqueur » François Bozizé. On saura après qu’un citoyen béninois expert en manipulation informatique des données électorales travaillant au PNUD de Bangui acheté par Bozizé a arrangé la « victoire » de ce dernier ainsi que « l’élection » d’environ quatre vingt (80) députés au second tour des législatives pour la majorité présidentielle alors qu’aucun candidat n’a été élu au premier. Il y a lieu de rappeler également que Me Nicolas Tiangaye a été lui aussi privé de sa victoire aux législatives dans la première circonscription du 4ème arrondissement confisquée par le même François Bozizé candidat aux législatives lui aussi.

 

En 2011, le même François Bozizé conclut un deal avec Joseph Binguimalet, un compatriote ancien chauffeur d’ambassade reconverti en vrai faux pasteur et porté comme par hasard à la tête d’une commission électorale prétendument indépendante,  pour opérer une grossière mascarade et un véritable hold-up électoral dont les résultats frauduleux ont été immédiatement contestés par l’opposition démocratique d’alors malgré leur approbation par une cour constitutionnelle dont les membres ont été grassement arrosés à l’époque par Bozizé et donc étaient aux ordres. Un rapport d’experts de l’Union européenne qui a financé en grande partie cette farce électorale au profit du potentat de l’époque a décrit en détail le modus operandi des fraudes massives surtout dans les bureaux de vote des huit arrondissements de la capitale.

 

Les conséquences de ces honteuses élections frauduleuses sont l’entrée massive et scandaleuse de la famille Bozizé à l’assemblée nationale et le blocage de la vie politique nationale qui en a suivi en raison de la surdité et de l’autisme du même Bozizé. L’usure du pouvoir et la mal gouvernance aidant, notamment celle des forces armées, il n’a fallu qu’une quinzaine de jours à peine à la rébellion armée de la coalition Séléka qui a déclenché les hostilités à partir de la ville de Ndélé pour se retrouver aux portes de Bangui. On ne le dit pas assez mais l’état de déconfiture très avancée de l’armée nationale et des forces de sécurité dont la gestion relevait exclusivement de Bozizé et son fils Jean Francis était tel que la protection qu’ils sont allés chercher auprès de l’armée de Jacob Zuma n’a pas suffi ni permis de les tirer d’affaire. Ils durent abandonner le pouvoir et détaler devant les rebelles de Séléka.  Ce sont là des faits qu’il faut rappeler aux Centrafricains dont certains ont la mémoire bien courte.

 

La création d’une Autorité Nationale des Elections (ANE) consensuelle, voulue tant par la majorité présidentielle que l’opposition démocratique de l’époque et désormais chargée d’organiser les élections, a résulté des déplorables et invraisemblables conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections de 2011 où la partialité avérée des fonctionnaires de l’administration du territoire a été pointée du doigt. Ceux qui ont porté l’ANE sur les fonts baptismaux ne pouvaient nullement se douter que leur création serait au cœur d’une hallucinante pagaille organisationnelle qui irait jusqu’à l’annulation pure et simple des scrutins groupés du 30 décembre 2015 par la cour constitutionnelle de transition même si cette dernière, sans doute à cause des pressions qu’elle a reçues, a choisi de valider la présidentielle et d’annuler les législatives. L’ANE telle qu’elle est actuellement composée, tant dans sa direction à Bangui que dans ses démembrements de province, est disqualifiée pour organiser d’autres élections. Elle n’inspire plus confiance donc pourquoi s’acharner à lui confier l’organisation d’autres scrutins ! A cause de cette ANE qui fait honte, les Centrafricains passent pour être des rigolos incapables d’organiser des élections dignes de ce nom avec des résultats crédibles.

 

L’organisation du référendum du 13 décembre 2015 qui n’avait pas un enjeu particulièrement disputé, avait déjà donné lieu à un gigantesque désordre n’ayant pas rendu possible l’obtention d’un taux de participation électoral et des résultats fiables. Le plus sidérant est que les choses se sont encore davantage détériorées avec les scrutins groupés du 30 décembre 2015. Les responsables de l’ANE qui ont prétendu tirer enseignements de leur échec organisationnel du référendum constitutionnel n’ont à nouveau pas été à la hauteur de leur mission. Le recrutement comme agents électoraux de personnes à peine lettrées et manifestement incompétentes sur des bases familiales, de copinage et de népotisme tant pour le recensement des électeurs que pour l’organisation du vote et la saisie des résultats, a eu raison de l’ANE dont les deux principaux responsables, est-il besoin de le rappeler, avaient comme par hasard, démissionné de leurs fonctions quelques mois plus tôt.

 

Comment accepter que l’ANE n’ait même pas été en mesure de fournir, et c’est le minimum qu’on attendait d’elle, un chiffre correct du taux de participation des électeurs à une élection. C’est une évidence que l’ampleur et la gravité des irrégularités lors des opérations de vote ainsi que la non fiabilité de la chaîne de collecte des documents électoraux et le traitement des données par le système informatique de l’ANE jettent une suspicion légitime et un réel discrédit sur les résultats des élections du 30 décembre 2015. En cela, le refus de la cour constitutionnelle de transition d’annuler également le scrutin présidentiel qui a pourtant eu lieu le même jour et dans les mêmes conditions que les législatives est très curieux, illogique et incompréhensible.

 

C’est une décision bancale qui laisse évidemment un arrière-goût amère de nature à générer des frustrations qui pèseront incontestablement sur l’évolution de la vie politique nationale qui n’en a pas besoin même si les décisions de la cour constitutionnelle ne sont pas susceptibles de recours. On voit bien ici les limites de la méthode du recours aux voies légales pour la contestation des résultats électoraux. Tant pis pour ceux qui se font voler aux élections et qui saisissent la cour constitutionnelle. C’est inadmissible ! L’annulation de la présidentielle du 30 décembre s’impose donc comme pour les législatives du même jour et apparait dorénavant comme la condition pour rasséréner le climat socio-politique dans un contexte électoral tendu et dont rien ne doit servir de détonateur. La communauté internationale qui a tant voulu la tenue de ces élections doit prendre à nouveau ses responsabilités car l’élection d’un président par défaut, loin d’arranger les choses, ne mettra pas forcément un terme à la longue et interminable crise centrafricaine.

  

La rédaction

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