Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sommaire

  • : centrafrique-presse
  • centrafrique-presse
  • : informations générales sur la république centrafricaine et l'Afrique centrale
  • Contact

Recherche

Liens

14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 01:42

 

 

 

http://www.la-croix.com/  13/8/15 - 08 H 58

 

En Centrafrique, les violences intercommunautaires ont poussé des dizaines de milliers d’hommes et de femmes à l’exil.

Dans le camp de réfugiés de Mole, situé au Congo à quelques kilomètres de la frontière, comme dans une grande partie de la Centrafrique, la réconciliation entre chrétiens et musulmans reste à construire.

 

Ibrahim se présente comme « chrétien ».Son jean bleu clair et sa chemise rayée lui servent de couverture. « Il ne faut pas trop montrer qu’on est musulman, sinon les gens vont te menacer. Ça m’est déjà arrivé », raconte ce réfugié centrafricain de 24 ans, le front perlant de sueur à cause de la chaleur, et qui chuchote de peur que ses compatriotes chrétiens l’entendent.

 

Ibrahim fait partie des quelques dizaines de musulmans qui vivent parmi 15 000 chrétiens dans le camp de réfugiés de Mole, une localité enclavée située dans la province de l’Équateur, dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo. Il est arrivé après avoir « fui le 25 décembre 2013 à cause de ce qui se passait entre les musulmans et les chrétiens ».

 

FORTES PRESSIONS ET CONVERSIONS DE FORCE

 

En Centrafrique, les rebelles de la Séléka, essentiellement musulmans, ont renversé le président François Bozizé en mars 2013. Un cycle meurtrier d’attaques et de représailles s’est enclenché fin 2013 entre les putschistes et les milices anti-balaka, majoritairement chrétiennes, à l’issue duquel la Séléka a finalement perdu le pouvoir. En janvier 2014, Catherine Samba-Panza a été nommée présidente de transition.

 

Aujourd’hui, « dans certains endroits » de l’ouest du pays, « les milices anti-balaka ont converti de force des musulmans au christianisme ou ont exercé sur eux de fortes pressions pour qu’ils se convertissent », affirme Amnesty International dans un rapport publié le 30 juillet. En outre, « dans d’autres parties de cette région, on empêche de fait les musulmans de pratiquer ou de manifester ouvertement leur religion ».

 

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) estime que, en dépit des forces de maintien de la paix africaine, française ou onusienne, les violences intercommunautaires ont fait 900 000 déplacés et réfugiés.

 

Des dizaines de milliers d’entre eux ont afflué côté congolais : beaucoup sont arrivés à Zongo, séparée de la capitale centrafricaine Bangui par le fleuve Oubangui, avant de rejoindre le camp de Mole, à 35 kilomètres au sud.

 

« DES CHRÉTIENS ONT MENACÉ DE TABASSER DES MUSULMANS »

 

La majorité des 1 500 musulmans exilés restent cependant à Zongo, chez des familles d’accueil démunies. « Il y a des problèmes de cohabitation difficile avec les réfugiés de Mole », confie Ursula Dzietham, chef du bureau du HCR à Zongo.

 

Elle précise que les réfugiés ont « importé le conflit interreligieux » et que, se sentant en « insécurité », les musulmans ont préféré vivre à Zongo, d’où ils peuvent aussi commercer plus facilement.

 

À Mole, aucun incident grave n’a jusqu’à présent été signalé. Mais la vue d’hommes en djellaba ou de femmes voilées irrite certains. « Des chrétiens ont menacé de taper, tabasser des musulmans » car ils les pensent « d’accord avec les Séléka », rapporte Rosalie, 28 ans.

 

Elle-même porte un tee-shirt avec les slogans « Plus jamais ça » et « Oui à la paix », en référence aux exactions, mais a du mal à pardonner.

 

Dieu-Béni, 20 ans, partage sa rancune et se dit « rassuré » qu’il y ait peu de musulmans. « On peut se réconcilier, mais pas maintenant, commente-t-il. Des musulmans vivent ici avec nous, mais ce n’est pas facile à cause des atrocités qu’ils ont commises. (…) Les musulmans qui vivent ici se comportent comme des chrétiens. Ils se cachent, ils sont discrets, ils ne veulent pas avoir de problèmes avec nous. »

 

DES DÉGATS CAUSÉS DE PART ET D’AUTRE

 

Ainsi, bien que des policiers soient déployés dans le camp, Ibrahim a changé de nom et prie, comme d’autres, en catimini. Ousmane, 20 ans, s’était lui converti à l’islam en Centrafrique, provoquant le courroux des anti-balaka, et son exil.

 

Selon lui, à Mole, les tensions intercommunautaires appartiennent au passé mais, même en djellaba, il se fait appeler « Michel ».

 

Abdoul Karim Tchindja – qui a été baptisé mais s’est ensuite « islamisé » – résiste aux pressions. « Parfois, on m’insulte, on me dit de partir chez les Arabes », explique cet imam, qu’un groupe de chrétiens et de musulmans a toutefois élu chef d’un bloc d’abris. Malgré tout, « je continue à prier dehors et cherche à arranger une place » pour aménager un lieu de culte.

 

Le HCR et ses partenaires soutiennent des activités pour que chrétiens et musulmans puissent, à terme, vivre ensemble. Alors que la présidentielle centrafricaine est prévue le 18 octobre, Narcisse, 27 ans, estime qu’il est temps de faire la paix. « Des Séléka ont fait des dégâts, des anti-balaka ont fait des dégâts… Si nous ne pardonnons pas, comment on va reconstruire le pays ? »

 

Fatimata Burki, à Mole (République démocratique du Congo, RDC)

 

Lu pour vous : Les tensions entre réfugiés centrafricains persistent

Partager cet article

Centrafrique-Presse.com