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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 20:48
Burkina Faso : «Le coup d’Etat le plus bête du monde»
Burkina Faso : «Le coup d’Etat le plus bête du monde»

 

 

 EDITO

 

Par Isabelle Hanne — 24 septembre 2015 à 19:56

 

Qu’il semble loin, le temps où quelques treillis maladroits installaient un homme pour vingt, trente ans au pouvoir ! Le coup d’Etat de la semaine dernière au Burkina Faso est anachronique. Hors sujet, presque. Les acteurs déjà : des putschistes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), garde prétorienne du président déchu Blaise Compaoré, renversé en octobre 2014. Le lieu, ensuite : un pays d’Afrique de l’Ouest, à la société civile très structurée et dont le soulèvement, l’an dernier, a donné des envies de printemps à tout un continent. Le premier acte, enfin : prendre le contrôle de la télé publique, et laisser un militaire ahuri annoncer l’avènement d’une nouvelle autorité à l’intitulé pour le moins antiphrastique - le «Conseil national de la démocratie» - alors que la population écoute les radios pirates, communique via Whatsapp et reste vissée sur Twitter et Facebook…

 

Une semaine plus tard, le «coup d’Etat le plus bête du monde» - si tant est qu’il en existât d’intelligents -, comme l’ont surnommé des manifestants burkinabés, est terminé. L’armée loyaliste a permis d’inverser le rapport de force, et de contraindre le RSP à déposer les armes. Le Président et le Premier ministre, renversés jeudi dernier, ont repris les rênes du pouvoir. Idem pour l’ensemble du gouvernement et l’assemblée intérimaire.

 

Même si une série de questions épineuses restent en suspens. Le RSP, armée dans l’armée et épée de Damoclès des autorités de transition, va-t-il être désarmé et dissous ? Les putschistes vont-ils être amnistiés pour les violences depuis le coup d’Etat, comme le proposait la première médiation, désastreuse, de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ? Les proches de Compaoré pourront-ils se présenter aux prochaines élections ? Des décisions d’importance devraient être prises, ce vendredi, lors du premier conseil des ministres post-crise. Quel bilan tirer de ce coup d’Etat ? Dix morts et plus d’une centaine de blessés pour sept petits jours de pouvoir d’un homme, le général Gilbert Diendéré, qui a piteusement avoué «regretter» cet acte. Des autorités de transition ébranlées, déjà épuisées par une année de gestion d’un pays exsangue. Le report des élections présidentielle et législatives.

 

Il aura, néanmoins, eu quelques vertus inattendues. Comme mettre hors d’état de nuire le général Diendéré, à la tête des putschistes, ce à quoi la transition n’était pas parvenue. Malgré le palmarès qu’on lui attribue - l’assassinat de l’icône Thomas Sankara, entre autres -, il n’avait pas jugé nécessaire de s’exiler après la chute de Blaise Compaoré.

 

De libérateur d’otages occidentaux décoré par Sarkozy, Diendéré est devenu en une semaine un «terroriste», pour l’Union africaine. Et ses déclarations de gosse pris la main dans le pot de confiture ont fini de le décrédibiliser, aux yeux du monde - «Le putsch est terminé, on n’en parle plus […]. Le plus grand tort a été d’avoir fait ce putsch. Aujourd’hui, quand on parle de démocratie, on ne peut pas se permettre de faire des actions de ce genre.» Pas faux. Le coup d’Etat aura également permis de rappeler l’engagement et la détermination des Burkinabés. Leur humour aussi, comme cette invention du verbe «diendérer». Pour «faire le mal, s’entêter, puis dire qu’on n’en parle plus». 

 

Isabelle Hanne

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