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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 14:38

 

 

Par Hugo Domenach| Le Point Afrique - 15/10/2015 à 18:45

 

Mélange de jogging et de jonglage, le joggling est devenu la passion insolite des habitants de Bocaranga, dans le nord-ouest de la Centrafrique. Récit.

 

Depuis quelques mois, les habitants de Bocaranga, une petite ville du nord-ouest de la République centrafricaine, située dans la préfecture rurale de l'Ouham-Pendé, s'adonnent à une nouvelle passion insolite : le joggling. Mélange de jogging et de jonglage, ce sport consiste à jongler avec des balles au pas de course. Mais qui a bien pu importer dans cette ville perdue au milieu de l'Afrique ce passe-temps récréatif, traditionnellement pratiqué par des tribus amérindiennes ?

 

Le coupable de cette frénésie pas comme les autres se nomme Richard Ross, 30 ans, originaire de Gloucester, dans le Massachusetts (États-Unis). Membre de l'ONG International Rescue Committee (IRC) depuis le mois de février, le travail de Richard consiste à aider la population de Bocaranga à développer une économie durable. Plus facile à dire qu'à faire : la République centrafricaine, qui compte environ 4,5 millions d'habitants, sort de deux ans de conflits entre milices musulmanes et chrétiennes, et de dix ans de coups d'État à répétition. Aujourd'hui, la situation est un peu plus stable : un gouvernement de transition est à la tête du pays et des élections devraient être organisées en 2015 si les événements actuels ne les empêchent pas avec des conflits qui éclatent encore régulièrement, comme celui qui a fait des dizaines de morts en septembre. Un contexte qui pèse forcément sur la population. "J'ai vu beaucoup de pauvreté, notamment en Inde et au Sénégal. Mais ici, c'est vraiment très difficile de travailler parce c'est très enclavé. Il n'y a quasiment pas de route. Les jeunes garçons n'ont presque aucune perspective d'avenir", décrit Richard. Pour occuper certains d'entre eux, il a créé un club de joggling : le ‪#‎CarJugglingClub (il utilise le hashtag pour poster des photos et des vidéos sur Facebook, et Instagram où il est inscrit sous le nom de @theurbanjoggler).

 

"Un jour, un petit garçon est venu me voir avec trois oranges et il m'a dit : Regarde ça !"

 

Pourquoi Richard a-t-il choisi ce sport qui semble, à première vue, impossible à pratiquer pour n'importe quel être humain normalement constitué ? Il a commencé à le pratiquer régulièrement lors de ses études de développement international à l'American University de Washington DC. "J'étais capitaine de l'équipe de jonglage de ma fac. Je faisais aussi du jogging. Quelqu'un m'a suggéré de faire les deux en même temps. J'ai essayé et je me suis rendu compte que c'était très compatible. À partir de ce moment-là, je n'ai plus fait que ça", raconte-t-il. Richard le joggler a traîné ses yeux bleus, ses balles de tennis, son tee-shirt des années 1990 et sa casquette aux quatre coins du globe. À New York, et notamment à Central Park, lors de son stage à l'Unicef ; au Sénégal, où il est parti après ses études avec le Corps de la paix (Peace Corps), une agence gouvernementale créée en 1961 par John Fitzgerald Kennedy, dont l'ambitieuse mission est de favoriser la paix et l'amitié dans le monde ; à New Delhi, en Inde, où il participé à un projet de recherche pour le Centre International de recherche sur les femmes (ICRW) ; et même à Paris où il a couru le marathon en jonglant pour réunir des fonds pour l'association sénégalaise Taliberté, un centre d'accueil pour enfants au Sénégal.

 

S'il avait déjà utilisé du joggling dans un but caritatif, il ne se doutait pas que son sport préféré allait emporter un tel succès en République centrafricaine. Quand il a commencé à travailler à Bocaranga, il n'avait pas prévu de créer un club. Il pratiquait juste sa passion l'après-midi, après le travail. Mais Richard, qui est presque le seul occidental du coin (il y en a un autre qui s'appelle aussi Richard et qui travaille également pour une ONG, ce qui crée parfois de la confusion au sein de la population locale), n'est pas passé inaperçu. "Un jour, un petit garçon est venu me voir avec trois oranges et il m'a dit : regarde ça ! C'était incroyable. Il jonglait, mais ne pouvait pas rester immobile. Il ne savait le faire qu'en courant."

 

"Il y a autant de musulmans que de chrétiens qui pratiquent le joggling"


Depuis, l'engouement a gagné tout le village. Tous les samedis matin, les enfants se réunissent autour de lui pour pratiquer le joggling. Ils font des cercles en courant, et jouent à des jeux inventés par leur coach sportif. Leur préféré : si tu laisses la balle tomber, tu es éliminé. Quand il ne reste que trois finalistes, ça se corse. L'un d'entre eux doit ajouter de nouvelles figures et les autres doivent suivre. "Aujourd'hui, partout où tu vas dans le village, les habitants jonglent dans tous les coins", se réjouit Richard. Même les filles qui restaient spectatrices au début ont sauté le pas. Cristelle, surnommée KiKi, est la première fille de Bocaranga à avoir appris à jongler. Elle a ouvert la voie puisque trois autres filles ont rejoint le club depuis.

 

Mais pour lui, le joggling est beaucoup plus qu'un simple divertissement. Il permet de créer du lien et d'apaiser les tensions entre les habitants : "Beaucoup de musulmans sont partis à cause des conflits, mais ceux qui sont restés s'entendent bien avec les chrétiens. Il y a autant de musulmans que de chrétiens qui pratiquent le joggling. Quand ils sont là, ils ne pensent pas aux conflits inter-religieux qui ont lieu dans le pays. Ce sont simplement des enfants", décrit-il enthousiaste. Il explique aussi que ce jeu favorise la confiance en soi. "Pour réussir, tu dois prendre du temps et t'investir. Et au bout de trois ou quatre heures, tu pourras y arriver. Ça envoie un message positif à un petit garçon ou une petite fille : s'il se consacre à quelque chose, il peut réussir !" explique Richard qui souhaite diffuser cette pratique aux enfants du monde entier. "Que ce soit dans un environnement rural post-conflit comme Bocaranga, pour les enfants des rues d'une grande ville, ou dans les camps de réfugiés, ça débloque le potentiel d'une personne", avance-t-il. Richard Ross le joggler est loin d'être un clown.

 

© DR

Lu pour vous : République centrafricaine : Bocaranga, capitale mondiale du joggling

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