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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 16:55

 

 

RÉCIT

 

Par Anthony Fouchard (Contributeur, Le Monde Afrique, Bangui)  Le Monde.fr Le 02.12.2015 à 13h08

 

Depuis près d’un an, aucun moto-taxi chrétien n’osait s’aventurer sur l’avenue de France qui traverse le PK5, le quartier musulman de Bangui, de part en part. Idem du côté des transporteurs musulmans, qui ne se risquaient pas à rouler sur l’avenue Boganda pour rallier le centre-ville. Or lundi 30 novembre, après la visite éclair du pape François à la mosquée centrale, on a vu « des choses impensables », selon Ali Mahamat un habitant du quartier qui s’en frotte encore les yeux.

 

Des musulmans sont allés en centre-ville, à moto, en taxi, en voiture. Des chrétiens sont allés au PK5, où 12 000 musulmans vivent encore, des commerçants pour la plupart. Des scènes de liesse qui, avant la visite du pape François, n’étaient même pas imaginables. Et mardi matin, le PK5 asphyxié depuis des semaines par un blocus des anti-balaka (miliciens majoritairement chrétien et animistes) avait repris des couleurs, les étals étaient rouverts et la circulation -timide- mais présente.

 

Le miracle de ce désenclavement n’a pas duré. Mardi, sur le coup de 11 heures, deux détonations. A la frontière entre le 3è et le 5è arrondissement de Bangui, dans le quartier dit « Sénégalais ». Un musulman, Zacharia Adoume, 35 ans, père de trois enfants, a été abattu d’une décharge de fusil artisanal, son bras cassé par les billes de métal, sa poitrine transpercée de part en part. Selon certains témoignages, il était sorti acheter des médicaments quand des tireurs postés de l’autre côté du canal « Essayez voir », qui sépare l’enclave musulmane des quartiers chrétiens de Bangui, l’ont abattu. A la petite mosquée Ali Babolo au coeur du PK5, qui accueille à chaque fois les corps des victimes, la déception est sur tous les visages.

 

 « Dommage », lâche, amer, Djamil Babanani, secrétaire général de l’UPC, un des mouvements de l’ex-rébellion Séléka les plus puissants. Une cinquantaine d’habitants du quartier, déconfits, sont rassemblés autour du corps. « On essaye d’apaiser les esprits depuis ce matin, poursuit M. Bananani. Après la visite du Saint-Père, ça ne peut pas juste repartir comme avant. Ceux qui ont fait ça, ce sont des ennemis de la paix ». Un peu plus loin, une bande de jeunes trépignent. « C’est la première et la dernière fois. Après on reprend les véhicules et on va tout brûler ».

 

Lundi, le pape François avait exhorté lors de sa brève homélie à ne pas mélanger religion et politique. Et surtout à « faire un pas l’un vers l’autre ».

 

Les responsables du quartier assurent qu’il n’y aura pas de représailles. D’ailleurs, l’archevêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga est venu en urgence témoigner de sa solidarité. « Les ennemis de la paix, il ne faut pas se leurrer, sont nombreux, a-t-il déclaré. Et à l’approche des élections, il y a fort à parier que cela se reproduise. Dans les deux sens. Mais le Saint-Père nous a appris à ne pas céder. Je pense que cette leçon a été retenue ». De fait, malgré de fortes tensions, pas un seul coup de feu n’a été tiré de toute la journée au PK5.

 

Partout, dans la ville de Bangui, la visite du pape François laisse entrevoir des jours meilleurs. Christian Ndotah, un chrétien, est un symbole de cette réconciliation entre les communautés. Depuis deux ans, il se bat pour reconstruire la mosquée de Lakouanga, maintes fois détruite pendant les épisodes de violence. Lundi, il a pris son courage à deux mains pour se rendre au PK5 et suivre le discours du pape : « J’ai pris une moto jusqu’au checkpoint du pont Jackson, puis j’ai marché 600 mètres jusqu’à l’entrée du quartier. Il y a bien eu quelques regards, mais rien de grave. Et je suis reparti dans la folie générale, sur une moto conduite par un musulman. » Inimaginable.

 

D’autres, comme le père Patrick Mbéa, provincial de la congrégation des spiritains en Centrafrique, estime que le pape n’a pas été assez « incisif»« Le Saint-Père a demandé d’éviter les problèmes politiques, militaires, la corruption.. tout ce qui gangrène notre pays en fin de compte. Pas très convaincant. Mais bon, ce n’était pas son rôle d’aller plus loin, il l’a dit. C’était un messager de la paix ».

 

Ce que tous réclament, musulmans comme chrétiens, c’est la fin de l’impunité. Après cette visite du Pontife, le désir de justice, « la vraie », précise l’ex Séléka Djamil Babanani, est réel.

 

Zacharia Adoume a été enterré au PK5. Les taxi-moto chrétiens ne circulent déjà plus sur l’avenue de France. Sur l’avenue Boganda, un milicien anti-balaka traverse la route à petits pas, une kalachnikov à peine cachée sous son large manteau beige.

 

« La paix est fragile », a lancé aux musulmans l’archevêque de Bangui, aux côtés de l’imam de la mosquée d’Ali Babolo.

 

Anthony Fouchard Contributeur, Le Monde Afrique, Bangui


http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/12/02/a-bangui-l-assassinat-d-un-musulman-fragilise-la-reconciliation-pronee-par-le-pape_4822364_3212.html#KOCyYRz7g4QueKvC.99

Lu pour vous : A Bangui, l’assassinat d’un musulman fragilise la réconciliation prônée par le pape

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