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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 15:49

 

 

 

04/12/15 (AFP)

 

Pélina et Jamila, 4 ans, partagent la même petite table en bois. La première, une croix dorée autour du cou, la seconde, les cheveux recouverts d'un voile rouge. Dans Bangui déchirée par les haines intercommunautaires, l'école mixte de Koudoukou est tout un symbole.

 

Alors que la crise centrafricaine a débouché sur une chasse aux musulmans dans la capitale, avec des quartiers exclusivement chrétiens et animistes, différentes confessions continuent de cohabiter sur quelques kms carrés, dans l'enclave dite "musulmane" du PK5, encerclée par les milices armées.

 

Certes, les chrétiens ne sont pas bien nombreux, 2.000, voire 2.500, à partager le quotidien des quelques 12.000 musulmans restés à Bangui malgré le conflit qui a plongé le pays dans le chaos.

 

Danielle Christiane, une protestante de 30 ans, partage sa tente de fortune avec une famille musulmane dans la cour de la mosquée centrale. La jeune femme dit n'avoir "aucun problème". "Nous vivons très bien ensemble" au PK5, assure-t-elle.

 

Chaque dimanche, catholiques et protestants se retrouvent à la mairie du quartier pour un culte œcuménique. Les églises ont été détruites durant les affrontements entre jeunes musulmans proches de l'ex-rébellion Séléka et milices anti-balaka. Pasteurs et prêtres ont déserté, mais les fidèles, eux, sont encore là pour "communier ensemble".

 

En revanche, s'aventurer en quartier chrétien n'est pas facile, même pour les non-musulmans: "les anti-balaka me menacent comme si j'étais une traître, ils me demandent pourquoi je ne pars pas d'ici (...) J'ai peur", affirme Danielle.

 

Il y a quelques semaines, un jeune chrétien "qui a grandi avec nous" est sorti pour acheter de l'essence au quartier Combattant. "Il a été tué à la machette", explique Doukane Ismaïl, un représentant (musulman) du camp de déplacés lui-même marié à une chrétienne.

 

Le quartier est bouclé depuis plusieurs semaines: devant chaque issue veille un groupe d'autodéfense musulman, des jeunes armés jusqu'aux dents. De l'autre côté d'un no man's land aux rues en latérite désertes, les anti-balaka, qui portent eux aussi la kalachnikov en bandoulière, ont érigé des barricades qu'il daignent seulement retirer au passage des blindés de la Minusca, la force onusienne de maintien de la paix. Avant de les remettre en place aussitôt.

 

Si la visite du pape en messager de la paix entre les deux communautés avait quelque peu détendu l'atmosphère durant le week-end, le meurtre d'un jeune musulman mardi a déjà fragilisé la trêve.

 

"Nous avons tous intérêt à tourner la page et à permettre la libre circulation de tous, les gens du PK5 sont pris en otage et ils en ont marre", prévient l'imam de la mosquée centrale, Tidjani Moussa Naïbi, qui ne cesse de prêcher la tolérance aux côtés de l'archevêque de Bangui, Mgr Nzapalainga.

 

- Médecins mobiles et débrouillardise -

 

En attendant, le quartier s'organise comme il peut. Dans la cour de la mosquée peinte en vert clair, des dizaines de déplacés se pressent chaque jeudi pour la consultation médicale offerte par Médecins sans frontières (MSF). Faute de pouvoir rejoindre les hôpitaux situés en quartiers chrétiens, ce sont les médecins qui viennent à eux.

 

"La plupart souffrent de paludisme, de maladies respiratoires et cutanées à cause de la promiscuité et de mauvaises conditions d'hygiène", estime Monique Diarra, responsable de la clinique mobile MSF, tandis que les cas les plus graves sont généralement transportés par ambulance jusqu'en ville. Près de 850 familles vivent ici entassées sur des nattes à même le sol, souvent inondé en cette période de fortes pluies.

 

Au milieu d'un immense terrain boueux, l'école primaire de Koudoukou a rouvert ses portes à l'initiative de l'association des déplacés il y a trois semaines, après être restée fermée durant les violences intercommunautaires qui ont fait plus de 100 morts à Bangui depuis fin septembre.

 

"Nous n'avons pas grand chose, pas de cahier, ni d'ardoise, mais nous essayons d'apprendre à lire et à écrire aux enfants, pour qu'ils ne restent pas sans rien faire à la maison", explique Aïcha Mahamat, qui fait cours bénévolement à une quarantaine d'enfants en maternelle, dont 15 chrétiens.

 

A la fin des cours, la jeune femme essaye de faire parler les bambins des événements traumatisants. En vain, la plupart se murent dans le silence. "Ils sont encore petits, mais ils savent", observe Aïcha.

 

Beaucoup sont orphelins, comme Issa Amadou, trois ans et demi, dont le père a été tué par des anti-balaka. Et leurs jeux témoignent à eux seuls de la violence vécue: parfois, "ils miment quelqu'un qui se fait égorger" ou "le viseur d'une arme".

 

Centrafrique: le dernier quartier de Bangui où chrétiens et musulmans vivent "ensemble"

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