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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 22:27
Centrafrique: l’inaccessible paix

 

 

 

http://www.ledevoir.com/  3 novembre 2015 15h51 | Jean-Frédéric Légaré-Tremblay 

 

Depuis le renversement du président François Bozizé en mars 2013 par les rebelles musulmans de la Séléka, la Centrafrique est incapable de retrouver la stabilité. D’autres rebelles, les anti-balakas, principalement chrétiens, se sont à leur tour soulevés pour lutter contre la Séléka, attaquant au passage les musulmans, qu’ils associent au nouveau pouvoir. Le conflit a pris un tournant confessionnel. Grâce entre autres à l’envoi de forces militaires onusiennes et françaises, un gouvernement transitoire est installé. Mais il reste fragile et ne parvient toujours pas à organiser des élections. Décryptage de la situation avec Marie-Joëlle Zahar, professeure de science politique associée au CÉRIUM, et qui a participé aux efforts de médiation de l’ONU en Centrafrique.

 

À moins qu’elles ne soient à nouveau reportées, les élections présidentielle et législatives auront lieu le 13 décembre. Pourquoi autant de difficulté à tenir un scrutin ?

 

D’abord parce que les conditions sécuritaires sont loin d’être réunies. Les violences ont repris depuis quelques semaines et les forces internationales ont de la difficulté à y faire face.

 

Il y a ensuite des raisons politiques. Certains acteurs de la transition regrettent aujourd’hui de s’être engagés à ne pas se porter candidats aux élections de décembre et aimeraient rester plus longtemps au pouvoir. D’autres, dont les acteurs militaires de la crise, ce qui inclut les rebelles de la Séléka et les anti-balakas, savent qu’ils ne peuvent traduire leur pouvoir actuel en gains électoraux.

 

Enfin, il y a les raisons de simple logistique. Avec un territoire aussi grand que la France mais dépourvu ou presque d’infrastructures routières à l’intérieur du pays, la tenue des élections est un défi opérationnel majeur.

 

Pourquoi les forces militaires internationales en présence sont-elles incapables de stabiliser davantage le pays ? Les scandales d’abus sexuels qui pèsent sur ces forces nuisent-ils à leur légitimité ?

 

Bien que l’ONU ait autorisé l’envoi d’une importante force en Centrafrique (12 000 personnes), celle-ci n’est pas suffisante pour contrôler effectivement le pays. Les forces françaises, pour leur part, ont un mandat limité, avec seulement 900 soldats stationnés à Bangui et qui forment une force de réaction rapide en appui à la mission de l’ONU.

 

Si les scandales d’abus sexuels nuisent effectivement à la légitimité de ces forces, c’est, à mon avis, la nature de la menace qu’elles combattent qui est la difficulté majeure. Les ex-Séléka [les forces ont été officiellement dissoutes sans être désarmées] et, plus encore, les anti-balaka sont aujourd’hui complètement intégrés aux populations, particulièrement dans les quartiers de Bangui où ils opèrent. Il est difficile pour des forces conventionnelles de faire face à une menace de ce genre : des jeunes, souvent armés de machettes, qui ne sont ni facilement identifiables ni repérables.

 

Les forces étrangères ne peuvent pas non plus s’appuyer sur les forces nationales de sécurité, car les forces armées de Centrafrique sont à la fois faibles et politisées, certaines de ses unités ayant coopéré avec les anti-balaka pendant les violences entre fin 2013 et début 2014.

 

Vous avez participé, sur place, aux efforts de médiation de l’ONU. Selon vous, qu’est-ce qui doit être fait pour ramener la stabilité ? Peut-on espérer cela pour bientôt ?

 

Paradoxalement, la Centrafrique est un pays riche. Bien gérées, les richesses du sous-sol centrafricain permettraient à l’État de répondre à plusieurs des revendications sociales et à parer à la militarisation des mécontents. Mais là est le dilemme : il faut reconstruire les institutions étatiques qui ont été fragilisées au point de pratiquement disparaître et il faut rétablir un contrat social entre l’État et les citoyens, surtout à l’extérieur de Bangui. Aussi longtemps que l’État centrafricain sera contrôlé par des élites à des fins privées, les dynamiques de violence perdureront. Or le renouvellement de la classe politique et la reconstruction des institutions de l’État sont des projets à long terme. Et malheureusement, rares sont les interventions internationales qui accompagnent ce genre de projet dans la durée.

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