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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 16:05

 

 

http://www.franceinfo.fr/  TEMOIGNAGE par Isabelle Labeyrie mardi 6 octobre 2015 20:26, mis à jour le mercredi 7 octobre 2015 à 05h00

 

Elle est la première à avoir recueilli les témoignages d'enfants disant avoir été violés par des militaires français en échange de nourriture. Gallianne Palayret, fonctionnaire de l'ONU, a rédigé l’an dernier un rapport accablant pour les soldats de l'opération Sangaris. La jeune femme révèle aujourd’hui à France Info que l'armée était au courant de ces accusations dès le mois de mai 2014.

 

Gallianne Palayret est officier des droits de l'homme pour l'ONU : son travail la conduit partout à travers le monde, et c’est la correspondante de France Info au Chili, Claire Martin, qui a pu recueillir son témoignage. Si Gallianne Palayret témoigne aujourd'hui, c'est parce qu'elle a obtenu des Nations unies le statut de "lanceur d'alerte" qui la protège et la rend libre de sa parole.

 

"Prévenir tout abus futur"

 

Nous sommes en mars 2014. La jeune femme vient d'arriver à Bangui. Très vite, elle est alertée par une ONG qui travaille sur le camp de déplacés de M'Poko, près de l'aéroport. C'est là, lui dit-on, que des enfants auraient été violés par des soldats en échange de rations de nourriture. Accompagnée de personnel de l'Unicef, elle rencontre au total six garçons, âgés de 9 à 13 ans. Les faits lui semblent graves. Gallianne Palayret veut "prévenir tout abus futur". 

 

"Si ce que ces enfants me racontent est vrai – ce que je crois à l’époque et ce que je crois encore aujourd’hui, alors il faut tout faire pour éviter que ça continue".

 

"Un petit garçon m'a expliqué avec ses mots qu'un militaire lui avait demandé de le masturber", explique Galliane Palayret

 

Avant même d'avoir terminé son enquête, l’humanitaire prend donc contact avec l’état-major de la force Sangaris, à Bangui. Nous sommes en mai 2014 : "Je leur ai indiqué les endroits où auraient été commis les faits, pour la plupart des check-points avec des sacs de sable derrière lesquels se cachaient les militaires, des sacs de sable plus hauts que la taille des enfants. Je leur ai demandé de mettre plus de contrôles à ces endroits et en général d’être attentifs à ce qui se passait dans le camp et autour du camp".

 

Le "no comment" de l’Etat-major

 

En apparence, la jeune femme est entendue : "Ils m’ont prise très au sérieux, ils m’ont tout de suite dit qu’ils allaient informer Paris, mettre plus de patrouilles, et que si cela était avéré des sanctions seraient prises. Ils ont été très surpris, mais aussi très professionnels dans la réponse".

 

Galliane Paleyret ne sait pas si les contrôles ont bien été mis en place. Elle ne sait pas si "Paris" a été mis au courant. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que l'armée n'a pas reconnu que cet entretien avait eu lieu et qu'elle était donc au courant de possibles viols dès le mois de mai 2014.

 

Elle refuse aujourd'hui de confirmer ou d'infirmer les révélations de la fonctionnaire de l'ONU, de dire si l'entretien a bien eu lieu dès le mois de mai... Au siège de l'Etat-major des armées, contacté cette semaine à Paris, c'est "no comment", on renvoie vers l'enquête en cours. A ce jour l’armée a seulement reconnu être informée en juillet 2014, grâce à une "fuite" du rapport de Galliane Palayrat.

 

Toujours pas entendue

 

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire, des juges d'instruction ont été saisis, mais il a fallu attendre juillet 2015, pour que la gendarmerie prévôtale se déplace à Bangui, elle a pu entendre les enfants et filmer leur témoignage. Galliane Palayret, elle, n'a toujours pas été sollicitée : "Une demande a été faite à l’ONU afin de m’entendre. L’ONU, dans une lettre du 13 juillet, a autorisé la levée de mon immunité diplomatique, pour que je puisse être entendue par les autorités françaises, mais à ce jour (1er octobre 2015, ndlr) je n’ai encore reçu aucune convocation formelle".

 

"Une demande a été faite à l'ONU afin de m'entendre (...) mais à ce jour, je n'ai encore reçu aucun convocation formelle", assure Galliane Palayret

 

Un simple mail reçu la semaine dernière lui demande si elle a "prévu" de passer à Paris ces six prochains mois, ce qui permettrait éventuellement à la justice de l'entendre. Pas de convocation donc, mais une simple demande de renseignements.

 

Malgré tout, la justice avance

 

Les militaires qui ont été identifiés devraient être assez vite entendus par la justice, mais ce qui préoccupe Gallianne Palayret c'est qu'elle est repartie trop tôt pour pouvoir terminer son enquête :

 

"Ce rapport devait être continué. J’aurais pu interviewer encore 4 ou 5 enfants, et peut-être que d’autres noms auraient surgi de ces témoignages."

 

Début septembre, le parquet de Paris a ouvert une nouvelle enquête préliminaire après d'autres accusations, celles d'une jeune fille qui dit être tombée enceinte après avoir été violée par un militaire de Sangaris. On ne sait pas si cette affaire s’est produite dans les mêmes circonstances que les précédents témoignages recueillis par Galliane Palayret. Mais cette fois-ci, la justice n'a mis que quelques jours pour réagir.

 

par Isabelle LabeyrieClaire Martin mardi 6 octobre 2015 20:26, mercredi 7 octobre 2015 à 05h00

 

 

Témoignage.

 

Viols d'enfants par des soldats français en Centrafrique : l'armée savait-elle plus tôt qu'elle ne le dit ?

 

La fonctionnaire de l'ONU qui a révélé le scandale d'enfants violés en Centrafrique par l'armée française contredit aujourd'hui, sur France Info, la version du gouvernement qui dit avoir été mis au courant de ces accusations en juillet 2014.

 

Faux répond Gallianne Palayret qui affirme qu'elle avait alerté l'armée française dès le mois de mai 2014. Son rapport, publié en avril dernier par le quotidien britannique The Guardian, fait état des témoignages de six enfants de 9 à 13 ans dénonçant ces abus sexuels, dans le camp de l'aéroport M'Poko à Bangui, entre fin 2013 et mai-juin 2014. Mais Gallianne Palayret explique qu'elle est repartie trop tôt pour pouvoir terminer son enquête et que d'autres témoignages auraient pu surgir.

 

 

Viols en Centrafrique : l'armée au courant dès mai 2014 ?

 

http://www.lepoint.fr/  07/10/2015 à 09:22 

 

La fonctionnaire de l'ONU qui a révélé le scandale des viols d'enfants centrafricains par des soldats français contredit les affirmations de la Défense.

 

Gallianne Palayret est officier des droits de l'homme pour l'ONU. Cette Française est à l'origine des révélations de viols commis par des militaires français de l'opération Sangaris en Centrafrique sur des enfants. Son rapport, publié en avril 2015 par le quotidien britannique The Guardian , fait état des témoignages de six enfants de 9 à 13 ans dénonçant ces abus sexuels, dont des fellations, dans le camp de l'aéroport M'Poko à Bangui, entre fin 2013 et mai-juin 2014.

 

Ces témoignages ont provoqué à l'époque un vif émoi au sein de l'armée française. "Si les faits sont avérés, je ne mesurerai pas ma colère, parce lorsque le soldat français est en mission, il est la France. Si, d'aventure, un seul d'entre eux a commis de tels actes, qu'il se dénonce immédiatement", avait déclaré le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

 

Les langues se délient

 

Or, peu après les révélations du Guardian, les langues ont commencé à se délier. Il s'est avéré que les Nations unies étaient au courant des allégations de viols depuis un an, et avaient ouvert une enquête dès le printemps 2014. Un responsable de l'ONU a alors transmis en juillet 2014 le rapport d'enquête aux autorités françaises, date à laquelle celles-ci ont officiellement été mises au courant. À son tour, Paris a alors ouvert une enquête préliminaire. Quatorze soldats ont été mis en cause, dont trois ont été identifiés par l'enquête. Or voilà la version française contredite par Gallianne Palayret, la fonctionnaire onusienne à l'origine du scandale.

 

Pour les besoins de l'enquête en cours, l'ONU vient d'accepter la levée de l'immunité juridictionnelle qui pesait sur son employée afin qu'elle soit entendue comme témoin. Et ses déclarations sont de nouveau explosives. En effet, la jeune femme révèle à France Info que l'armée française était au courant des accusations pesant sur ses soldats dès le mois de mai 2014.

 

"No comment" à la Défense

 

Arrivée à Bangui en mars 2014, la jeune femme est alertée par une ONG travaillant sur le camp de déplacés de M'Poko. D'après l'organisation, des enfants auraient été violés par des soldats français de la force Sangaris en échange de rations de nourriture. Gallianne Palayret interroge six garçons, âgés de 9 à 13 ans. En mai 2014, elle décide d'avertir l'état-major de la force française à Bangui.

 

"Ils m'ont prise très au sérieux, ils m'ont tout de suite dit qu'ils allaient informer Paris, mettre plus de patrouilles, et que si cela était avéré des sanctions seraient prises. Ils ont été très surpris, mais aussi très professionnels dans la réponse", raconte-t-elle à France Info. Contacté par la radio, le siège de l'état-major des armées à Paris refuse pour l'heure de commenter ces allégations.

Viols en Centrafrique : l’auteur du rapport de l'ONU raconte

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