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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 00:59

 

 

Depuis la victoire de Monsieur Faustin Archange TOUADERA aux élections présidentielles, on peut voir ici ou là fleurir toutes sortes de propositions dressant le portrait du Premier Ministre idéal, avançant même des noms de personnes qui auraient à coup sûr les compétences pour assurer ces fonctions. Si ce n’est la qualité de banquier, c’est le fait d’avoir un carnet d’adresses très épais qui semblent les critères les plus prisés. L’un des mythes les plus entretenus concerne également la qualité d’économiste.

 

Loin de moi l’idée que les compatriotes réunissant lesdites qualités ne seraient pas de bons premiers ministres. Je voudrais simplement attirer l’attention de nos compatriotes sur le fait qu’être banquier, économiste avéré, ou encore détenir un carnet d’adresses bien fourni ne suffit pas à caractériser un bon premier ministre. N’oublions pas qu’il s’agit d’un poste politique, étant entendu « la politique n’est pas une activité honteuse, mais au contraire noble si ceux qui l’exercent se montrent dignes de confiance en se mettant résolument au service de leur pays et pas simplement au service de leurs petits intérêts. Il faut donc au préalable se poser la question suivante : 2 Le premier ministre pressenti est-il un homme politique convaincant et convaincu ?

 

Lui connaît-on des convictions et des engagements politiques assis sur la défense d’un projet de société cohérent ayant pour objectif la satisfaction des besoins vitaux des centrafricaines et des Centrafricains ? Être un homme ou une une femme politique ne consiste pas seulement à se prévaloir de compétences de haut niveau en tant que banquier, économiste … ou à exhiber un carnet d’adresses rempli des cordonnées d’hypothétiques partenaires étrangers. Je voudrais ici inviter mes compatriotes à relativiser la pertinence de ces critères qui nous viennent de ces différents mythes.

 

1-Sur le mythe du banquier ou de l’économiste salvateurs. Si les banquiers et les économistes avaient du seul fait de qualités inhérentes à leur domaine de compétences spécialisées la capacité de garantir à leur pays une conduite judicieuse des affaires publiques ainsi qu’un développement économique, cela se saurait et on les verrait partout installés au pouvoir dans de nombreux pays. Concernant notre pays en particulier, on a, à plusieurs reprises, commis cette erreur en nommant premier ministre des personnes sous le seul prétexte qu’ils avaient servi dans les institutions financières internationales prestigieuses.

 

Qui peut dire aujourd’hui quels bénéfices notre pays a pu retirer de telles expériences ? La nomination du premier ministre centrafricain a trop souvent été le résultat de calculs opportunistes, tribalistes, clanistes, clientélistes, népotistes etc., les compétences « technico- disciplinaires » n’étant que le vernis destiné à légitimer aux yeux de nos compatriotes, un choix inapproprié, nullement fondé sur une réelle volonté de travailler à la satisfaction de l’intérêt général.  Les modalités du choix du premier ministre ont presque toujours conduit à propulser à la tête d’un gouvernement des compatriotes, certes hautement qualifiés dans leur domaine de compétences disciplinaires, mais n’ayant jamais fait preuve antérieurement à leur prise de fonctions, d’engagements ou de convictions politiques connus.

 

Le résultat de cette méprise est le risque de se retrouver avec un premier ministre à qui il manque désespérément cet altruisme, cette flamme, cette empathie «ad populum », moteur indispensable à toute action politique résolue et efficace. On prend ainsi le risque de nommer à des fonctions importantes et déterminantes pour la vie du pays un opportuniste essentiellement ; sinon uniquement tournée vers la satisfaction effrénée de ses intérêts propres. Je ne dis pas que tous les premiers ministres ainsi nommés sont des opportunistes, car, parfois, les qualités personnelles d’humanité, de sobriété et de rigueur d’une femme ou d’un homme peuvent « transformer l’essai hasardeux » en une surprise agréable. Cette dernière hypothèse reste cependant à démontrer. Il serait judicieux de se défier de mythe du banquier ou de l’économiste salvateur, s’agissant en réalité d’une « fausse bonne idée ».

 

Des compétences techniques livresques ne font pas une femme ou un homme politique ni ne constituent le gage d’une action politique efficiente. La République Centrafricaine a besoin d’une classe politique digne de ce nom. Qu’il y ait des spécialistes, conseillers avisés pour aidant l’action politique, dans leurs différents domaines de compétence, à transformer positivement les conditions de vie dans notre pays, cela est normal, mais de grâce, ne faisons pas de la maîtrise de connaissances spécialisées le sésame privilégié pour attester de la qualité incontournable requise d’une femme ou d’un homme pour exercer des fonctions politiques d’une manière satisfaisante. Il en est de cela, comme du mythe du pouvoir militaire qui serait seul capable de remettre de l’ordre dans un pays et d’impulser de ce seul fait de développement d’un pays. 

 

D’innombrables expériences malheureuses nous fournissent des démentis éclatants de ce genre de considérations. On ne gère pas un pays comme une banque ou une entreprise quelconque. Dans un pays, il existe des millions d’individus et de familles, des dizaines, des centaines, voire des milliers d’entreprises, des artisans, des commerçants, des paysans, des pêcheurs, bref un foisonnement de particuliers de personnes physiques et morales, en définitive, une somme incalculable d’intérêts, de facteurs et de paramètres à prendre en compte en permanence dans des actions de tous les instants. Le Chef d’État doit définir une politique tenant compte de l’ensemble de ces données, une politique susceptible de créer les meilleures conditions possibles pour assurer la coexistence Pacifique, la sécurité, l’épanouissement, le bien-être et, si possible, la prospérité de son pays. Il doit avoir une vision, fixer un cap, une orientation que son premier ministre aura la charge de mettre en musique.

 

Cette orientation se matérialise dans un projet de société manifestation visible de convictions politiques. Ce projet ne peut être idéalement porté et mis en œuvre que par un homme ou une femme de convictions. On ne nous fera pas croire qu’il suffit d’un passage dans une institution financière quelle qu’elle soit, ou d’avoir engrangé sur les bancs de l’université des connaissances en économie pour être pétri de valeurs humanistes, élan altruiste source d’un engagement déterminé au service de sa société. 2 – Sur le mythe du détenteur d’un « carnet d’adresses » Certains se plaisent à penser qu’il faut nommer premier ministre celui qui a le carnet d’adresses le plus fourni. 5 Chers compatriotes, arrêtons de toujours croire que notre bonheur se trouve dans l’appel aux mythiques partenaires censés habiter sous d’autres cieux.

 

Il faut arrêter d’entretenir l’idée que les centrafricains ou certains d’entre eux disposerai à l’étranger, d’un réservoir d’amis ou de partenaires, tellement acquis à leur cause, qu’ils viendraient, dans un élan de générosité d’inspiration assurément immanente, déverser sur mos têtes, sans contrepartie, des tonnes de billets de banque susceptibles de résoudre à moindres frais nos problèmes. Considérons ce stade de notre histoire comme le début véritable de notre indépendance et efforçons-nous de définir, entre nous d’abord, les voies et moyens de pérenniser et de défendre celle-ci.

 

Au sortir des ténèbres faits d’innombrables malheurs qui se sont depuis des décennies abattues sur notre pays, soyons résolus à conquérir réellement et à défendre avec âpreté notre souveraineté politique et économique. - Constituons nous d’abord un «carnet d’adresses centrafricano-centrafricain». Soyons déterminés à reconnaître, à valoriser et à promouvoir d’abord tout ce qui est centrafricain. J’ai rendu public il n’y a pas si longtemps un texte intitulé « Quel politique économique pour la République Centrafricaines ». J’invite ceux qui le souhaitent à le lire pour prendre connaissance du message que j’ai modestement entendu faire passer à mes compatriotes centrafricaines et centrafricains. Il ne s’agit pas d’une somme de vérités absolues, mais simplement et sans aucune autre prétention, de mon ressenti, de ce que j’estime devoir être une politique définie par les Centrafricains et pour les Centrafricains.

 

Notre bonheur viendra de nos propres efforts ou ne viendra pas. Il faut arrêter de croire que, sortis d’un carnet d’adresses, mus par une générosité d’inspiration divine, des partenaires étrangers, pour les beaux yeux du peuple centrafricain et pour des raisons totalement altruistes viendraient travailler au développement de la République Centrafricaine. 6 Commençons déjà par nous retrouver entre nous. Réfléchissons sérieusement à ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Travaillons sérieusement aux modalités opérationnelles des actions à mener dans l’intérêt de notre pays. N’oublions jamais une chose : il appartient aux Centrafricaines et aux Centrafricains, et à eux essentiellement, de prendre en main leur propre destinée.

 

Poitiers le 26 février 2016

 

Maître Ignace OUNDA-MEYBI Avocat au Barreau de POITIERS

 

Président de l’UNAREM.

CENTRAFRIQUE : LE MYTHE DE L’HOMME PROVIDENTIEL. LE BANQUIER SALVATEUR OU LE DETENTEUR DE CARNET D’ADRESSES  par Maître Ignace OUNDA-MEYBI

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