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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 12:17

 

 

Tribune

 

http://www.iris-france.org/  12 février 2016  Par Samuel Nguembock

 

Après les menaces d’arrêt des opérations électorales qui ont pesé sur le déroulement du scrutin lors du premier tour de l’élection présidentielle du 30 décembre 2015, le processus électoral suit finalement son cours. Ce dernier devrait en principe s’achever le 14 février 2016 avec l’élection au deuxième tour du prochain président de la République Centrafricaine. Après l’annonce de la publication des résultats partiels, une vingtaine de candidats avaient exigé dans une déclaration commune d’arrêter les opérations électorales au motif d’importantes fraudes et irrégularités observées dans la conduite du processus. Si les dénonciations faites par ces candidats n’ont pas contribué à désarticuler le processus électoral de la présidentielle et à aggraver l’instabilité politique dans le pays, ce qui autorise un certain optimisme, il faut reconnaître que plusieurs virages difficiles restent à négocier avec beaucoup de prudence.


Les enjeux du second tour de la présidentielle


Au-delà du simple rendez-vous électoral qui va opposer Anicet-Georges Dologuélé à Faustin Archange Touadéra, il faut voir les alliances et le positionnement des acteurs dans la perspective du lancement du vaste chantier de la construction de l’Etat post-transition. Les principaux protagonistes sont bien connus de la scène politique nationale et régionale. Au regard de leurs profils respectifs, il est difficile de prédire l’issue de cette élection. Tous deux ont été premier ministre dans leur pays et ont chacun un parcours professionnel incontestablement méritoire.


Avec 23,74 % des suffrages obtenus au premier tour, Anicet-Georges Dologuélé, 58 ans, est originaire de la région de l’Ouham-Pendé au Nord-Ouest de la Centrafrique. Il a été Premier ministre sous l’administration de l’ancien président Ange-Felix Patassé de 1999 à 2001. Il a ensuite été président de la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (BDEAC) jusqu’en 2010. Bien que son parti soit relativement jeune, parce que créé en octobre 2013, Anicet-Georges Dologuélé a pu rassembler autour de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), une partie des dirigeants du parti Kwa Na Kwa (KNK) et une bonne frange de l’électorat de l’ancien président François Bozizé. Il bénéficie également du soutien de Désiré Kolingba, président du Rassemblement démocratique centrafricain (RDR) et candidat déchu au premier tour avec 12,04 % des voix. Il peut aussi compter sur l’alliance avec Sylvain Patassé, candidat également au premier tour.


Arrivé deuxième au premier tour avec 19,05 % des voix, Faustin Archange Touadéra, candidat indépendant, 58 ans comme son concurrent, a déjoué tous les pronostics au regard des poids lourds qui étaient en compétition. Ce candidat originaire de la localité de Damara, près de Bangui, a été de 2008 à 2013 le dernier Premier ministre de l’ancien président François Bozizé. Il a été recteur de l’Université de Bangui. Comme son rival, il bénéficie du soutien de certains cadres et responsables locaux du KNK. Très soutenu au Sud du pays, il a pu obtenir l’adhésion de 18 candidats du premier tour à son programme. Il peut aussi compter sur l’un des favoris du premier tour Martin Ziguélé avec ses 11, 43% des voix.


Si ces alliances entre partis permettront à l’un ou à l’autre d’accéder à la magistrature suprême en offrant une assise politique confortable, la marge de manœuvre pour gouverner et opérer les choix stratégiques consensuels semble se présenter comme un défi à relever. En tout état de cause, le ton donné par le porte-parole du RDR offre des indicateurs sur le fonctionnement de la probable majorité présidentielle dirigée par Dologuélé. Pour ce dernier, il s’agit bien « plus qu’un accord électoral, il s’agit d’un engagement politique (…) Nous nous engageons à soutenir M. Dologuélé dans sa campagne. Et, en cas de victoire de celui-ci, nos deux partis travailleront conjointement pour redresser le pays ». Il serait peut-être précoce de prêter des intentions malveillantes à cette déclaration, mais la question de la cohérence entre l’action gouvernementale et la politique générale du prochain président pourrait se poser sur bon nombre de dossiers liés notamment à la cohésion nationale et à la consolidation de la paix dans le pays. Par ailleurs, le nouveau président sera attentif à la distribution des cartes politiques qui seront issues des élections législatives au cours de la même période.


Les défis post-électoraux du prochain gouvernement centrafricain


Au-delà des digues qu’il va falloir soutenir au niveau politique et gouvernemental, trois grands défis principalement devront être relevés pour tout gouvernement nouvellement constitué en République centrafricaine : la sécurité, la reconstruction de l’Etat et l’économie.


En ce qui concerne la sécurité, le défi de la construction des forces de sécurité et de défense est gigantesque. Depuis les indépendances, ce pays n’a pas eu une armée capable d’exprimer sa loyauté et sa fidélité vis-à-vis de la souveraineté nationale. Au cours des dernières décennies, la défense nationale a été scandaleusement soumise à la sous-traitance stratégique tantôt des Etats de la région, tantôt des milices armées ou des groupes rebelles. Avec un territoire de plus de 600 000 km2 et une population d’environ 5 millions d’habitants, le nouveau président aura comme impératif majeur de se doter d’un appareil de défense nationale capable de permettre au gouvernement de faire exprimer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire. L’accélération du processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) devra donc être inscrite parmi les axes prioritaires du nouveau gouvernement. A ce propos, le nouveau gouvernement, pour bénéficier de l’appui technique des Nations unies et des partenaires internationaux, devra impérativement se doter d’un organe autonome de conception et de coordination interinstitutionnelle capable d’assurer le suivi et la mise en œuvre de la stratégie nationale de sécurité voulue par le nouvel exécutif.

La reconstruction de l’Etat est un défi qui sera incontestablement relevé sur le long terme. Mais les fondations de cette reconstruction et les réformes structurelles y afférentes seront attendues dès les premiers mois de l’exercice du pouvoir. En plus des services de sécurité et de défense nationale à construire, tous les autres secteurs de la fonction publique de l’Etat et de la gouvernance territoriale décentralisée sont également soit à construire, soit à consolider pour réduire les inégalités sociales et territoriales du pays. Sans une stabilité politique et sécuritaire portée par le nouveau gouvernement, il sera difficile d’envisager la résolution de l’équation des centaines de milliers de réfugiés centrafricains répartis dans les pays de la sous-région.


Sur le plan économique, il va falloir relancer très rapidement l’activité économique. Le pays regorge d’immenses richesses naturelles qui pourraient servir à la reconstruction économique et au développement des infrastructures de base. Ces richesses nationales contrastent avec les indicateurs démographiques du pays qui connait notamment une population majoritairement jeune et sans emploi. Pour cela, il faudra offrir aux investisseurs un environnement des affaires absolument attractif et sécurisé. Une politique de rattrapage économique ambitieuse et dynamique pourrait s’avérer indispensable pour atteindre cet objectif.

Lu pour vous : Election présidentielle en Centrafrique : enjeux et défis post-électoraux

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