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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 01:13

 

 

http://kangbi-ndara.info/   Oct 15, 2015

 

Kangbi-ndara.info / « S’il est  démagogique  d’affirmer  aujourd’hui qu’il faut d’abord un désarmement total des milices  avant d’organiser les élections, il est également irresponsable et même vain d’inviter la population civile à des meetings et à des longues séances de vote  sans désarmer au préalable ces seigneurs de la guerre et de la haine qui se sont publiquement exhibés ces dernières semaines avec des armes de tous calibres », estime le candidat à la présidentielle du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricaine, Martin Ziguélé, dans cette nouvelle tribune à Kangbi-ndara. Martin Ziguélé  aborde dans cet entretien l’actualité politique et sécuritaire des trois dernières semaines.

 

Kangbi-ndara : Monsieur  Martin Ziguélé bonjour,  comment appréciez-vous l’Actualité centrafricaine ces derniers temps ? 

 

Martin Ziguélé : Bonjour et merci pour l'opportunité que vous m'offrez de m'adresser à vos lecteurs.

L'actualité de notre pays depuis quelques semaines n'est pas agréable, c'est le moins que l'on puisse dire. Déjà il y'a quelques mois, je disais que si vous demandiez à dix Centrafricains habitant Bangui de vous dire  quelle est leur préoccupation principale, neuf sur dix vous répondraient " la sécurité". Si vous posiez la même question à nos compatriotes de l'intérieur du pays, dix sur dix vous répondraient la sécurité. Mais aujourd’hui, dix Centrafricains sur dix, à Bangui comme en province, placeraient la sécurité au centre de leur préoccupation.

 

La dégradation  brusque de la situation à Bangui depuis le samedi 26 septembre suite à cet  incident malheureux du corps  retrouvé au quartier Combattant, a été le détonateur d'une vague d'atrocités sans précédent, accompagnée d'initiatives insurrectionnelles.

 

 A peine l'accalmie commençait-elle à revenir à Bangui que toute la ville a commencé à bruir des rumeurs d'une descente imminente sur Bangui  de certains éléments armés de l'ex-Séléka, stoppés depuis samedi avant Sibut.

 

 Nous continuons donc à pleurer des morts, et je partage la douleur des familles éplorées, comme nous continuons à vivre ce spectacle insoutenable  de déplacés dans des camps de fortune.

 

De même il y'a des actions répétées dans le but avoué  d'asphyxier économiquement Bangui par l'insécurité volontairement entretenue sur le corridor Bangui-Garoua-Boulai.

 

Quelles sont les réelles causes des « divagations  politiques » et sécuritaires dont fait montre le régime transitoire en place ?

 

MZ : Je ne comprends pas ce que vous voulez dire par "divagations politiques et sécuritaires", mais je suppose que vous voulez parler des difficultés politiques et sécuritaires et des réponses gouvernementales que vous estimez insuffisantes. Si c'est le cas, ce n'est un secret pour personne que la situation aussi bien politique que sécuritaire est délicate, et les marges du gouvernement bien réduites pour des raisons aussi bien objectives que subjectives que je ne pourrais pas exhaustivement énumérer.

 

A mon sens, notre pays est face à des causes objectives de fragilisation comme la mauvaise gouvernance qui a toujours prévalu dans un climat d'impunité totale, le non-respect aussi bien de nos lois et règlements que  la  non application des recommandations issues des nombreux fora que nous organisons, et un incivisme généralisé. Il faut ajouter à cela un phénomène unique dans l’histoire : l’Etat centrafricain  ne dispose en réalité d'aucune force de coercition puisque nos Forces de Défense et de Sécurité ont implosé..

 

Le monopole de la violence qui d’ordinaire  appartient à l’Etat est désormais entre les mains de forces hostiles à la République, à la paix et à la concorde nationale. Ces forces négatives  qui savent que l’Etat est faible et que les forces internationales ont des règles d’engagement contraignantes profitent largement de cette situation pour exercer des pressions intolérables sur l'Etat, sur l'administration et sur la population. Le résultat est logiquement un mécontentement généralisé de  la population, qui de jour en jour s’exaspère et réagit violemment devant ce qu’elle considère comme un  manque de progrès sur le plan sécuritaire et sur le plan de son cadre de vie.

 

Que pensez-vous de la démission fracassante et inattendue du président de l’Autorité nationale des élections ?

 

MZ : Comme tous les  Centrafricains, c’est par les medias que j’ai appris la démission du Président de l’Autorité Nationale des Elections. Une démission étant  une  décision qui relève du libre-choix de chacun, donc personnelle je ne peux qu’en prendre acte.

 

Je note cependant qu'elle survient  dans un contexte particulier,  et surtout après celle du vice-président de cette même ANE.

 

L'ANE est une institution et le propre d'une institution est de pouvoir fonctionner au-delà des mouvements des hommes et des femmes qui l'animent. L'ANE doit donc  continuer à  fonctionner et à accomplir sa mission surtout qu’au regard des chiffres d'enrôlement publiés, les Centrafricains se sont massivement inscrits dans le processus électoral qui doit continuer et nous conduire aux scrutins. 

 

Le Conseil National de Transition est-il pour quelque chose dans le déclic sécuritaire difficile à maitriser depuis la démission forcée voire négociée de Michel Djotodia ?

 

MZ : Le Conseil National de Transition est un  parlement provisoire dont les  attributions sont édictées par la Charte Constitutionnelle de Transition. Il a donc pour missions de voter des lois et de contrôler les actions du gouvernement. Je ne vois donc pas en quoi cette institution pourrait être  responsable de la situation sécuritaire depuis la démission de Michel Djotodjia.

 

Ma démarche a toujours été de ne pas accuser  sans preuves et surtout de ne pas rechercher constamment des boucs émissaires. La Cour Pénale Spéciale de la RCA a été mise récemment en place pour connaître de notre situation en matière de crimes et d’en en poursuivre les différents responsables, commanditaires et exécutants. Il n’y a pas lieu de chercher  des boucs émissaires car la justice fera son travail, quel que soit le temps que cela mettra.

 

Peut-on réellement parler des élections en Centrafrique sans le retour de la sécurité ?

 

MZ : Si vous m’avez posé cette question avant le 26 septembre, date du début des violences vécues à Bangui puis à l’intérieur du pays, ma réponse aurait été différente de celle que je vais vous donner maintenant. Autant avant je pensais qu’avec quelques  aménagements sécuritaires nous pouvions aller aux élections, autant à la lumière de  ces évènements et l’entrée publique, je dis bien publique, en action de forces négatives bien identifiées et documentées, on ne peut pas faire comme si de rien n’était.

 

S’il est  démagogique  d’affirmer  aujourd’hui qu’il faut d’abord un désarmement total des milices  avant d’organiser les élections, il est également irresponsable et même vain d’inviter la population civile à des meetings et à des longues séances de vote  sans désarmer au préalable ces seigneurs de la guerre et de la haine qui se sont publiquement exhibés ces dernières semaines avec des armes de tous calibres.

 

Le peuple centrafricain est mûr et sait que  parler d’un retour total de la sécurité avant d’aller aux élections est une manière de dire que ces élections qu’il appelle de ses vœux sera renvoyée aux calendres grecques , alors qu’il a démontré par son enrôlement massif qu’il veut aller aux élections. De même tout le peuple exige que les groupes armés les plus antirépublicains, que tout le monde a vu à l’œuvre à Bangui  et en province,  soient impérativement désarmés avant d’aller aux élections.

 

Comment abordez-vous la question du désarmement forcé ?

 

MZ : Dans toutes les familles, dans tous les bureaux et ateliers , dans les transports en commun, dans les quartiers, les villages et les villes, partout en RCA et dans les communautés centrafricaines à l’étranger, la question du désarmement des groupes armés mais aussi de la population civile est au centre de toutes les causeries, de tous les débats et de toutes les interrogations. S’il est un point qui cristallise les inquiétudes et les attentes de  tous les centrafricains c’est bien celui-là.  Il est incontournable et justifie l’appel répété à la réhabilitation des FACA devant ce qui est considéré- à tort pourtant – comme l’inaction des forces internationales.

 

La population ne comprend pas que pourquoi à l’expiration du délai d’un mois de désarmement volontaire prévu par l’Accord de Paix et de Désarmement signé entre le gouvernement, les groupes armés ainsi que la communauté internationale, au sortir du Forum de Bangui, le désarmement forcé prévu à l’issue de ce délai n’a pas eu lieu.

 

Cinq mois plus tard c’est le « statu quo ante ». Pourquoi cet Accord n’a pas fonctionné ? Quelles en sont les responsabilités ? Quelles leçons en tirer ? Aucune explication à ma connaissance n’a été donnée sur les difficultés qui ont pu empêcher cette promesse de désarmement que le peuple attend avec impatience.

 

Le désarmement est une condition sine qua non du retour de notre pays à la paix, et il doit se faire dans le cadre du DDRR, volontairement puis en cas de réticence, de force. Ce désarmement doit aller au-delà des groupes armés jusqu’à la population civile car nous avons constaté à la lumière des derniers évènements qu’à Bangui, ceux qui détiennent  des armes de tous types sont plus nombreux que ceux qui n’en ont pas,

 

Abréger la transition en cours et donner la chance à une transition de plus pourraient résoudre définitivement le problème centrafricain ?

 

MZ : La position du MLPC est conforme à celle de l’AFDT et a été clairement exposée lors du Forum de Bangui. Nous ne sommes pas pour une troisième transition comme certains le réclament de diverses manières, car elle ne règlera jamais les querelles de légitimité comme le démontrent les prises de position  actuelles. Nous sommes pour la stabilité des institutions de la transition qui doivent prendre toutes les mesures possibles et nécessaires pour organiser les élections avant la fin de la transition prévue le 31 décembre 2015 afin de régler définitivement cette question de  légitimité qui, comme tout le monde le sait, découle du suffrage populaire.. Si pour des raisons objectives il y’a un « léger » glissement techniquement et légalement nécessaire pour parachever le processus électoral, nous n’en ferons pas un « casus belli ».

 

Les  Centrafricains veulent aller aux urnes afin de choisir  leurs dirigeants à travers les urnes.  Donc réglons les questions sécuritaires les plus dangereuses pour la population et  allons aux élections conformément au calendrier que l’ANE nous indiquera.

 

La population locale nourrie une méfiance à l’endroit de la mission des forces étrangères en Centrafrique, notamment celle de la Minusca et de la Sangaris, qui d’après elle,  serait plus versée dans la protection des intérêts étrangers que ceux des Centrafricains. Comment appréciez-vous la qualité prestataire des forces mixtes en Centrafrique ?

 

MZ : A chaque fois que j’entends ces critiques qui frisent l’ingratitude, je demande à Dieu de nous pardonner nos offenses,  aux responsables des forces internationales de ne pas baisser les bras, et aux dirigeants des pays contributeurs de continuer à soutenir notre pays et notre peuple.

 

Je suis très clair là-dessus : les forces françaises Sangaris et celles de la Minusca font un travail remarquable sur le terrain, toujours dans des  conditions très difficiles et plusieurs de leurs éléments  ont perdu la vie en sauvant les nôtres. Je remercie infiniment les forces internationales et la communauté internationale pour ce travail qu’ils font en lieu et place, il faut le souligner, des Centrafricains à  qui incombent en premier  le devoir de protéger leur propre pays.

 

Toute œuvre humaine étant perfectible, il y’a bien sûr des améliorations souhaitées mais  cela ne doit pas nous pousser à jeter du discrédit sur l’ensemble de la mission internationale dont l’engagement aux côtés du peuple centrafricain est salutaire. 

 

J’aurais bien aimé voir ceux qui ont la critique facile aujourd’hui nous dire quelles sont les solutions alternatives qu’ils avaient proposées face au chaos sécuritaire en 2013 et en 2014 ?  Qu’est ce qu’ils font concrètement  aujourd’hui devant la descente des troupes de l’ex-séléka vers Sibut ?

 

Quand le Premier ministre Nicolas Tiangaye avait pris le risque d’appeler du haut de la tribune des Nations Unies le 13 avril 2013 à l’intervention des forces internationales pour sauver les Centrafricains du chaos sécuritaire, il a été pris à partie ici même à Bangui par certains compatriotes qui lui reprochaient le manque supposé de  solidarité gouvernementale. Seuls les leaders religieux Mgr Nzapalayinga, l’Imam Kobine Layama et le Pasteur Guerekoyamé que je salue- et quelques-uns d’entre nous  avons pris le relais pour sensibiliser l’opinion internationale et demander de voler au secours du peuple centrafricain.

 

Un adage centrafricain dit « lorsque la bouillie est refroidie on peut la boire avec ses narines ». C’est trop facile aujourd’hui d’accuser de tous les maux les forces internationales accourues à notre demande au chevet de notre pays meurtri par la guerre civile..

 

Quelle solution proposez-vous pour tourner la page tragique sur laquelle la Centrafrique s’est arrêtée depuis 2012 ?

 

MZ : Notre pays est par terre, tout est à y refaire, tout est y urgence aujourd’hui.  Il faut remettre le peuple au cœur de l’action  politique, le mobiliser autour des idéaux de « Réconciliation », de « Rassemblement » et de « Réconciliation », afin de nous lancer dans la grande et longue bataille de la reconstruction de notre pays. Il nous faut un pays sûr et réconcilié, avec une administration efficace et des  forces de défenses et de sécurité structurées, républicaines et nationales car nos concitoyens ont  besoin   d’être  protégés et de se sentir en sécurité.

 

Il faut lutter contre l’impunité sous toutes ses formes, et veiller à la bonne marche de la Cour Pénale Spéciale de la RCA et de toute la justice, ainsi que de la chaîne pénale. Il faut assainir nos finances publiques, lutter contre la corruption et la prédation des ressources naturelles pour un partage équitable des richesses. Il y a aussi les questions liées à l’éducation de nos enfants, à la santé, aux infrastructures, etc. Bref, tout est priorité.

 

Que pensez-vous des tentatives de coups de forces comme réponse à la tragédie du peuple centrafricain ?

 

MZ : Les tentatives de coup d’Etat ne peuvent en aucun cas être une réponse, comme vous dites, à la tragédie du peuple centrafricain. Notre histoire est jalonnée de coups d’Etat réels ou supposés, réussis ou échoués, alors s’ils constituaient des réponses à la situation  de notre peuple, nous serions aujourd’hui plus développés que les Etats-Unis. Non les coups d’Etat sont des escroqueries politiques et des crimes contre le peuple. Ce sont ni plus ni moins que des actes de braquages contre la souveraineté populaire.

 

Pour moi qui suis démocrate et républicain, il est des principes intangibles et immuables : le pouvoir appartient au peuple, et tout citoyen qui veut  accéder au pouvoir doit se soumettre au suffrage populaire, à travers les urnes.  Il est plus  que temps que les assoiffés du pouvoir comprennent que les tentatives de coups d’état ne réussiront plus en Centrafrique.

 

Si l’issue des urnes ne vous réussit pas, accepteriez-vous que l’on vous impose futur président post transition soit pour vos accointances avec l’Internationale Socialiste ou en  compensation à votre longue lutte dans l'opposition ?

 

MZ : Je vois. Vous faites subrepticement allusion aux allégations distillées depuis quelques mois dans certains médias nationaux et étrangers  ainsi que sur certains réseaux sociaux, qui, à longueur de journées, prétendent que je serais le candidat de la France, parce que mon parti le MLPC est membre de l’Internationale Socialiste; que c'est moi que la France voudrait imposer aux Centrafricains et que c'est l'Ambassadeur de France à Bangui qui serait mon Directeur National de Campagne et l'aurait donc avoué à certains, et autres balivernes de ce genre Je connais les candidats aux élections à venir qui s’investissent dans  ce type de manipulations tout simplement parce qu’ils ont peur d’affronter dans les urnes le MLPC et son candidat. Ils financent des articles mensongers dans des journaux contre moi, puis les photocopient et les distribuent à Bangui comme la preuve du « complot » monté avec la complicité de hauts responsables français pour m’imposer au pouvoir comme vous dites. Sauf qu’ils n’expliquent pas comment cela peut se faire puisque les Français ne sont jamais venus voter et ne peuvent pas venir voter en RCA en lieu et place des électeurs centrafricains.

 

Tout cela est si terriblement ridicule que je suis surpris qu’une telle question puisse même être évoquée. Je vois que le syndrome barracuda continue à causer encore des ravages près de quarante ans après. Il faut à mes adversaires politiques et à leurs petites mains une psychothérapie de groupe pour guérir de leur obsession maladive.

 

Que dites-vous des allégations selon lesquelles des pressions sont faites sur Catherine Samba-Panza afin que, seul vous, lui succédiez ?

 

MZ : C’est ce que je viens de vous expliquer. Ces  allégations sont non seulement grossières et mensongères mais elles sont surtout l’œuvre de mes adversaires politiques dont je viens de parler et qui, dans un courageux anonymat, utilisent des journaux et des réseaux sociaux pour raconter des histoires à la James Bond. Ils me voient partout. Ils ont aussi ce pouvoir surnaturel de voir, de leurs tanières où ils sont tapis, Madame Catherine Samba-Panza en train de faire des réunions à minuit avec des diplomates étrangers pour m’imposer comme Président. Ils auraient dû saisir les tribunaux à son sujet devant des actes aussi  graves. Mais non ils préfèrent garder courageusement l’anonymat et  répandre dans des journaux en ligne ces « articles » qu’ils vont ensuite photocopier et distribuer dans les quartiers et les débits de boisson. C'est leur manière de faire la "politique". Je n’ai pas à hurler avec les loups ni leur répondre maintenant, car je me consacre entièrement au rendez-vous à venir avec mon peuple. Comme disait quelqu'un il faut laisser les morts enterrer les morts.

 

Monsieur Martin Ziguélé, je vous remercie

 

MZ : C’est moi qui vous remercie.

 

Recueillis par Johnny Yannick Nalimo

MARTIN ZIGUÉLÉ : « LORSQUE LA BOUILLIE EST REFROIDIE ON PEUT LA BOIRE AVEC SES NARINES ».

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