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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 12:19
Lu pour vous : Duel incertain pour la présidence de la Centrafrique

 

 

 

Par Cyril Bensimon  LE MONDE Le 12.02.2016 à 18h09 • Mis à jour le 12.02.2016 à 18h37

 

Le premier tour de l’élection présidentielle centrafricaine, couplé avec des législatives, fut un succès populaire et un fiasco en termes d’organisation. Fin décembre 2015, les électeurs ont voté avec enthousiasme, avides de tourner la page de trois années infernales, mais les instances chargées de préparer les scrutins et de décompter les résultats ont démontré une somme d’incompétences. Certaines fiches censées détailler les résultats des candidats ne sont jamais arrivées à Bangui, d’autres sont parvenues à bon port mais avec pour seule annotation : « Les élections se sont bien passées ici. »

 

Organisé à la hâte sous la pression de la communauté internationale et surtout de la France, qui entend se désimpliquer militairement de la République centrafricaine (RCA) où elle maintient encore près de 900 soldats, le premier tour de cette double élection s’est conclu sur un paradoxe : les résultats de la présidentielle ont été validés alors que ceux des législatives ont été annulés, au vu du nombre d’irrégularités constatées. La logique laisse perplexe quand les fraudes et les cafouillages ont été observés dans les mêmes bureaux où se tenaient conjointement les deux scrutins. Dimanche 14 février, quelque 2 millions d’inscrits seront donc appelés à départager les deux finalistes pour la magistrature suprême, et à reprendre le vote pour leurs députés.

 

« L’annulation des législatives a réveillé tout le monde »

 

Si, de l’avis de plusieurs observateurs, la qualité de l’organisation devrait avoir progressé – « la catastrophe du premier tour avec l’annulation des législatives a réveillé tout le monde », selon un membre d’une équipe de campagne –, nul ne s’aventure à pronostiquer le nom du vainqueur de la présidentielle.

 

D’un côté, Anicet-Georges Dologuélé, 58 ans, arrivé en tête avec 23,7 % des suffrages exprimés, apparaît comme le candidat des milieux d’affaires et celui disposant du parti le mieux structuré. Homme sans aspérité, ce banquier nouveau venu dans l’arène politique – même s’il fut, entre 1999 et 2001, le premier ministre d’Ange-Félix Patassé –, peut se prévaloir d’une assise nationale et du ralliement dans l’entre-deux tours de Désiré Kolingba, arrivé troisième avec 12 % des votes.

 

De l’autre, Faustin Archange Touadéra, 58 ans également, semble bénéficier d’une dynamique favorable après avoir créé la surprise au premier tour en recueillant 19 % des votes. 21 des 28 candidats éliminés ont rejoint ce discret professeur de mathématiques, ancien recteur de l’université de Bangui. Ex-premier ministre de François Bozizé de 2008 à 2013, il mène une campagne de proximité jouant à plein la carte du candidat des pauvres contre celui des riches. « Les couches populaires et les cadres moyens comme les fonctionnaires, qu’il a toujours payés, lui sont acquis »,note un observateur étranger. A Bangui, certains se souviennent que« quand il était premier ministre, il remboursait les per-diems [indemnités pour frais] après ses voyages », une démonstration d’honnêteté à laquelle les Centrafricains n’ont pas été habitués par leurs dirigeants.

 

Urgences évidentes

 

Entre ces deux technocrates, les promesses et les programmes ne varient guère tant les urgences du pays sont évidentes. Chacun s’engage à rétablir la sécurité en instaurant un dialogue avec les groupes armés au risque d’en devenir l’otage, à réconcilier les communautés et à redresser une économie dévastée. L’élection devrait donc se jouer sur la personnalité des deux rivaux et les alliances régionales qu’ils ont su nouer, à moins que les différentes factions des Anti-balaka (milices d’autodéfense) et de la Séléka (la coalition de rebelles née de l’opposition à l’ex-président François Bozizé) s’immiscent dans le jeu.

 

Pour l’heure, le scrutin a déjà consacré M. Bozizé, en exil en Ouganda et interdit de se présenter, et sa famille politique. Pour passer le cap du premier tour, M. Dologuélé a bénéficié de l’appui de l’ex-chef de l’état renversé en mars 2013 et de sa mouvance, alors que M. Touadéra a été soutenu par de nombreux cadres du parti.

 

« Cette élection va permettre la restauration d’une élite dirigeante qui a globalement failli, grince Roland Marchal, chargé de recherche au CNRS. La crise est profonde et structurelle mais, faute de volonté internationale, rien n’a été fait durant les trois ans de transition pour introduire une nouvelle dynamique politique. Je crains que le jour d’après [les élections] soit comme le jour d’avant. »

 

De fait, quel que soit l’élu, l’avenir du pays dépend pour bonne part de l’implication financière de la communauté internationale après le vote. Dans les chancelleries occidentales et aux Nations unies, on promet que la RCA ne disparaîtra pas des radars une fois les élections passées, tout en rappelant l’espérance immédiate : que le vainqueur de la présidentielle l’emporte largement afin d’éviter des contestations susceptibles de dégénérer en affrontements.

 

Cyril Bensimon

 

 

 

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