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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 16:27

 

 

 

12/11/15 (AFP)

 

Petit et mince, barbe soigneusement taillée à la Ben Laden, le général Mahamat Al Khatim est l'un des chefs de guerre de l'hétéroclite ex-rébellion Séléka. Surnommé "le président", il règne en maître absolu sur une vaste région du nord centrafricain, frontalière du Tchad.

 

Ses passages dans Kabo, "capitale" poussiéreuse de son "royaume", sont spectaculaires. Personne ne saurait se soustraire aux ovations dues au "président".

 

Précédé d'un cortège d'une centaine de motos transportant au moins trois personnes dont certaines armées, le "président" assis à l'arrière d'un 4x4 flambant neuf salue de temps en temps de la main ses sujets.

"Parfois il passe sans saluer les habitants tenus de l'ovationner. Si tu te fais remarquer sans faire attention au cortège, les ex-Séléka te collent une amende. Elle peut varier de 100.000 à 200.000 FCFA" (150 à 300 euros), raconte Jérémie Ndomlané, habitant de Kabo joint par l'AFP depuis Bangui.

 

Le "président" fait régner sa loi. Le salut aux couleurs centrafricaines immobilise les habitants jusqu'à plus de 600 mètres à la ronde.

 

"Gare à celui ou celle qui feint de l'ignorer, l'amende peut grimper à 500.000 FCFA", affirme Gaston Mbaïnadjé, chauffeur-routier.

 

Selon Martin Oualata, un autre habitant, "à l'avant et à l'arrière roulent au moins dix pick-up équipés de mitrailleuses lourdes, à bord desquels se trouvent des hommes habillés en uniformes militaires et bérets rouges neufs", équipés de kalachnikov.

 

Fermant le cortège, "des femmes musulmanes dans des véhicules, toujours neufs, agitent des mouchoirs et des foulards, scandent des youyous ferment le cortège", ajoute-t-il.

 

Depuis l'entrée de Sido, sur la frontière centrafricano-tchadienne où est installée sa villa confortable entourée de barbelés et construite en un temps record, Mahamat Al Khatim contrôle tous les véhicules en partance ou à destination de Kabo, et, plus loin, Batangafo.

 

Passagers, marchandises, rien ne lui échappe.

 

- Dans les caisses du 'président' -

 

Ses hommes sont à la fois soldats, gendarmes, douaniers, policiers de la vaste région sous son contrôle. Ils prélèvent taxes et impôts qui vont directement dans les caisses du "président".

 

Ex-mercenaire tchadien, Mahamat Al Khatim fait partie des hommes qui ont porté François Bozizé au pouvoir en mars 2003 à Bangui, en un énième des coups de force que connaît le pays depuis l'indépendance.

 

L'ex-président centrafricain (qui sera renversé à son tour dix ans plus tard par les Séléka) l'avait même nommé gouverneur militaire du palais présidentiel. Il était dans ses bonnes grâces, jusqu'au jour où une célébration de la fête du ramadan créa la discorde.

 

"Il raconte à qui veut l'entendre que cette année là, en 2012, lui et ses proches avaient demandé au président Bozizé de les aider à organiser la fête musulmane. Bozizé leur a donné 10.000 FCFA à chacun, ce qui les a irrités: ils ont ensuite pris armes et bagages pour rejoindre la rébellion de l'ex-Séléka".

 

Ses hommes, réunis au sein du Mouvement patriotique centrafricain (MPC), sont pour la plupart des peuls armés, d'anciens éleveurs.

 

Selon les habitants, ils se disent prêts à désarmer. Ils redoutent notamment ce qu'ils appellent les "camions de l'espace" (les avions de combat français Rafale) qui, en 2014, les avaient bombardé vers Batangafo, tuant plusieurs d'entre eux.

 

Mais, pour l'heure ils "excèdent", raconte un habitant: ils rackettent, braquent, extorquent, prennent les bœufs, cabris, poules, motos...

 

"Nous attendons leur désarmement pour nous occuper d'eux au détour d'un chemin", promet Isaac, un jeune de Kabo.

 

Le MPC est l'une des branches de l'ex-Séléka dont les agissements armés créent de véritables zones de non-droit dans tout le pays, jusque dans Bangui.

 

Les combattants s'affrontent aux miliciens chrétiens anti-balakas, mais passent parfois des accords avec ces mêmes anti-balakas pour saboter le processus électoral dont ils sont exclus, comme Nourredine Adam, l'ex-numéro 2 sous le coup de sanctions internationales.

 

Ainsi, à Sibut, dans le centre, un autre chef Séléka, le général Arda Hakouma, vient de déclarer au sujet d'un éventuel réarmement des Forces armées régulières qu'il y voit "une déclaration de guerre".

 

C'est dans ce climat de violence permanente, entretenu par une forte criminalité, que l'un des pays les plus miséreux au monde, tenu à bout de bras par la communauté internationale, se prépare à accueillir le pape François et à organiser une présidentielle et des législatives avant la fin de l'année.

 

Christian PANIKA

Aux confins de la Centrafrique, le général et "président" Al Khatim règne en maître absolu

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