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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 14:48
Lu pour vous : "La Centrafrique a fait un bond en arrière"

 

 

03/10/15 (Le Nouvel Observateur)

 

Alors que les violences intercommunautaires ensanglantent de nouveau la capitale centrafricaine, les forces onusiennes et françaises, les ONG et les Blancs en général sont particulièrement visés. Reportage.

 

"Nos ambulances sont bloquées. On ne peut plus récupérer les corps. C’est aussi simple que ça", déplore Antoine Mbao Bogo, le président de la Croix-Rouge centrafricaine. Les corps, les gens les chargeaient dans des pousse-pousse, mercredi matin 30 septembre à Bangui, selon plusieurs témoignages recueillis par téléphone, pour les apporter à la morgue.

 

Depuis dimanche, des SMS anonymes appellent à "lapider les véhicules de la communauté internationale". Toutes les activités humanitaires sont à l'arrêt, alors que plus de 27.000 personnes ont dû fuir dans des camps pour se protéger des violences.

 

Des représailles sanglantes

 

C'est le meurtre d'un jeune taxi-moto musulman, vendredi, dont le corps a été ensuite déposé dans son quartier, qui a mis le feu aux poudres. Aussitôt, des représailles intercommunautaires sanglantes ont éclaté. La capitale centrafricaine n'avait plus connu un tel épisode de violences depuis des mois. Plus de 200 blessés, une quarantaine de morts, le bilan provisoire ne cesse d'évoluer au fur et à mesure que les escarmouches éclatent dans les différents quartiers de la capitale Centrafricaine.

 

"Mais ces estimations n'ont aucun sens", s'alarme Jean François Sangsue, le chef de mission de la Croix-Rouge international (CICR) à Bangui. "La majorité des gens ne peuvent pas rejoindre les hôpitaux, ce bilan est sous-évalué et on s'attend à un pic d'affluence quand la situation va se calmer". Le CICR gère en partie l'hôpital communautaire, situé à quelques centaines de mètres de la principale ligne de front. Ils ont reçu "seulement" une grosse dizaine de blessés mardi.

 

Minusca et Sangaris visés

 

La Minusca, très critiquée pour sa lenteur de réaction le premier jour des violences, samedi, est depuis cible de la contestation. Au même titre que les forces françaises, bouc émissaire idéal dans une société où les stéréotypes coloniaux ont la vie dure auprès de la population. On ne compte plus les banderoles "Sangaris dégage, voleurs de diamants" accrochées ça et là dans la ville. Les casques bleus, accusés d’avoir ouvert le feu sur la population (un fait formellement démenti par l’ONU), sont honnis par les belligérants.

 

Ces manifestants, quelques centaines, font régner la terreur alors que des milliers de soldats de la paix sont déployés à Bangui. "On ne comprend pas pourquoi la Minusca ne s’impose pas plus, confie un humanitaire. Peut-être pour ne pas empirer la situation. Mais démanteler des barricades ne suffit pas. Il faut de la fermeté."

 

Les Blancs pris pour cible

 

Petit-à-petit, l’ensemble de la communauté internationale a été prise pour cible. Des dizaines d'ONG ont été pillées. Parfois à plusieurs reprises. "On ré-assiste aux scènes inouïes des razzias" de 2013 et 2014, raconte un habitant d'un quartier en proie aux combats.

 

Moi je me terre à la maison avec mes enfants".

 

Après les hommes en armes, c'est la population qui vient se servir. Une photo fait le tour des réseaux sociaux à Bangui, celle d'un homme qui essaye d'emporter une multitude de bottes en caoutchouc, volées à l'OIM (Office international pour les migrations). Un internaute plaisante : "Ce n'est même pas sa pointure".

 

Depuis samedi, il est impossible pour une personne blanche de s'aventurer à pied ou en voiture dans la ville, qui plus est avec une caméra. Plusieurs journalistes locaux ont été dépouillés et battus.

 

Difficile d’y voir clair dans ce déferlement de haine, instrumentalisé à mots couverts notamment par un collectif de dissidents, se réclamant de la Société civile. "Nous avons des revendications extrêmes, mais avec des moyens pacifistes", affirme pourtant Gervais Lakosso, l’instigateur du mouvement. "Nous réclamons le départ sans condition des forces françaises et le retour des forces armées centrafricaines, notre armée nationale".

 

Pourquoi vouloir bouter dehors Sangaris, qui a pourtant permis de réinstaurer un semblant de calme dans la capitale ? "Ils viennent ici pour s’enrichir, ce sont eux qui manipulent les gens. Des gens les ont vu déposer le corps du jeune musulman dans le quartier". La rumeur. Le mal du pays. Elle circule plus vite qu’elle ne se vérifie. Chaque frémissement d’accusation devient bourrasque quelques heures plus tard à mesure que la rue s’en empare. La plupart des médias locaux ne jouent absolument pas leur rôle de barrière objective, affichant souvent clairement un parti pris pour la communauté chrétienne. Où plutôt devrait-on dire contre la communauté musulmane.

 

Le retour des anti-balaka

 

Dans les rues de Bangui, on assiste à un spectacle inédit depuis 2014 : des miliciens anti-balaka – à majorité chrétiens et animistes – se pavanent en armes, notamment dans leur fief de Boy-Rabe et jusqu'à la sortie nord de la capitale centrafricaine, le PK12. "C'est désolant, horrible. Je n'ai pas les mots", déplore Léa Koyassoum-Doumta, vice-présidente du Parlement de transition, qui troque son rôle de députée pour celle d'habitante éplorée.

 

Je suis bloquée dans mon quartier depuis samedi, les anti-balaka narguent la population. On ne peut rien faire. Rien. La Centrafrique a fait un bond en arrière".

 

L’ambassade de France a clairement appelé les Français à rester chez eux. Aucune mesure d’évacuation n’est pour l’heure à l’ordre du jour. Les Etats-Unis eux, auraient commencé à regrouper leurs ressortissants. Espérer sortir les Français et l’ONU de l’échiquier centrafricain est une utopie. Pas sûr que ceux qui tirent les ficelles s’en rendent compte, mais l’objectif en tout cas est lisible. Alain Lamessi, conseiller de Karim Meckassoua (un candidat à la présidentielle, ancien ministre sous l'ex-président François Bozizé, exilé en Ouganda) a une analyse plutôt claire de la situation et la partageait mardi soir sur France 24 : "Qui a intérêt à aviver la tension entre musulmans et chrétiens ? Les groupes armés, pour justifier leur présence". Et se donner une place dans le processus politique et sécuritaire duquel ils étaient progressivement exclus.

 

Arthur Danah, à Bangui

 

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